L'aménagement extérieur comme certaines pièces intérieures respectent l'âme de la maison.

Entrez! Restaurer le cachet sur Grande Allée

Pour ses travaux de rénovation et d’agrandissement, un couple a mis au défi architecte et entrepreneur de ne pas dénaturer sa maison de la Grande Allée, dans Sillery. La transition entre la demeure construite dans les années 50 et la nouvelle partie est invisible de l’extérieur. On n’y voit que du feu.

«On ne voulait pas que ça ait l’air d’un ajout», insiste la propriétaire en parlant du prolongement arrière, qui intègre une grande grande pièce de vie avec un îlot de bricolage pour les enfants, un coin dînette et un espace télé. Le tout surplombe le nouveau garage et s’ouvre sur une terrasse. Une remise et un foyer extérieur complètent le tableau. 

Le côté arrière de la maison avant les travaux, puis après
La nouvelle partie arrière laisse entrer la lumière naturelle, au grand bonheur de cette famille avide de clarté.

Le projet a été confié à Louis Roy, de Construction St-Antoine, avec qui le couple a l’habitude de travailler. «Quand j’ai vu l’ampleur des travaux, dans ce secteur sensible et protégé de la ville, j’ai mis Louise Amiot sur le dossier», explique l’entrepreneur de Québec, qui aime collaborer avec cette architecte.

Un an s’est écoulé entre la réalisation des plans et le chantier en 2016. Les propriétaires ont pris plusieurs mois avant de s’arrêter sur un design qui permettait un «lien architectural».

«Habituellement, on laisse un silence entre le bâtiment d’origine et la nouvelle partie, parce qu’il y a toujours un décalage dans les matériaux. Sans que ce soit choquant, ça permet de créer une coupure entre le vieux et le neuf», indique l’entrepreneur Louis Roy. Cette fois-ci, tout a été mis en œuvre pour que les lignes se suivent parfaitement et qu’elles ne laissent voir aucune démarcation.  

De la brique a été récupérée de l’ancien mur extérieur et a été mélangée à de la brique neuve dans un savant ratio pour couvrir l’agrandissement. «C’est le compromis qu’on a trouvé. On a été capable d’enligner les façades», se réjouit Louis Roy.

L’agrandissement à l’arrière compte aussi une remise et un foyer intégré. Les panneaux anthracite ont été faits sur mesure par Ferblanterie R. Martin, à Québec.

Casse-tête dans les salles de bain

À l’intérieur, la rénovation des salles de bain lui a donné un peu plus de fil à retordre. Elles aussi devaient conserver leur cachet d’origine. «C’est la première fois que je mets autant de temps sur une commande. J’ai dû passer 40 heures à trouver les pièces», raconte l’entrepreneur qui a compté et recompté chaque morceau, coin et recoin de céramique commandé d’Italie par Ciot. Et au prix de ces jolis carreaux noirs et blancs, il fallait éviter les surplus, dit-il en riant.

Le résultat est splendide, chic et classique à l’européenne, avec les anciennes tablettes en marbre récupérées. «Ça ressemblait beaucoup à ça, mais en moins beau. Tout était usé», se rappelle la propriétaire. Ce type de salle de bain était à la mode à l’époque sur Grande Allée, souligne Louis Roy.

Devant l’entrée, l’escalier monumental et sa belle rampe restaurée respectent aussi l’âme de la maison. Comme les poignées de porte repolies.

L’escalier, monumental, a guidé le choix de couleur des planchers, refaits à neuf.

Artisans à la rescousse

Pour l’aider dans ce projet, Louis Roy a eu recours à quelques artisans. Notamment pour la sculpture de losanges et de fleurs dans certaines portes en verre. «Les vitriers ont disparu», dit-il en précisant que le traçage au laser ne donne pas le même résultat. Il a fait une grande chaîne d’appels téléphoniques qui l’ont mené jusqu’au Conseil des métiers d’art. Il a finalement trouvé un Montréalais à la retraite qui avait encore sa meuleuse dans son garage. «Ça l’a tout excité.»

Même combat pour les moulures de plâtre neuves, qui devaient être des répliques des moulures existantes. «J’en ai sorti un autre de la retraite», glisse l’entrepreneur.

Si les propriétaires accordent une grande importance aux détails d’époque, ils ont toutefois choisi d’avoir une cuisine moderne, spacieuse, lumineuse, avec un grand évier à panneaux amovibles et un bloc à couteaux amovible. Des idées tirées de magazines qu’ils ont refilées à la designer-cuisiniste Chantal Lahaye, de chez Richard & Levesque.

La designer Chantal Lahaye, de chez Richard & Levesque, a imaginé avec les propriétaires cette cuisine blanche, spacieuse, ergonomique. Au fond à droite, l’îlot «bricolage» est le coin réservé aux deux enfants.

Autre petit anachronisme dans cette maison des années 50, la domotique et le système de son s’invitent dans presque toutes les pièces.

Voir le potentiel

Il y a quelques années, avant le projet d’agrandissement, Construction St-Antoine a rénové tout l’étage, profitant des planchers ouverts pour passer des câbles électriques et mieux éclairer le rez-de-chaussée.

Les propriétaires, qui ont acheté la maison en 2009, ont pris le temps de bien réfléchir à leurs besoins. «On a vécu ici assez longtemps avant de faire les rénos qu’on a pas mal pensé à ce qu’on voulait», glisse notre hôtesse durant la visite. Elle explique que les occupants avant eux louaient des chambres en haut et un logement au sous-sol. Des aménagements un peu «bric-à-brac». «Il fallait voir le potentiel!»

Tout a été refait de A à Z : l’électricité, la plomberie. Louis Roy a corrigé beaucoup de problèmes d’isolation, son équipe a réalisé des travaux sur les fondations existantes. Le sous-sol a connu une réfaction majeure et est aujourd’hui confortable avec ses planchers chauffants. 

Des efforts reconnus, puisque Construction St-Antoine a été lauréat aux prix Nobilis 2017 dans la catégorie Rénovation et/ou agrandissement résidentiel de plus de 200 000 $.

C’est aussi pour saluer tout le travail réalisé que les propriétaires ont accepté de nous ouvrir leur porte.