Connection Connexion et au mur Étude de la paix 

Des blessures d'enfance à Matéria

Juxtaposant l'argile et la fibre de verre, la céramiste Paula Murray expose à Québec des oeuvres fissurées, qui expriment ses propres blessures d'enfance au sein d'une «famille brisée».
Paula Murrray devant<em> Sanctuaire</em>, une oeuvre qui évoque des arbres. «Chacun est unique», fait-elle observer.
<em>Tu es moi</em>, inspirée par sa belle-soeur Mary
La céramique est un métier solitaire qui laisse à l'artisan beaucoup de temps pour «investiguer son coeur». Souriante, amicale et enjouée, Paula Murray transpose le stress et les tensions de sa vie dans son art. Elle en parle avec franchise, évoquant une mère bipolaire et un père alcoolique. Elle a appris très jeune la résilience et l'endurance. 
Dans l'exposition baptisée Compassion qu'elle présente à Matéria jusqu'au 22 octobre, elle «convertit la souffrance en objet de beauté et de sensualité». 
Sept vases sont disposés sur un anneau surélevé. Faits d'argile et de fibre de verre, ils ont été soumis au stress pendant la cuisson, en raison de leur composition inusitée. Ils ont cassé, craquelé, fendu, dévoilant leur fragilité et leur résilience.
Cette oeuvre s'appelle Tu es moi, en l'honneur de sa belle soeur Mary, atteinte de sclérose en plaques, qui a frôlé la mort à la suite d'une pneumonie. «Ma richesse vient de ma relation avec elle», confie la céramiste, ajoutant : «J'aime les gens blessés.»
La céramiste explore la fissure dans sa pratique.
Paula Murray crée des oeuvres organiques qui évoquent la nature.
Carrière internationale
Paula Murray, 59 ans, est née à Ottawa, mais elle vit et travaille à Chelsea, près du lac Meech, au Québec, depuis 1980. Elle mène une carrière internationale et expose en Italie, en Corée, au Japon, à Taïwan. «En Asie, les céramistes sont des rock stars», dit-elle.
Connection Connexion est une installation qui a la forme d'un escalier de corde ondoyant, dont chaque barreau est un parchemin de porcelaine. La céramiste a réinterprété les rouleaux de papyrus de la Mésopotamie sur lesquels ont été gravées des inscriptions indélébiles. Elle a exploité les fissures, qu'elle a comblées cette fois et qui ressemblent à un interminable texte écrit à la main. Elle a reçu pour cette oeuvre, en 2015, le Prix Travail de l'année du Conseil des arts et des lettres du Québec.
L'escalier aboutit à une pièce unique baptisée Étude de la paix et constituée de languettes interconnectées fixées sur un disque.
blessures d'enfance