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La création en céramique de Joanne Gauthier
La création en céramique de Joanne Gauthier

Façonner chez Materia: fenêtre sur des univers singuliers

Raphaëlle Plante
Raphaëlle Plante
Le Soleil
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Dès jeudi, la relève en métiers d’art de la capitale expose ses créations au centre Materia. Les 11 finissants en Techniques de métiers d’art proposent un aperçu de leurs univers singuliers, où se côtoient personnages imaginaires, références à la science et expérimentations diverses.

À la veille de l’installation des œuvres au centre d’exposition, Le Mag a rencontré mercredi six finissantes dans les ateliers de la Maison des métiers d’art, situés juste au-dessus de Materia dans le quartier Saint-Roch. Voici un petit avant-goût de ce qu’elles souhaitent faire découvrir au public.

› De bois et de résine

Ayla Bourineau se plait à assembler divers matériaux et à jouer avec les textures. Pour son projet final, elle a créé une tête de cerf sculptée dans du bois — du tilleul — et dont certaines parties sont remplacées par de la résine. «J’aime le bois pour son aspect naturel et chaleureux, et la résine permet de jouer avec la transparence et l’opacité grâce à l’ajout de pigments», indique-t-elle. Chaque finissant devait aussi réaliser des pièces en série, et la sculptrice a choisi de concevoir des œufs grâce à la pratique du tournage. «J’ai choisi l’œuf pour sa forme parfaite et sa symbolique. La partie en bois représente la terre, tandis que la résine symbolise le ciel et fait même penser à des aurores boréales selon la couleur des pigments.» Une lumière est même comprise dans la base, permettant d’apprécier encore plus la variation de couleur. 

Ayla Bourineau
Un exemple d'oeufs créés par Ayla Bourineau.

› Empreintes d’aluminium

Couler de l’aluminium dans des morceaux de bois, sur un oignon ou un pamplemousse engendre des empreintes pour le moins surprenantes. Pascale Laliberté a laissé libre cours à ses expérimentations avec l’aluminium en fusion. Les empreintes de métal argenté sertissent un tronc de chêne brûlé et le coiffent d’un assemblage scintillant rappelant les feuilles d’un arbre. «Je tente de ramener l’énergie de certains endroits dans mes pièces, d’y représenter l’influence de l’environnement et de certains objets», indique l’artiste, qui a aussi réalisé une série de bols intégrant de petites sculptures métalliques à la «forme totémique», comme une sorte de «petits talismans».

Pascale Laliberté
Aperçu de la série de bols créés par Pascale Laliberté

› Petites étincelles

«Mon œuvre évoque le vagabondage, une divagation de l’esprit et physique aussi», explique Catherine Valois. Elle présente des pièces de porcelaine très minces, dont les parois extérieures sont d’argile nue, tandis que l’intérieur est recouvert d’émail pour que son aspect brillant attire le regard. Ici et là, des touches de couleur, comme de «petites étincelles dans l’ordinaire». L’artiste a utilisé des moules de plâtre qui donnent un effet de papier froissé, et les petites déchirures que l’on perçoit sont intentionnelles, représentant toute la fragilité de la matière. De petits fragments aux couleurs plus vives seront dispersés çà et là dans le centre d’exposition pour capter l’attention des visiteurs.

Catherine Valois
Détail de la création de Catherine Valois

› Porcelaines sacrées

Joanne Gauthier ne fait pas dans le minimalisme. Pour cette création extravagante, l’artiste a souhaité représenter une synthèse des connaissances qu’elle a acquises au cours de sa formation (glaçure, sculpture, etc.). «Je me suis inspirée de la porcelaine Capodimonte de ma grand-mère. Ma démarche s’intéresse au patrimoine matériel et à la hiérophanie, soit la manifestation du sacré dans notre univers. Certains objets nous rappellent des moments», indique Mme Gauthier, soulignant toute l’importance que ces objets peuvent représenter dans notre vie. Pour l’artiste, le chien incarne la joie, le bonheur. Au pied de l’animal, une pièce décorative en argenterie a été découpée pour en garder seulement le pourtour. Des fleurs abstraites bleues et blanches jaillissent de la paroi recouverte d’une glaçure créant un effet de métal rouillé. L’intérieur n’est pas négligé et invite à y jeter un coup d’œil : on y distingue des pièces d’argenterie. 

Joanne Gauthier

› Science incarnée

Avec un «background d’études en sciences naturelles», Caroline Dubois s’est tout naturellement tournée vers un sujet lié à l’actualité comme point de départ pour sa création. «Je m’intéresse à l’anthropisation, soit la transformation de l’environnement sous l’action de l’être humain», explique l’artiste. Son œuvre évoque une corrélation entre le pétrole et la fonte des glaciers. Chaque pièce de céramique représente un échantillon de paysage au sol, allant du blanc au beige, à l’orangé, au gris puis au noir. «Les contours minces et irréguliers montrent leur fragilité, comme un rappel de la dégradation des glaciers», indique Mme Dubois, qui se pose en observatrice du phénomène. Pour créer l’intérieur des pièces, elle a expérimenté diverses glaçures en les employant comme matière plutôt que comme enduit, ce qui engendre des effets particuliers tels des cratères.

Caroline Dubois
Détail de la création de Caroline Dubois

› Créatures fantastiques

Gigi Wenger a simplement laissé aller ses mains, façonnant d’étonnantes créatures fantastiques sorties de son imagination. «Je n’avais pas fait de croquis… on dirait un croisement entre le monde animal et végétal, entre la forêt magique et le milieu urbain», remarque-t-elle. Ici une protubérance à l’allure de champignon, là une autre à l’apparence de clé… «Je suis partie de l’idée d’arbres qui marchent», souligne Mme Wenger. Petits et grands personnages faits d’argile rouge arborent des couleurs vives et jouent de contrastes avec l’ajout de glaçure à certains endroits. «Je voulais aussi montrer la matière brute, avec les traces de doigts», indique l’artiste, qui aimerait bien sortir ses créatures à l’extérieur cet été pour les mettre en relation avec un champ ou une rivière.

Gigi Wenger
Détail de l'oeuvre de Gigi Wenger

Présentée en collaboration avec la commissaire indépendante Audrey Careau, l’exposition Façonner rassemble aussi les créations de Camille Gauthier, Christian Larochelle et Laure Masson (céramique), ainsi que Gabriel Gendron-Macias et Erica Stella (sculpture).

Du 10 au 20 juin au centre Materia (395, boul. Charest Est), ouvert tous les jours de 12h à 18h. Des rencontres avec les finissants seront possibles selon la formule et l’horaire annoncés dans l’événement Facebook.

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2020, PRISE DEUX

Les artistes qui ont complété leur formation en métiers d’art l’an dernier n’avaient malheureusement pas pu exposer leurs créations au printemps 2020, en pleine pandémie. Les diplômés se reprennent cet été en exposant leurs réalisations en céramique, construction textile ou sculpture au Centre socioculturel Gérard-Ouellet à Saint-Jean-Port-Joli, du 9 au 27 juillet. 

Le collectif est composé de 12 diplômés, presque tous de la cohorte 2020 : Alissa Bilodeau, Laurence Gagnon, Raoul Gasser, Lorène Guignet, Maggie Jalbert, France Lareau, Léa Ménard, Dominique Michaud, Catherine Lebel Ouellet, Chantal Turcotte, Marie-Fauve Bélanger (diplômée 2016) et Nicolas Maisonneuve (diplômé 2014). 

L’exposition Fragments d’incertitudes, commissariée par Hélène Rochette, présente «des œuvres à la fois innovantes, surprenantes, sensibles et porteuses de sens qui témoignent d’un état de résilience face à la recherche et à la création [des artistes] dans le contexte contraignant et imprévisible de ces deux dernières années», décrit-on. Présentée du mardi au dimanche.