S'ils ne sont pas rapidement valorisés, les fours à charbon de Portneuf pourraient disparaître d'ici 20 à 30 ans.

Fours à charbon dans Portneuf: un patrimoine menacé

Les fours à charbon de bois représentent une richesse qui pourrait permettre à Portneuf de se distinguer à l'échelle de la province. Abandonnés pour la plupart, ils sombreront toutefois dans l'oubli d'ici une trentaine d'années si une démarche de valorisation n'est pas entreprise rapidement.
«D'ici 20 à 30 ans, il y aura perte des connaissances qu'on a là-dessus. On doit agir rapidement, autrement, c'est la perte de la mémoire collective et la disparition des fours eux-mêmes qui guettent la région», soutient Catherine Thibodeau-Lefebvre, responsable d'une recherche menée sur le sujet au cours des derniers mois.
Dans la MRC, ils ne sont plus que trois propriétaires de fours à perpétuer la tradition, en plus de l'entreprise Charbon de bois feuille d'érable, qui achète et distribue la production des trois artisans. En 1938, 86 % de tout le charbon de bois produit au Québec provenait pourtant des charbonnières port­neuvoises, apparues au tournant des années 10.
Si les installations toujours fonctionnelles sont peu nombreuses - 7 sur les 64 répertoriées cet été -, les fours à charbon demeurent intimement liés à l'histoire de la forêt, des familles et du développement de Portneuf. À une certaine époque, jusqu'à 69 % des revenus des agriculteurs étaient attribuables à la vente de charbon de bois.
«Ces ventes, qui ont atteint des sommets pendant la guerre, ont favorisé l'essor des entreprises en permettant notamment l'achat d'équipement de ferme. C'est à Saint-Raymond [50 %], Saint-Léonard-de-Portneuf [27 %] et Sainte-Christine-d'Auvergne [20 %] qu'on retrouve la plus grande concentration de fours», révèle Mme Thibodeau-Lefebvre.
Selon l'agente de recherche embauchée par la MRC, la rareté de ces structures rondes faites de briques d'argile et de ciment destinées à la combustion du bois - 48 sur les 64 recensées ont pu être caractérisées - leur confère une valeur certaine. «Elles suscitent de la curiosité et sont un élément de différenciation pour le territoire», confirme-t-elle.
<p>En 1938, 86 % de tout le charbon de bois produit au Québec provenait des charbonnières portneuvoises.</p>
Quelques pistes de valorisation
Aux yeux de Catherine Thibodeau-Lefebvre, il ne fait aucun doute que les fours à charbon recèlent un véritable potentiel de mise en valeur, «mais le temps presse». S'il s'avère nécessaire de poursuivre la sensibilisation amorcée quant à leur préservation, elle propose certaines pistes de solution pour mieux exploiter leur forte présence dans Portneuf.
«Il faut faire vite», lance l'agente de recherche à l'attention des élus à qui elle suggère la prise en charge de la valorisation par un comité. «Non seulement les fours sont passablement détériorés, mais à l'occasion des visites que j'ai effectuées, plusieurs propriétaires ont signifié qu'ils les "laissaient aller" ou qu'ils voulaient s'en départir.»
Tout en précisant que 81 % des charbonnières se situent à huit kilomètres ou moins d'un attrait touristique connu, elle avance notamment la possibilité d'élaborer un circuit patrimonial. Certaines installations pourraient être restaurées, accueillir un panneau d'interprétation et être répertoriées sur une carte touristique.
Une autre avenue consisterait à employer le thème dans le contexte d'une mise en valeur hors site. Exposition, démonstration du processus de combustion ou dégustation de produits locaux cuits sur charbon de bois à l'occasion de festivals ou de fêtes gourmandes figurent sur la liste des idées soumises.
Saviez-vous que...
L'apport économique lié à l'exploitation des charbonnières était tel qu'au cours des deux grandes guerres, leurs propriétaires n'étaient pas assujettis à la conscription. On considérait que la production qui découlait de leurs activités faisait partie de l'effort de guerre.