L’aire ouverte, comme tout le reste de la maison, est dominée par les teintes de noir, de gris et de blanc.
L’aire ouverte, comme tout le reste de la maison, est dominée par les teintes de noir, de gris et de blanc.

Transformation à couper le souffle dans Saint-Sauveur

Le designer Sylvain Berthiaume n’aurait pas pensé acquérir cette jolie maison ancestrale du quartier Saint-Sauveur, car quelques années plus tôt, il avait mis la main sur l’imprimerie voisine pour la retaper de A à Z et en faire sa micromaison. Lorsqu’il a aperçu la pancarte «à vendre» de la propriété d’à côté, le choix s’est imposé de lui-même. C’était le point de départ d’une transformation à couper le souffle. 

De la rue Boisseau, on voit bien qu’il s’agit d’une résidence ayant du vécu. Toit mansardé, lucarnes à pignons, tôle à la canadienne, brique sur la façade. C’est en tournant le coin de la rue Bayard et en se dirigeant vers l’arrière que l’on découvre une toute nouvelle personnalité à la demeure. En mettant le pied sur la terrasse pavée surplombée d’un arbre gigantesque, on est accueillis par deux petits chiens nommés Jules et Loraine. L’espace est invitant : une pergola en aluminium noir, et des écrans gris et blancs qui enveloppent le salon extérieur flanqué d’un foyer. Plus loin, un spa, qui sera éventuellement remplacé par une petite piscine creusée, se prélasse sur le terrain. Les meubles contemporains gris et les chaises Acapulco noires donnent le ton. L’intérieur promet! 

À l’endroit où se trouvait un grand stationnement se tient désormais un aménagement extérieur résolument contemporain et invitant.
La brique a été entièrement refaite lorsque Sylvain Berthiaume a emménagé et la toiture de tôle en acier galvanisé avait été remplacée par les anciens propriétaires il y a quelques années.

Sylvain ouvre la porte qui nous mène au hall d’entrée arrière. Ici, c’était jadis une shed à bois. Dur à imaginer! Le projet est un curetage (une mise à nu du squelette) qui a permis d’identifier les murs porteurs — et des portes cachées derrière les murs qui servaient à faire passer des chevaux à l’époque! — et de repenser complètement l’espace. Les rénovations ont duré jusqu’au 15 novembre dernier et l’investissement est considérable : 350 000 $ sans compter l’achat de la maison. «C’est un pas pire projet», euphémise Sylvain, sourire aux lèvres. 

Comme c’est une maison à valeur patrimoniale qui a même, selon la Division du patrimoine et des relations internationales de la Ville de Québec, fort probablement échappé au grand incendie de 1889 ayant fait rage dans le quartier, la Ville avait plusieurs restrictions. Par exemple, alors que Sylvain avait prévu un budget de 15 000 $ pour refaire la brique, il lui en a coûté plus de 30 000 $ étant donné qu’une brique d’argile était exigée. Il souhaitait que le mur donnant sur la cour soit entièrement vitré, mais il a dû remettre des portes et des charnières pour respecter le cachet des vieilles maisons.

AVANT : Lorsque les anciens propriétaires ont visité la maison il y a quelques semaines, ils avaient du mal à se situer dans l’espace car auparavant des murs séparaient chaque pièce.
La salle de bain a été aménagée pour un confort maximal : plancher chauffant, chauffe-serviettes, douche double et éclairage d’ambiance, entre autres.

Après ces efforts et compromis, le designer, originaire de la Beauce, n’a pas l’intention de quitter cette maison qui correspond désormais à tous ses besoins. Il bénéficie de 2600 pi carrés de surface comparativement à 600 dans son ancienne maison, et une grande terrasse qui le dissuade maintenant d’acheter un chalet. En plus, il adore le quartier. «J’aime la ville, j’aime la crowd de Saint-Sauveur. Le but n’est pas de revendre, c’est de rester ici», affirme-t-il.

Espace sobre et aéré

À gauche, une petite salle d’eau pratique affirme la ligne directrice du designer, celle qui oriente la plupart de ses projets : des aménagements sobres et masculins dominés par le noir, le gris, le blanc et le bois. Un robinet, un évier et une toilette noir mat, de la porcelaine grise chauffante au sol, des petits carreaux rectangulaires à demi-mur occupent les lieux. À droite, deux marches indiquent le chemin vers l’aire ouverte. On aperçoit au fond de la pièce les fenêtres d’origine à carreaux bien alignées. La pièce est aérée et lumineuse, notamment grâce au plancher de pin rouge huilé et blanchi, aux murs immaculés et aux poutres peintes en blanc. Le plafond haut de 8 pi a été, lors des rénos, débarrassé du paillis de cèdre qui devait servir d’isolant et des multiples couches de plancher et ensuite peint en blanc également.

Comme l’installation d’un foyer à bois était interdite et qu’il est plus compliqué d’avoir un foyer au gaz, selon Sylvain, c’est un foyer à vapeur qui a élu domicile dans le meuble du salon fait sur mesure.

Le mur du salon a été pensé pour que rien ne dérange l’œil. Une structure de rangement faite sur mesure et toute de noir vêtue héberge un foyer à vapeur, des tiroirs à profusion et même la collection de bandes dessinées de Luc, le conjoint de Sylvain. «C’était ma demande. Dans mon ancienne maison, je n’aimais pas que les comics flashent. Avec les couvertures c’était too much. Je voulais quelque chose de caché et de sobre.» 

Pensé pour recevoir

Derrière le canapé en angle, un meuble épousant la poutre sépare le salon de la salle à manger, cette dernière étant conçue pour recevoir en grand. La table permet d’accueillir huit convives sous les luminaires industriels qui semblent pendre du plafond dans une désinvolture bien calculée. 

Le garde-manger de type walk-in, situé derrière la cuisine, permet de dissimuler les équipements de cuisine qui autrement encombreraient la pièce principale.

Une preuve supplémentaire que les proprios aiment recevoir est l’îlot surdimensionné paré de lambris noir et surmonté d’un comptoir en quartz noir. Le tout est minimaliste et ultra fonctionnel. La hotte et le frigo passent presque inaperçus, car ils se fondent dans les lambris noirs et les panneaux d’armoires en mdf laqué noir mat. Pour contribuer à l’espace dénudé, Sylvain a aménagé un garde-manger walk-in derrière le mur où se trouvent les électros. Le genre de pantry qui nous fait rêver! 

Sur le chemin vers l’étage supérieur, je remarque une toile au mur qui donne un beau punch de couleur et qui rappelle l’art de la rue. Un heureux mélange de peinture acrylique et aérosol, entre autres, signé Jérôme Rochette.

L’importance du fil conducteur

L’escalier derrière les hauts panneaux de verre mène aux chambres et à la salle de bain. C’est encore ce quatuor de noir, de gris, de blanc et de bois qui domine l’aménagement. «Dans tous mes designs, c’est toujours ça, ça se suit. J’hais ça les maisons pizzas à thème. C’est pas moi, ça me ressemble pas», explique Sylvain. D’ailleurs, il a lui-même de la difficulté à définir précisément son style, mais se dit grandement inspiré par les designs européens. 

La pergola avec lames en aluminium rétractables permet de profiter de la terrasse beau temps, mauvais temps.
Le lambris noir, une grande tendance en Europe selon Sylvain Berthiaume, est ici la vedette de la tête de lit.

La chambre des maîtres est sobre et épurée. Tous les vêtements se cachent dans un walk-in ouvert derrière le mur où est adossé le lit. Sans compter la trentaine (ou même plus!) de paires de souliers. «Ça, c’est tout à moi. Mon chum je pense qu’il en a une paire», lance Sylvain.

Dans la zone de transition qui sépare les pièces de l’étage supérieur, on retrouve encore une œuvre urbaine de l’artiste Jérôme Rochette, qui ajoute un brin de couleur et d’urbanité dans le portrait, en plus d’une cohésion avec le rez-de-chaussée.

La pièce d’eau a de quoi faire des jaloux. Déjà, la porcelaine au sol est chauffante, même dans la douche : un plus lors des mois d’hiver glaciaux. La douche double de style verrière est ouverte en partie, et sur l’une des parois est adossé un jardin de plantes. La baignoire et la robinetterie noires montrent encore une fois l’amour du designer pour cette teinte. 

Sylvain Berthiaume se dit «100% satisfait» de cette transformation. Il ne reste que le sous-sol à aménager, qui servira notamment de gym. Mais en termes de surface habitable, les deux occupants sont totalement comblés.

Les fenêtres mansardées sur les deux étages de la maison invitent la lumière naturelle en abondance.
La structure autoportante du meuble-lavabo et la douche à l’italienne contribuent au caractère épuré de la salle de bain.