Vivre sous le même toit ne signifie pas nécessairement partager le même lit ou la même chambre à coucher. Le bon sommeil justifie les moyens, diront les adeptes qui, même si le lit conjugal n'est pas le lieu commun traditionnel, forment néanmoins un couple!

Faire chambre à part

La chambre principale est le royaume du couple, mais pour ses occupants, le lit conjugal peut se révéler un véritable enfer. Ronflements, coups de pied et chaleur suffocante, les raisons sont nombreuses pour mal dormir. Capricieux, le sommeil exige parfois des ajustements pour daigner se présenter. Et voilà bien un visiteur qui se fiche des conventions sociales. Matelas séparés, lits distincts, chambre à part et lit familial, la chambre conjugale n'a pas toujours le même visage.
<p>Lorsqu'on a du mal à dormir près de notre conjoint, créer une distance physique peut parfois s'avérer nécessaire.</p>
Lorsqu'on a du mal à dormir près de notre conjoint, créer une distance physique peut parfois s'avérer nécessaire. Si l'idée de faire chambre à part en effraie plusieurs, des arrangements peuvent être essayés avant d'en arriver là.
Grand lit, draps distincts et lits collés...
Les couples qui désirent retrouver le chemin du sommeil peuvent opter pour un lit plus grand qui leur évitera de se heurter en dormant. Ils peuvent également opter pour un ensemble de drap distinct dans le même lit qui évitera de se disputer les couvertures. «Beaucoup de personnes vont avoir deux matelas simples ou deux lits jumeaux collés l'un à côté de l'autre, déjà ça aide énormément à éviter les vibrations», indique Hubert Beaulieu, conseiller à la vente chez Dormez-vous. Pour ceux qui peuvent se le permettre, un matelas en mousse mémoire élimine complètement les vibrations.
Chez Matelas Dauphin, le conseiller Éric Collery propose des lits collés articulés, populaires auprès d'une clientèle plus âgée.
Deux matelas distincts, «ça permet de bien se reposer, chacun de son côté», signale le psychologue et sexologue Yvon Dallaire. Les deux partenaires partagent cependant encore la même chambre, la même intimité. «Deux lits collés, ce n'est pas vraiment séparés», renchérit André Perron, psychothérapeute et thérapeute conjugal. La décoration de la chambre ne reflétera pas non plus une séparation, «il n'y a pas de ligne imaginaire entre les deux [lits]», spécifie Diane Bilodeau, designer d'intérieur. «Il faut quand même un fil conducteur, que ce soit les couleurs ou le style.»
­Dans le cas de chambres à part, la séparation est plus prononcée. «Il y en a plus qu'on pense, je dirais qu'un couple sur 50 fait chambre à part, souvent plus pour les ronflements que pour les vibrations», indique M. Beaulieu. Les raisons sont nombreuses, André Perron en dénombre six.
Un horaire de vie trop différentDes désagréments liés au sommeil (ronflements)Une manière de prendre une distance par rapport à l'autrePour punir l'autreUne étape intermédiaire avant une séparation définitiveUn problème sérieux de santé (phase terminale de cancer, incontinence)
Selon M. Perron, faire chambre à part n'est pas forcément un mauvais signal. Cet arrangement de sommeil est cependant marqué d'un profond stigmate. «Samuel vient de la campagne et il ne s'est jamais habitué aux bruits des autos, il dort dans la chambre [d'amis] en bas, mais je garde la chambre en haut, car les enfants sont sur le même étage», explique Anne.
«Mon conjoint, ça le gênait, il ne voulait vraiment pas le dire, dans notre entourage ce n'est pas tout le monde qui le sait», explique Anne.
Pourtant, le modèle de la chambre conjugale ne va pas forcément de soi. «Longtemps, dans l'histoire de l'humanité, il n'y avait qu'un lit familial», explique Yvon Dallaire. Quant à la chambre séparée, elle était l'apanage des riches, spécifie-t-il. «C'est ce que les rois et ceux qui avaient plus d'argent faisaient.» Si le lit conjugal est devenu l'image de la normalité, ce serait par l'influence de l'Église : «Les clercs [...] critiquent les aristocrates qui font chambre à part», écrit l'historienne Michèle Perrot, dans Histoires de chambres. Cette dernière constate que «faire chambre à part, du moins lit séparé, est une pratique de plus en plus répandue, et qui n'implique pas moins d'amour».
Elle implique tout de même un plus grand désir d'individualité. La chambre séparée permet d'avoir son espace à soi, contrairement aux lits distincts. «Ma chambre est bleu méditerranéen, avec une photo du pont de Brooklyn et une bibliothèque, c'est très masculin [...]. La chambre de ma femme est plus champêtre», indique Richard, qui fait chambre à part avec sa femme au moins cinq soirs par semaine. «Pour les chambres séparées, on utilise un style individualisé», dit Diane Bilodeau, designer d'intérieur.
Tous ensemble
La chambre séparée serait moins problématique que son total opposé, qui serait de faire dormir les enfants avec les adultes. «J'ai déjà entendu parler d'enfants de 11, 12 ans qui dorment dans le lit des parents», s'oppose Yvon Dallaire. Même écho chez André Perron : «Ce que j'ai vu souvent, c'est des enfants de cinq à sept ans qui dorment dans le lit des parents, je n'aime pas vraiment ça.» En Inde, pourtant, la pratique est monnaie courante. Une étude indienne relatait qu'en 2006, 93 % des enfants indiens dormaient avec leurs parents. En Occident, cet arrangement, que l'on nomme le cododo, est plus anecdotique et occasionnel.
Du lit... au hamac
Parfois, pour trouver le sommeil, mieux vaut ne pas se coucher dans un lit. À la Maison du hamac, de 2 à 3 clients sur 10 remplacent leur lit par un hamac, principalement les enfants et les personnes seules. «Ils disent que c'est mieux pour le dos», indique Marilou Dumas, conseillère à la Maison du hamac de Montréal. Il faut toutefois s'y étendre à la diagonale, d'un coin opposé à l'autre pour en apprécier les bienfaits.
Dans tous les cas, que l'on choisisse de passer la nuit dans un hamac, un matelas très grand en mousse mémoire ou un lit simple dans une chambre à soi, on y passera le tiers de notre vie. De quoi dormir là-dessus!
* Les couples interrogés ont demandé de garder l'anonymat.