Des flocons de verre en suspension au-dessus d'un «banc de sel» : voilà l'oeuvre baptisée Après la chute, le résidu.

Exposition In Vitro: du mou pour les yeux, du dur pour les doigts

L'artiste verrière Caroline Ouellette présente à Matéria, à Québec, une exposition qui n'a été montrée qu'en Australie, là où elle a complété un doctorat en philosophie spécialisé en verre d'art. Son objectif? «Perdre le contrôle» de ses pièces et le céder aux visiteurs.
Le verre sécrète le mystère. Il fascine et fait peur. Fragile et fort, plein et transparent, il invite à la transgression des règles. On veut y toucher, en sachant qu'on ne doit pas. Voilà, en bref, ce que Caroline Ouellette, 42 ans, a exploré pendant ses études doctorales à Adélaïde, en Australie, entre 2001 et 2014. C'est là qu'elle a créé les sept installations présentées à Matéria jusqu'au 14 mai, dans son exposition baptisée In Vitro, du nom de son oeuvre maîtresse.
«C'est LA pièce qui représente le verre», a-t-elle commenté devant les quatre sacs Ziploc alignés à l'entrée de la salle. On dirait qu'ils sont remplis avec une eau brouillée. C'est comme si elle les avait déposés sur la tablette et leur avait imprimé des formes et des plis pour les stabiliser. Les yeux voient du mou, du gélatineux. Les doigts délinquants butent sur la dureté du verre. Caroline Ouellette voulait «engager les sens» Pari gagné!
Elle travaille le verre de toutes les façons. Dans le cas d'In Vitro, elle a rempli ses Ziploc de cire, elle en a tiré des moules de plâtre-silice, puis elle a liquéfié le verre avant de le couler sur ces moules déjà au four, pour une cuisson qui a duré «cinq-six heures».
Caroline Ouellette devant l'un de ses Ziploc de verre.
Des pots Masson sont exposés dans la vitrine de Matéria. Ils sont pleins de glycérine, un liquide incolore et sirupeux. Des objets de verre flottent dans cette eau floue. «On les déchiffre avec le temps, explique l'artiste. On se raconte nos histoires.» Il y a une idée de familiarité avec les pots Masson et les objets qu'ils contiennent.
Des boîtes noires fermées par des couvercles coulissants sont fixées au mur. Quel est le lien avec le verre? À vous de voir... Notez seulement la petite étagère noire, sur le même mur, mais de l'autre côté de la porte. Puis écoutez votre instinct. Vous sentez une certaine «tension» ? Normal, vous rassurera Caroline Ouellette.
Une installation intrigante est constituée d'une photo imprimée sous verre (l'artiste elle-même âgée de sept ou huit ans), d'une petite tablette en inox, d'un bol d'eau et d'une éponge. Drôle d'invitation... Il faut y répondre, ou pas? La tension se manifeste encore? C'est le but. Pour la verrière, «céder le contrôle» de ses pièces aux visiteurs, c'est ça.
De prime abord, l'expo se présente sous un jour discret, presque neutre. Le noir et le blanc se disputent l'espace avec la transparence. Il n'y a pas d'extravagance, pas d'éclat de couleur. 
Puis on remarque les flocons de verre qui pendent du plafond. Une centaine peut-être, délicats et uniques, comme les vrais. En dessous, il y en a plus d'un millier, agglomérés en un «banc de neige» fait de sel, sculpté comme un «ange». Il fondra au fil des semaines, glisse Caroline Ouellette, énigmatique.
Chacun de ces «tableaux» est constitué de la même photo imprimée sur du verre fusionné. La même encre, le même verre, le même temps de cuisson, mais un résultat chaque fois différent.
Dans le domaine depuis 1997
Elle évolue dans son domaine depuis 1997. En 2004, elle a fondé avec son conjoint, Patrick Primeau, verrier lui aussi, l'atelier Welmo, à Sainte-Julie, près de Montréal. Elle fabrique des pièces pour les boutiques spécialisées en métiers d'art et des pièces uniques pour les galeries. Le Musée national des beaux-arts de Québec et le Musée des beaux-arts de Montréal possèdent de ses oeuvres dans leurs collections. Elle et son conjoint ont confectionné 14 000 presse-papiers de verre pour le Cirque du Soleil.
Le verre étant «très fort en Australie», elle a choisi la ville d'Adélaïde pour y faire son doctorat. Amateur de plongée, le conjoint y a trouvé son compte. Elle en est revenue avec une exposition (gratuite) étonnante qu'on apprivoise avec lenteur et émotion.
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Vous voulez y aller?
Quoi : l'exposition In Vitro
Où : la galerie Matéria, 395, boulevard Charest Est, Québec
Quand : jusqu'au 14 mai
Infos : centremateria.com et 418 524-0354