L’architecte Suzanne Bergeron, de la firme Amiot Bergeron, a guidé sa sœur et son beau-frère dans tous leurs travaux de rénovation.

Design en famille

L’architecte Suzanne Bergeron a eu carte blanche pour aménager le condo de sa sœur et de son beau-frère, dans Sillery. Avec leur complicité, elle a su magnifier les détails historiques du Domaine Benmore.

Suzanne Bergeron a eu la surprise de voir sa «petite sœur» Nicole emménager dans le condo en bas du sien, en 2013. De leur complicité est né un espace d’un grand achèvement.

«Je suis gâtée avec Nicole et mon beau-frère Michel. J’ai leur confiance aveugle», s’exclame l’architecte, qui est aussi designer et a pensé au moindre détail.

Le lieu n’est pas banal, le condo prend place à Sillery, dans l’ancienne maison Benmore qui date du XIXe siècle. D’où ses détails architecturaux et ses riches boiseries. Mais cet univers lumineux et apaisant respire avant tout un amour profond pour le design et l’art. Une passion partagée.

Il faut entendre les deux sœurs rigoler quand elles se remémorent une valise pleine de poignées qu’elles ont rapportées d’Europe. «Elle pesait une tonne!» lance Suzanne Bergeron, en pointant un de ces souvenirs dans l’entrée. Une silhouette effilée accolée à une porte de placard. «Il y en a une seule, pour qu’elle reste à l’état d’œuvre d’art.» Une autre petite poignée en forme de galet trouvée à Québec complète la paire à merveille, en toute discrétion.

Le salon de piano a conservé ses boiseries d’origine sur le demi-mur du fond. À une certaine époque, il était sans doute le parloir, l’endroit où les religieuses recevaient le curé.

À bicyclette, les deux sœurs pédalent pour aller voir des expositions sur le boulevard Champlain. Et reviennent avec une toile ou un dessin de cheval de Claire Savard. «Quand Nicole n’aime pas, elle le dit», précise l’architecte qui propose, mais n’impose rien.

L’art de fouiller

Suzanne Bergeron est une grande magasineuse pour tout ce qui est design. En cinq minutes, elle fait son repérage en boutique à la recherche de LA perle rare. Comme cette lampe italienne sculpturale qui a beaucoup d’impact dans le coin piano. Ou cette patère dont les crochets sont en réalité des cintres.

«Quand on fouille, on trouve des choses fantastiques! Un projet, il faut que tu l’envahisses, que tu le vives», s’enflamme l’architecte dont le cellulaire est rempli de photos de trouvailles pour ses clients.

Outre ces petits gestes qu’elle appelle des «coucous» et qui font le charme des lieux, Suzanne Bergeron a créé une belle composition et une belle circulation entre les pièces. Elle a aussi ajouté beaucoup de rangement intégré.


« Quand on fouille, on trouve des choses fantastiques! Un projet, il faut que tu l’envahisses, que tu le vives. »
L'architecte Suzanne Bergeron

La cuisine moderne et ergonomique est sa conception. «Je connais ma sœur. J’ai toujours fait toutes ses habitations. Pour elle et son conjoint, une cuisine est un laboratoire, qui doit s’entretenir bien et vite.»

Nicole a choisi les panneaux d’armoire texturés et voulait du blanc et de l’anthracite. Une pointe de couleur s’est ajoutée en cours de route. «Le geste du rouge, c’est beau!» souligne l’architecte, de la firme Amiot Bergeron.

Des niches accueillent les livres de cuisine. Une lampe suspendue inonde de lumière le comptoir de travail. Dans une petite cour attenante, on peut manger dehors, entourée de verdure.

Toutes les fenêtres offrent d’ailleurs une vue sur ce terrain exceptionnel de Sillery, avec le fleuve qu’on devine au loin depuis le séjour et la chambre. Le salon extérieur de Nicole et Michel est bordé d’hydrangées, une plante qui sied bien à une construction ancestrale. Installée dans la copropriété depuis 10 ans, Suzanne Bergeron a participé à l’aménagement paysager tout en beauté et en sobriété.

Dans la chambre principale, côté jardin, l’architecte a abattu des murs pour recréer l’alcôve d’origine. La tablette en bois tout usée sous la fenêtre a été remplacée par du quartz blanc qui réfléchit la lumière. Cachets moderne et ancien se côtoient ici à merveille.

Appartement en sous-bassement

La visite se poursuit au sous-sol, dans le sous-bassement de la vieille villa. Nous entrons dans les anciens appartements de la fille du couple, Gabrielle. Pour le coin bureau et télé, la jeune femme a elle-même confectionné des coussins inspirés du canapé Mah Jong, puis elle a fait faire une base sur mesure. «Elle voulait un boudoir bas pour s’asseoir», explique sa mère. «Elle est allée au bout de son idée, elle a beaucoup de goût», poursuit sa tante qui a dessiné ses envies.

Une autre trouvaille de Suzanne Bergeron, une lampe oiseau

La chambre était une pièce parée de pierre grise avec un vieux plafond. «On a tout fait tomber. On a refait le gypse entre les poutres d’origine et on a peint la pierre», explique Suzanne Bergeron.

Un gros coussin Fatboy, des étagères IKEA et une literie bien dodue animent le tout. «On s’est amusé!» lance l’architecte, en traduisant tout le plaisir que la famille a eu à réinventer l’espace.

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Histoire, blancheur et modernité

Après avoir vécu quatre ans entourée de moulures en bois sombres, Nicole a voulu faire entrer la lumière dans son condo de Sillery. «Quand je suis allée à la Maison de la littérature, toutes les boiseries étaient blanches. C’était tellement beau!»

Il a fallu convaincre son chum et quelques personnes réticentes dans son entourage. «Tout le monde avait une opinion», relate sa sœur architecte, Suzanne Bergeron, qui l’a guidée dans tous ses travaux de rénovation. Nicole ne regrette rien. Même que les détails du bois semblent ressortir peints en blanc.

Dans la chambre principale, l’architecte a recréé l’alcôve d’origine.

Seul le demi-mur du salon de piano, où elle reçoit des cours avec sa petite-fille, a été conservé comme à l’origine. Cette pièce était fermée par deux portes en ogive en bois tellement usées que personne ne voulait les réparer, souligne Suzanne Bergeron. L’architecte les a remplacées par des portes en verre. «J’ai dit à Nicole : “On y va pour le geste très, très moderne”.» Aujourd’hui, la lumière, comme la musique, fusent.

Une villa imbriquée

Nicole et son conjoint Michel sont installés dans un immeuble en copropriété du Domaine Benmore, sur le chemin Saint-Louis. Ils occupent une section d’une ancienne villa privée, imbriquée dans une succession d’agrandissements. Le Catalogue des villas répertoriées raconte un pan de son histoire. 

Le 8 octobre 1834, Dominick Daly signait un marché avec Charles Maguire, maître-charpentier de Québec, pour construire un cottage de style gothique. Cette propriété dessinée par l’architecte George Browne, appelée Benmore, occupe un immense terrain voisin de Cataraqui. On parle d’un plan rectangulaire, de pièces octogonales autour d’un hall central, de portes-fenêtres ogivales.

Vue sur l’escalier du hall d’entrée de la maison et sur le salon de piano, au fond

Ce beau domaine a été acquis en 1848 par le colonel William Rhodes. L’écrivain James MacPherson LeMoine décrit ainsi l’endroit en 1865 : «Benmore niche douillettement dans un massif de pins sur les rives du grand Saint-Laurent : résidence typique d’un gentleman-farmer. Devant la maison, une large piazza d’où l’on observe les embarcations sur le fleuve; dans les vastes prés environnants, un troupeau de Durhams et d’Ayrshires de belle apparence; dans la basse-cour, des Berkshires à pattes courtes caquettent joyeusement; des petits enfants aux joues roses s’ébattent sur la pelouse au milieu des pointers et des setters. Telle est la scène agréable qui s’est offerte à notre regard au beau matin de juin tout près de la villa Benmore.»

Après la mort du colonel Rhodes, en 1892, le domaine a changé de vocation. Il est passé aux mains des Sœurs Notre-Dame d’Afrique, qui cherchaient une maison de repos pour ses membres les plus âgées. Autour de la maison d’origine, des ailes ont été annexées au fil des ans. Le domaine est devenu un immeuble en copropriété en 2007. 

Dans le condo de Nicole et de son conjoint Michel, le charme oscille donc entre histoire, blancheur et modernité.