Ce projet, conçu par l’Atelier Pierre Thibault pour deux frères, a été érigé à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix.

La Fraternelle, un projet double signé Pierre Thibault

Les deux maisons de La Fraternelle, séparées en surface et liées au rez-de-jardin, forment un tout à la fois intimiste et complice. Comme les frères Harold et Éric, qui les ont fait construire à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix.

Tous les deux installés à Montréal, ils auraient pu acheter un chalet dans les Laurentides, à Tremblant, comme plein d’amis. Mais en plus de préférer la montagne du Massif pour le ski, ils avaient «un besoin d’horizon, d’air salin». Le duo est originaire de Saint-Anne-des-Monts, en Gaspésie. Une montagne qui finit «dans la mer», ça parle beaucoup aux deux frères. Ils ont même planté des rosiers sauvages, autre clin d’œil à leur terre natale.

Pour ce projet familial (Harold et sa conjointe ont trois enfants, Éric et la sienne, deux), ils ont confié la conception à l’Atelier Pierre Thibault. Ils avaient déjà arpenté le site en raquette pour trouver le meilleur emplacement. L’architecte de Québec a confirmé leur choix.

L’aventure a duré trois ans, de la planification à la construction. «Aménager un site comme celui-là demande plusieurs étapes. En plus, ils avaient le luxe du temps, ils n’étaient pas à la course», souligne Pierre Thibault en faisant visiter les lieux. Son Atelier est réputé pour composer avec l’environnement.

«Pierre dit toujours qu’idéalement, il aimerait déposer la maison sur le site en hélicoptère», illustre Harold, qui adhère à sa philosophie.

L’Atelier Pierre Thibault est reconnu pour intégrer ses projets au paysage, comme si un hélicoptère les avait déposés là.

En cours de route, il y a eu des ajustements, des pivotements de quelques degrés, des fenêtres agrandies et déplacées. «C’est important de venir plusieurs fois, de mettre des piquets pour trouver la meilleure implantation», indique Pierre Thibault. L’Atelier ne travaille pas avec des drones, mais sort l’échelle et l’escabeau pour s’assurer d’offrir les meilleures vues.

Les deux maisons ne sont pas parallèles, volontairement. Ce décalage offre des perspectives différentes. Le soleil du matin est plus agréable d’un côté, le soleil du soir, de l’autre.

La Fraternelle est suspendue 300 mètres au-dessus du fleuve. Les deux blocs noirs ne sont pas parallèles, mais décalés, pour optimiser les vues.

Même si les deux familles n’ont pas chacune une maison attitrée, il ne fallait pas créer de jalousie. «On est deux frères, il faut que la vue sur le Massif soit égale!» rigole Éric.

«J’adore l’art contemporain, mais il n’y a pas un tableau qui rivalise avec ça», lance l’architecte Pierre Thibault, en contemplant la vue depuis les fenêtres de La Fraternelle.

Un nom qui allait de soi
La Fraternelle. Pierre Thibault a baptisé le projet tout naturellement. «D’avoir des frères avec une telle complicité et ce désir de faire quelque chose en commun... je voulais que la maison représente ce lien-là.» Harold et Éric n’étaient pas convaincus du nom au départ. «On trouvait que nos conjointes étaient exclues. Mais comme on ne se décidait pas pour autre chose, c’est resté. Le concept se tient bien.»

Dans La Fraternelle, il y a «elle» qui nous fait tomber dans le féminin, intervient l’architecte avec diplomatie. Hilarité chez les deux frères. Voilà dans quel esprit le projet a pris forme.

À l’extérieur, les deux volumes s’étirent en porte-à-faux. «On voulait avoir l’impression que les chalets étaient déposés sur la dalle structurale», précise l’architecte. Une pièce moustiquaire, signature de l’Atelier Pierre Thibault, donne de l’ampleur à chaque cube et brouille la frontière entre l’intérieur et l’extérieur.

Avec des porte-à-faux de 12 pieds, l’Atelier Pierre Thibault est allé à la limite de ce qui était possible, une petite prouesse architecturale.
La pièce moustiquaire, une signature de l’Atelier Pierre Thibault, n’a jamais eu autant d’ampleur que dans ce projet, brouillant la frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Les deux blocs ont chacun la leur, avec foyer.
Autre vue de la pièce moustiquaire.

Le rez-de-chaussée à aire ouverte accueille les pièces de vie. Un cocon blanc semble suspendu au-dessus du séjour, abritant la chambre principale. «Quand on dit suspendu, ce n’est pas une figure de style. Il y a six poteaux en acier qui descendent du plafond. La passerelle qui mène au bureau et l’escalier sont là pour stabiliser la boîte», explique Harold.

La vue de la chambre principa­le, en suspension au-dessus du séjour.

Les deux autres chambres sont au rez-de-jardin, la partie basse, invisible de la rue. Chacune a sa salle de bain privée. Elles voisinent un séjour, qui peut s’ouvrir sur la maison voisine. Dans un coin, une banquette en bois a été aménagée pour contempler le fleuve.

Dessinée par l’Atelier Pierre Thibault, la cuisine, comme le mobilier intégré (tables, lits, bancs...), a été réalisée par l’ébéniste Yascha Savoie. Percées, angles, volumes en suspension, tout a été calculé pour créer une harmonie.
Les deux cubes sont recouverts de bois Maibec teints en noir. Le socle est quant à lui fait de cèdre rouge de l’Ouest, sans apprêt, et grisonnera avec le temps. La construction des maisons a été réalisée par Réjean Désilets.
À l’intérieur, les murs blancs et le bois apaisent.
La pièce sauna d’un des deux blocs.