L'îlot de noyer massif est recouvert d'un comptoir de granit  dont le fini «antiqué» rappelle le vieux cuir.

Ériger la beauté

Une entreprise de Québec, Erige Construction, s'est distinguée cet automne en remportant deux prix Nobilis, dont l'un pour la rénovation de cette cuisine aménagée dans une résidence du quartier Montcalm. Le Soleil vous y invite.
Erige, une jeune entreprise qui emploie des «vedettes»
Julien Lévesque, président d'Erige construction, est ingénieur de formation.
Fondée en mars 2014, l'entreprise québécoise Erige construction s'est distinguée cet automne en raflant deux Prix Nobilis. «Chacun de mes gars est une vedette», a balancé son jeune président, Julien Lévesque.
Le Soleil l'a rencontré dans sa maison du quartier Montcalm, à Québec, là où sont aussi installés les bureaux d'Erige. La cuisine qui a valu un prix à son entreprise, c'est la sienne.
Julien Lévesque est ingénieur mécanique de formation. «Je suis habitué aux projets compliqués», confie-t-il.
Le charpentier-menuisier Marc-André Laprise est son associé. Mais il est avant tout son ami. Ils sont entourés de la technicienne en design d'intérieur Julie Bourget, du chargé de projet Jonathan Potvin (un ingénieur en construction), de l'estimateur Olivier Boucher et de cinq menuisiers. Ces «vedettes» ont entre 20 et 30 ans. «Ils écoutent Radio Classique», glisse Julien en souriant. Lire entre les lignes qu'ils ne laissent rien à la traîne à la fin de la journée.
Ce n'est pas d'hier qu'ils construisent et rénovent. «Au départ, on s'aidait les uns les autres dans nos maisons», raconte-t-il. Aucun ne se prétend architecte. Mais chacun se distingue avec ses propres compétences dans cette firme qui s'annonce comme «entrepreneur général».
«En bas de trois étages hors sol et en bas de 600 mètres carrés, n'importe qui peut dessiner des plans sans être architecte, à la condition de suivre les codes de la construction», précise Julien Lévesque. Chez Erige, c'est Julie Bourget qui se charge des plans.
Julien a fondé sa première entreprise alors qu'il était en quatrième secondaire au Séminaire Saint-François. Il avait été rémunéré pour dessiner une casquette aux couleurs de l'équipe de basket, Le Blizzard. De fil en aiguille, il a conçu ses t-shirts. «L'été, j'avais deux employés, relate-t-il. J'ai découvert que je pouvais faire de l'argent en dessinant des casquettes.» 
Il a toujours été attiré par «l'objet». C'est cette fascination qui l'a mené en génie mécanique. Il a travaillé pour Bombardier, ainsi que pour Créaform, où il a développé des scanneurs. Il dit que ça ressemble à ce qu'il fait comme entrepreneur général : trouver des solutions, faire du design et de la construction.
Depuis qu'il a fondé Erige, en mars 2014, Julien Lévesque n'a jamais arrêté. «Sans budget de marketing», précise-t-il. Le bouche-à-oreille fait son oeuvre. Et la qualité des réalisations, sans doute. «Erige veut s'effacer devant les projets», conclut-il. 
Outre ses deux Prix Nobilis, Erige a aussi reçu une mention jeune entreprise Desjardins, dont l'objectif est de faire rayonner les projets d'entreprises de la relève.
Le bois de la tablette qui passe sous la fenêtre a été récupéré pendant les travaux. Le dosseret paré de marbre, en dessous, cache la mécanique.
La cuisine aux 1000 trouvailles
Métamorphosée par Erige et couronnée d'un Prix Nobilis, la cuisine de Julien Lévesque n'est pas spectaculaire. Elle est raffinée.
«C'était un gros n'importe quoi», balance le propriétaire en faisant référence à sa résidence du quartier Montcalm, cossue mais en gros déficit d'harmonie. Petit à petit, il est en train de lui insuffler un cachet contemporain afin de donner du relief à ses forces, concentrées dans son bois, sa brique et ses plafonds moulurés.
Jumelée à la salle à manger, la cuisine nouvellement rénovée occupe tout l'arrière de la maison. La chaleur de son design lui vient d'abord de son plancher de petites lattes en frêne et de ses murs de briques qui ont été dénudés pendant les travaux.
Les tiroirs de l'îlot sont encadrés par des bandes de chant, apparentes et très minces, qui flattent les veines ondulées de leur bois.
Julien Lévesque trouve que ses armoires à passe-main sont «coquettes». Un panneau peut se refermer pour camoufler les petits électros.
Mais à bien y regarder, elle est truffée de trouvailles : les armoires à passe-main, classiques et pratiques; le marbre dépoli des comptoirs, dont la «patine» rehausse le charme de toute la pièce; le granit de l'îlot sur pattes qui se prend pour un «vieux bureau de cuir». Constitué de noyer massif, cet îlot a une autre particularité : ses tiroirs sont enserrés dans des bandes de chant très minces qui flattent les veines ondulantes de leur bois.
L'audace des concepteurs sert magnifiquement la pièce : déposée sur le comptoir de marbre, une armoire blanche de MDF laqué mat se découpe sur la vieille brique. Ses tablettes vitrées sont éclairées de l'intérieur. C'est joli, même en plein jour.
Autre détail significatif : le bois récupéré pendant la démolition a servi pour la confection de cadres de fenêtres très larges et d'une longue tablette qui recouvre le dosseret. 
Cette cuisine a mérité son Nobilis dans la catégorie cuisine (neuve ou rénovée) entre 20000$ et 25000$.