Le bois est le matériau à préconiser, parce que c’est une ressource locale, renouvelable et un accumulateur de CO2, indique l'écoentrepreneur Nicolas Girouard.

Écoconstruction et écorénovation : le Québec se perfectionne

Où en est le Québec en écoconstruction et en écorénovation? Il y a beaucoup d’innovation technologique, de l’aide aux entrepreneurs, des cours de perfectionnement obligatoires ou optionnels. Sans être les premiers, les Québécois sont bien placés dans le peloton de tête, estime Nicolas Girouard, écoentrepreneur général et spécialisé.

Celui qui se décrit surtout comme «un gars de terrain», avec son marteau et ses ouvriers pour Les projets de Nicolas, dans la région de Montréal, ne se lance pas dans les grandes comparaisons mondiales. Mais il parle d’une «belle équipe» pour faire avancer la cause dans la province.

À temps partiel, lui-même donne des cours de développement durable aux menuisiers et aux manœuvres dans une commission scolaire. 

Le 19 octobre, il était conférencier au 58e congrès de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec, dans la capitale nationale. Preuve que l’écologie préoccupe le milieu et que des formations sont offertes pour aider les entrepreneurs membres à s’améliorer. L’Association de la construction du Québec va dans le même sens, ajoute Nicolas Girouard, joint cette semaine par téléphone.

Il y a quelques années, il était difficile de départager les matériaux réellement écologiques des autres. «C’est encore le bordel», lance-t-il en toute franchise, notant une certaine amélioration. 

Bois, à préconiser

Bonne nouvelle, notre patrimoine bâti, en dehors des tours de 40 étages en béton, a principalement une ossature de bois. Selon lui, le bois est LE matériau à préconiser, parce que c’est une ressource locale, renouvelable et un accumulateur de CO2. Il explique que tant que le bois est emprisonné dans nos murs et ne pourrit pas, il ne libère pas le CO2 qu’il contient, ce qui diminue les émissions de gaz à effet de serre. 

Les nouvelles normes adoptées en 2012 dans le Code de construction du Québec pour favoriser l’efficacité énergétique ont aussi eu une incidence. De nouveaux isolants ont vu le jour, les façons de faire ont changé. Et si on augmente l’efficacité énergétique de l’enveloppe du bâtiment, il faut aussi s’assurer d’avoir un échangeur d’air haute performance. «On a de bons produits québécois», trouve l’écoentrepreneur. En isolant davantage, le risque d’apparition de moisissure augmente, d’où l’importance de contrôler une bonne «respiration» de la maison.

Un bâtiment écologique sera aussi doté d’un récupérateur d’eau grise, eau usée domestique peu polluée, comme celle provenant de la douche. Elle peut être réutilisée pour l’arrosage des plantes ou dans le système de chasse d’eau des toilettes. 

Quant à l’éclairage, Nicolas Girouard applaudit la disparition des ampoules fluocompactes au profit de l’éclairage aux DEL.

Clientèle mixte

Il est faux de croire que l’écoconstruction n’intéresse que les jeunes. Nicolas Girouard a une clientèle mixte et variée, composée de baby-boomers autant que de jeunes couples qui achètent une première maison.

Son défi quotidien: faire la part des choses entre une rénovation écologique et économique. «Ce n’est pas parce que c’est écologique que ça coûte plus cher. Faire une bonne job coûte plus cher!»

Il donne l’exemple de l’étanchéité des bâtiments. Pour éviter les fuites d’air, il faut s’assurer de colmater toutes les fissures, ce qui implique du temps. Et comme le temps, c’est de l’argent, «une écoconstruction demandera possiblement un investissement plus cher sur le moment, mais la maison coûtera moins cher à opérer, à chauffer.»

Dans le même ordre d’idées, il démontre qu’une toiture en tôle coûtera plus cher à installer, mais qu’elle durera quatre fois plus longtemps qu’une toiture en bardeaux d’asphalte.

Répertoire d’écoentrepreneurs

Vous cherchez un écoentrepreneur accrédité pour vos travaux? L’organisme indépendant Écohabitaiton offre un répertoire en ligne. Les entrepreneurs inscrits sont formés par l’organisme, ont réussi un examen et livré un bâtiment certifié écologique ou écoénergétique. Pour chaque rénovation ou construction, ils doivent accomplir 12 actions et adopter 10 «bonnes pratiques» de durabilité. Ils suivent un programme de formation continue et doivent respecter un code d’éthique.

Info : annuaire.ecohabitation.com

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Quelques pistes

Pour tendre vers des constructions plus vertes, Nicolas Girouard mise sur les points suivants : 

1 L’éducation 

2 La planification: «Comme Québécois, on est trop souvent improvisateurs en rénovation», déplore-t-il. Pour sauver temps et argent, il suggère de lire Le Guide de la rénovation heureuse, de Jean-Benoît Nadeau (Trécarré, 2018).

3 L’efficacité énergétique: bien isoler, opter pour du verre triple, alors que le verre quadruple se pointe sur le marché

4 Les matériaux sains, locaux, durables, recyclables

5 La gestion de l’eau en amont et en aval: toilettes double chasse, récupérateurs des eaux grises

6 La mise en valeur des débris de construction