Cette image illustre une réflexion que des chercheurs avaient amorcée dans le Bas-Saint-Laurent entre 2007 et 2010 sur le thème «Habiter la limite».

Érosion des berges: subvention de 225 000 $ pour des profs de Laval

Trois professeurs de l'École d'architecture de l'Université Laval et deux de la Faculté des sciences et de génie ont reçu une subvention de 225 000 $ répartie sur trois ans pour étudier l'érosion des berges dans le Bas-Saint-Laurent et réfléchir à des types de maisons qui résistent aux grandes marées.
«Le porteur du dossier» est GianPiero Moretti, qui quittera ses fonctions de directeur de l'École d'architecture le 1er juin. Il y reste à titre de professeur et de chercheur. Il travaillera avec ses collègues Samuel Bernier-Lavigne et François Dufaux, et avec David Conciatori et Luca Sorelli, professeurs à la Faculté des sciences et de génie. Cinq ou six étudiants à la maîtrise et au doctorat se joindront à eux chaque année.
À la faveur des inondations qui ont fait des milliers de sinistrés au Québec ces dernières semaines, la confirmation de cette subvention tombe bien. Elle vient du Fonds de recherche du Québec - Société et culture. L'équipe fera le «débroussaillage» sous deux angles : l'érosion des berges attribuée aux changements climatiques et la conception de maisons mieux adaptées à ce phénomène.
«Les grandes marées ne sont plus bloquées par les glaces», explique GianPiero Moretti. Et les interventions humaines ont «empiré» la situation, analyse-t-il, en donnant comme exemples les rivages remblayés par des murs de béton que les marées contournent, et les routes qui ont modifié les topographies.
Comment concevoir des «systèmes qui brisent les vagues» avec des «éléments artificiels» qui participent à la construction de nouveaux paysages? Comment ouvrir ce nouvel «espace riverain» aux résidents et aux touristes? Voilà des pistes de réflexion auxquelles se soumettront les chercheurs.
«Typologie des maisons»
Ils se pencheront aussi sur la «typologie des maisons». «On construit comme dans Lebourgneuf», ironise GianPiero Moretti. Le bâti résidentiel «évoque d'autres climats et d'autres environnements culturels», déplore-t-il.
Les architectes GianPiero Moretti et Anne Vallières ont opté pour la «verticalité», afin de d'éloigner cette maison du lac Aylmer, près duquel elle est bâtie, et d'ainsi préserver ses berges.
«Au-delà de dire on s'éloigne de la berge de 500 mètres», quelles idées peuvent être testées? Un «dispositif d'aménagement à la verticale» ? Des maisons sur pilotis? Surélevées? Flottantes, comme aux Pays-Bas? Il ajoute que de nombreuses maisons construites le long des berges ne sont habitées que deux mois par année. Il croit qu'on pourrait faire les choses différemment : utiliser un espace minimal, vivre davantage à l'extérieur, concevoir des fenêtres et des portes parfaitement étanches.
Cet aspect sera plus «théorique», prévient M. Moretti, qui souhaite tout de même «rendre faisables du point de vue technique» les résultats de ses recherches.
Les cinq professeurs concentreront leur travail d'exploration à Sainte-Flavie, où l'érosion des berges a déjà été étudiée. Ils s'associeront aux Jardins de Métis où ils espèrent tester leurs dispositifs. «Ça deviendra un jardin scientifique», explique-t-il.
Ils utiliseront aussi un nouveau béton haute performance «à la porosité inexistante», qui ne réagit ni au gel ni au dégel. Sa structure sans armatures est constituée de fibres métalliques diffuses sur lesquelles butent et s'arrêtent les microfissures.