Les graphistes Mira et Maxime ont posé des plaques de fibrociment sur le sol de leur condo. Ils ont opté pour une cire à plancher pour un fini légèrement lustré.
Les graphistes Mira et Maxime ont posé des plaques de fibrociment sur le sol de leur condo. Ils ont opté pour une cire à plancher pour un fini légèrement lustré.

Du fibrociment sous les pieds

Sophie Gall
Sophie Gall
Le Soleil
Dans nos pages du samedi 14 juillet, un reportage sur la maison d'un jeune couple de graphistes a remporté un franc succès. Le revêtement de sol en fibrociment a particulièrement plu. De nombreux lecteurs ont écrit au Soleil pour en savoir plus sur la pose de ce matériau à l'allure à la fois chic et industrielle. Voici donc un petit guide maison pour celles et ceux qui voudraient utiliser le fibrociment au sol.
Les plaques de fibrociment sont généralement gris pâle, couleur classique du béton.
Mira et Maxime, les deux graphistes, voulaient un sol dont l'apparence se rapprochait d'une dalle de béton. Lors d'un petit tour en quincaillerie, ils sont tombés sur des panneaux de fibrociment de quatre pieds sur huit, d'un quart de pouce d'épaisseur, au fini lisse.
Ce format est assez standard. Il est toutefois possible de les découper pour obtenir de plus petites dalles, ou au contraire, d'en commander de plus grandes, mais le prix augmentera proportionnellement. Et plus les plaques seront grandes, plus elles seront difficiles à manipuler, alors que le format standard se manipule bien.
Pour la pose, une colle à béton a servi à fixer les panneaux au sol. L'espacement entre chaque plaque a été déterminé avec les petites croix de plastique que l'on utilise lorsque l'on pose de la céramique. Mira et Maxime ont décidé de ne pas mettre de joint entre les panneaux, mais il serait tout à fait possible d'appliquer un coulis adapté.
Les plaques de fibrociment sont généralement gris pâle, couleur classique du béton. On peut laisser la couleur telle quelle pour un effet brut, mais on peut aussi teindre l'ensemble avec une teinture à béton. Plusieurs coloris existent. Mira se souvient que le défi, à cette étape, est de faire en sorte qu'on ne voie pas les traces du pinceau. Après essais et erreurs, elle a opté pour une sorte de tissu spongieux au bout d'un manche à balai. Un rouleau à peinture pourrait faire l'affaire. Il faut s'exécuter assez rapidement puisque le fibrociment, poreux quand non traité, absorbe très vite la teinture. Une couche a suffi pour obtenir la couleur souhaitée.
Pour la finition, le couple a opté pour une cire à plancher, appliquée à la vadrouille. Cinq couches ont donné un effet légèrement lustré, tirant vers le mat, très doux au toucher. On peut toutefois obtenir un aspect plus brillant : on appliquera alors de la cire une fois par année. Différents scellants peuvent faire office de finition, dépendamment de l'effet recherché.
Les risques acceptables
Enrique Lacoste, président de la compagnie Finex, qui fabrique des panneaux de fibrociment, remarque cette tendance à installer ces plaques comme revêtement de sol intérieur, alors qu'elles sont plus communément utilisées à l'extérieur, pour les terrasses et patios, ou pour les murs d'espaces publics ou commerciaux.
Dans ces deux cas, les panneaux sont fixés à une armature par des vis, selon des normes précises afin d'éviter les fissures dues aux écarts importants de température (voir le site www.gofinex.com). «En l'utilisant comme plancher, on sort de la zone de confort du fibrociment», de mentionner M. Lacoste. «À l'intérieur, puisqu'il n'y a pas de grands écarts de température, on peut coller les plaques de fibrociment», continue l'expert, qui admet que, dans ce cas précis, cette solution est plus esthétique que l'usage de vis.
Mais il prévient : «Dans ce contexte, coller les plaques est un risque acceptable, car ça ne devrait pas bouger, mais la compagnie ne cautionne pas cet usage.»
Cet avertissement ne devrait pas refroidir les ardeurs de ceux qui voudraient installer du fibrociment. En disant cela, Enrique Lacoste veut simplement protéger la compagnie contre des clients qui viendraient lui chanter des bêtises après avoir utilisé les produits Finex autrement que ce qui est recommandé officiellement. Mais lui-même le dit, en revêtement de sol, le fibrociment donne de très beaux résultats. «J'en ai même vu qui ont fait leur douche comme ça, en mettant du scellant imperméable en finition», ajoute-t-il, enthousiaste.
Qui dit revêtement de sol dit découpes, et le fibrociment se prête bien à cette manipulation. Cela fait cependant plus de poussière que la découpe de céramique. Installez-vous dehors pour procéder. Il est aussi recommandé de se protéger (lunettes et masque), la poussière de ciment étant très fine.
Les outils (le plus souvent une scie ronde ou une meuleuse) que vous utiliserez devront être équipés d'une lame diamantée ou d'une lame abrasive. Les coupes manuelles font moins de poussière. Équipez-vous d'un coupe-panneau à pointe de carbure, passez-le plusieurs fois à l'endroit souhaité, puis brisez la plaque d'un coup sec. La coupe manuelle ne permet pas de faire des coupes à l'intérieur d'un panneau, ni des coupes d'angles ou arrondies.
«L'utilisation du fibrociment comme revêtement de sol intérieur est marginale, on n'a donc pas développé d'expertise.» Mais M. Lacoste y va tout de même de quelques conseils. D'abord, il faut privilégier des plaques d'un demi-pouce d'épaisseur, question de robustesse.
Les panneaux de fibrociment ayant une certaine souplesse, les coins ont tendance à retrousser un peu. Une fois placés, il faudra donc y déposer des poids le temps du séchage pour s'assurer qu'ils restent bien droits. «C'est une installation qui demande plus d'efforts que la pose de céramique», souligne M. Lacoste. Pour la pose, il est préférable d'utiliser de la colle flexible. Pour la finition, on optera pour de la teinture à béton et un scellant à l'époxy qui donnera un aspect lustré en plus de durcir la surface, ce qui la protégera contre les taches et lui donnera une texture plus lisse.
Pour l'application, M. Lacoste ne recommande rien de particulier, si ce n'est de se fier à la notice d'utilisation des produits en question. Pour ce qui est de la teinture et du fini, peu importe l'option que l'on choisit (scellant ou cire, comme Mira et Maxime), on ne saurait trop conseiller de procéder à des tests maison sur un échantillon.
S'agissant des joints entre les plaques, «ce n'est pas nécessaire, mais c'est une bonne pratique», affirme notre homme. Un coulis flexible est requis (donc pas un coulis à céramique classique), ce qui prévient les fissures en cas de mouvements du sol. Pour une application propre, on prendra soin d'apposer du ruban adhésif de protection (ruban à découper) sur les bords de la plaque.
Une fois que vous aurez fait votre sol en fibrociment, vous pourriez opter pour un changement de comptoir de cuisine : la procédure est la même.
Les panneaux de fibrociment ont une certaine souplesse; les coins ont tendance à retrousser un peu.
C'est quoi, du fibrociment?
Le fibrociment est un savant mélange. Selon les marques, on retrouvera bien entendu du ciment, mais aussi des fibres de différente nature: fibres cellulosiques, fibres synthétiques ou fibres de verre. Ces fibres «nouvelle génération» remplacent la fibre d'amiante. Cette composition rend le matériau relativement souple, donc résistant aux fissures, à la condition de laisser les espaces nécessaires pour les mouvements de contraction et de dilatation.
Les fibres solidifient les plaques, évitant ainsi de devoir y ajouter des composantes métalliques (acier) qui rendraient le tout très lourd. Les panneaux de fibrociment présentent plusieurs avantages: ils sont ignifuges, résistants à la pourriture, à l'eau, à la corrosion, au gel et au dégel (en cas d'utilisation extérieure), aux chocs.
Le prix peu élevé est un autre avantage à considérer. À Québec, le produit est entre autres vendu chez Canac, Rona et Réno-Dépôt. Il faut compter une centaine de dollars pour un panneau de 4' par 8'.