La maison d'un papa poule

Quand ses amis se préparent à aller en Floride l'hiver, Guy Angers reste dans sa maison du Parc Chaudière, à Saint-Nicolas. À 74 ans, il s'occupe de ses deux enfants de 9 et 6 ans, les emmène à l'école, fait les devoirs, les repas... «Moi, je suis un homme à tout faire», lance notre hôte, qui badine constamment avec son âge et sa situation particulière.
«On me prend souvent pour le grand-père. Je fais exprès pour mettre les gens mal à l'aise, j'aime ça agacer», dit le volubile retraité, qui était gestionnaire pour une compagnie de pétrole. 
Droit comme un chêne, Guy Angers nous fait visiter sa maison du bonheur. Une belle canadienne qu'il a achetée il y a huit ans avec sa conjointe, Sarah-Anne Lévesque, aujourd'hui dans la quarantaine. Quand leurs enfants sont arrivés, ils ont troqué leur condo de Saint-Romuald pour ce cocon familial. 
La demeure est située sur un grand terrain intime de 19 000 pieds carrés, parsemé d'arbres et de fougères. Dans la cour arrière, une terrasse en paliers fleurie de géraniums rouges mène à la piscine creusée. Entre trois arbres, le papa poule a fait construire une jolie maisonnette qui sert de repaire aux enfants, Édouard et Rafaëlle. Le jour de notre visite, impossible d'y entrer, la clé était trop bien cachée.
En franchissant la porte des Angers-Lévesque, un grand vestibule nous accueille, très pratique pour le retour de l'école.
La cuisine déclinée en blanc, en gris et en bois est signée Griffe Cuisine, dont le propriétaire est un ami. Les comptoirs en Dekton reçoivent les plats chauds comme les froids, souligne notre hôte, qui dit se débrouiller aux fourneaux. Comme sa conjointe dentiste travaille parfois de soir, il se débrouille avec ce qu'il trouve dans le frigo, en cherchant des recettes sur Internet. «Je suis pas pire!»
La maison est à l'image de tous ses occupants. Au rez-de-chaussée, frère et soeur ont leur boudoir avec un coin télé et un bureau pour la jeune demoiselle. Dans la salle à manger, Guy Angers montre des bibliothèques plus que centenaires ayant appartenu à son grand-père, qui faisait relier tous ses livres. Un peu partout, il a posé des canards en bois, une passion qu'il cultive depuis l'enfance. Au salon trône un piano. Sa compagne est musicienne. Elle joue aussi du violon et du violoncelle, comme leur fils.
L'art se transpose sur les murs. La mère de Guy Angers était peintre, et sa soeur a hérité de ce talent. Coup de coeur pour ses toiles représentant des oies dans les tons bleutés.
Le plafond gris foncé enveloppe les pièces à vivre. C'est la signature du designer d'intérieur Michel Beaudry, précise le propriétaire, en mentionnant que la terrasse est dans la même couleur.
À l'étage, maman et fiston partagent un bureau ouvert. Édouard, grand sportif et musicien, a une jolie chambre bleue et douillette côté jardin. Celle de sa soeur fait honneur au rose, aux peluches et aux princesses. «Ils ne manquent pas de grand-chose. Ils ont plus d'affaires que moi j'en ai eues dans ma vie», constate leur papa, qui a été enfant à une tout autre époque.
La suite des parents, elle, s'habille de papiers peints gris, réchauffés par des meubles en bois et des toiles colorées.
Dans l'escalier, de grands portraits de famille montrent que le bonheur n'a pas d'âge.
Lors de notre passage, Guy Angers préparait au sous-sol tout son matériel pour un voyage de chasse. Une petite escapade en forêt avant de reprendre son train-train quotidien, qu'il n'échangerait pour rien au monde. Même s'il concède en riant que «des enfants, ça change une vie!»