Les armoires de la salle à manger chez Richard Aubé sont d'origine. La table était dans la cabane à sucre du propriétaire avant.

Deux mondes dans un

Quand il monte à son condo, fermant derrière lui la porte de métal coulissante, Richard Aubé change de monde. Il se branche sur la vue et oublie le bureau sous ses pieds.
Il y a 24 ans, le Cap-Blanc était un quartier de Québec en mal d'amour. Richard Aubé dit qu'il a acheté ce condo entre fleuve et falaise pour «quasi rien». «C'était un trou», résume-t-il.  Malgré «ses murs roses et ses planchers noirs», l'appartement sur deux niveaux avait du potentiel. La propriétaire précédente avait amorcé des rénos, puis décidé de vendre en cours de route. «J'ai poursuivi le chantier», raconte Richard Aubé.
Richard Aubé a ajouté l'îlot et son comptoir de granit quand il a emménagé dans son condo, en 1993.
Il peste sur les armoires de cuisine de mélamine, affirme qu'il les changera un jour, trouve que le passe-plat est trop bas. Mais ces légers irritants ont peu d'importance en regard de la beauté et de l'harmonie qui caractérisent cet intérieur.
Ce meuble antique est un évier sec qui date de la fin des années 1700. Il n'a jamais été peint. Il lui a été légué par un ami.
«Chaque objet a sa raison d'être», commente Richard Aubé. Les antiquités (dont un évier sec datant de la fin des années 1700), les photos dans leurs cadres dorés, les lampes retapées pas son ami Sylvain Duchesne, la table de pin rapportée de sa cabane à sucre : elles s'amalgament à l'univers feutré de l'homme de théâtre. Et elles gagnent en richesse grâce au Saint-Laurent devant les fenêtres et aux éléments de bois préservés par leur propriétaire. N'a-t-il pas décapé lui-même les portes, ainsi que les murs de planches et les marches de ses escaliers?
Entre la cuisine et le salon, les planches de pin et d'épinette embouvetées les unes dans les autres sur le plancher suggèrent «le passage du temps» dans ce vénérable immeuble bâti entre 1902 et 1905.
Richard Aubé a accumulé plusieurs oeuvres d'art. Il confesse un faible pour la peintre de Québec Isabelle Lockwell, dont il a plusieurs tableaux. Il possède aussi des sculptures de métal de Melvyn Florez, un artiste de Québec qu'il aime et qu'il encourage. À l'étage, le boudoir est paré d'une oeuvre d'André Dussault baptisée Ange et Amour. Richard Aubé promet qu'il sera un jour un mécène plus actif auprès des artistes de tous horizons.
Le compartiment à cravates du <i>dressing-room</i> est plutôt spectaculaire.
Il ne tenait pas à montrer sa chambre, mais il était pas mal fier de dévoiler son dressing-room, doté de meubles et de compartiments aux fonctions définies: pour les ceintures, les boutons de manchette, les cravates, les noeuds papillon. 
Richard Aubé est minutieux au point d'avoir fait creuser une cave dans l'ancien vide sanitaire, d'y avoir installé un bel établi sur mesure et d'avoir démarré un autre chantier, celui d'une cave à vin. 
Avec sa terrasse sur le toit, l'immeuble offre plusieurs univers où le propriétaire peut semer son bon goût et son raffinement.
Un condo moderne dans un ancien entrepôt
Le salon est fermé par les portes coulissantes conçues par l'architecte Pierre Bouvier.
Pour transformer un entrepôt en condo moderne, convoquez un architecte, un ingénieur et un homme de bon goût.
C'est ce qu'a fait Richard Aubé. Après avoir constaté qu'il avait assez d'espace dans son nouveau bureau pour y tenir ses réunions, après avoir réalisé qu'il n'avait pas mis les pieds dans l'entrepôt depuis des semaines, il s'est dit que l'heure était venue de soumettre le lieu à un changement de vocation.
Érigé comme le sien sur deux niveaux, ce nouveau condo profite de la même vue sur le fleuve et de deux accès sur l'extérieur, l'un sur le boulevard, l'autre directement sur le trottoir de la rue Champlain.
L'architecte Pierre Bouvier s'est «impliqué dans les plans» avec un ingénieur en structure, raconte Richard Aubé, l'homme de bon goût. 
Bouvier a aussi conçu les trois portes coulissantes entre le salon et la cuisine, traditionnelles dans leur apparence, mais modernes par la qualité de leur mécanisme. Elles ont été fabriquées et installées par Meubles environnementaux, une entreprise du quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec. Elles passent sous la poutrelle d'acier, un élément imposé par l'ingénieur en structure.
Dans le haut du mur, le soupirail a été bien exploité. De nombreux encastrés à la DEL compensent la rareté des fenêtres au premier niveau.
Le comptoir est fabriqué avec un stratifié qui imite le béton.
Sylvain Duchesne, un ami de Richard Aubé, s'est porté volontaire pour le design du condo. C'est lui qui a dessiné les armoires laquées de la cuisine. Les comptoirs sont recouverts d'un stratifié qui imite le béton. Ce matériau retombe aussi sur le côté visible de l'îlot. 
Abordables et contemporains
Sylvain Duchesne a le don de dénicher des meubles et des accessoires abordables et contemporains. Il retape aussi des vieilles lampes et il en a distribué quelques-unes dans le condo. Il a acheté pour trois fois rien la petite affiche «crème de la crème» qu'il a suspendue de biais avec le soupirail. C'est discret et sans prétention.
Foyer d'origine, fenêtres restaurées, plancher de pin neuf: ce condo du quartier Cap-Blanc vient d'être rénové.
Il compose des ensembles harmonieux dans chaque pièce en respectant la pierre, la cheminée d'origine, les petites planches et les fenêtres anciennes qui ont été restaurées.
L'étage, petit, mais fonctionnel, comporte une seule chambre et un vestibule assez grand pour faire office de bureau. 
Le plancher de pin teint en gris contribue à l'unité et au charme du lieu.