L'étudiante Judith Ricard prépare son métier à tisser.

Des artisans dans l’ère du temps [PHOTOS]

Naître avec deux mains, c’est naturel, c’est inné. Apprendre à créer avec ses mains, façonner et construire, c’est une tout autre chose. L’art s’acquiert et la créativité se développe. À la Maison des métiers d’art de Québec, les futurs artisans puisent dans l’acquis pour réinventer la roue du fait main.

Si les savoirs-faire qu’on leur enseigne datent d’il y a longtemps, l’approche et les techniques ont su, elles, suivre une certaine évolution vers l’actuel. Installée sur le boulevard Charest depuis près de 20 ans, la Maison des métiers d’art de Québec (MMAQ) renferme des ateliers de métiers d’art en textile, céramique et sculpture. Mais en l’espace de deux décennies, il s’en est passé des choses.

Aujourd’hui, derrière leurs gigantesques métiers à tisser, Judith Ricard et Véronic Barbeau ne sont pas que des artisanes du textile. Elles doivent désormais avant tout devenir des programmeuses informatiques. Les impressionnantes machines fonctionnent maintenant non seulement à la main, mais aussi avec un système informatique, qui leur facilite la tâche si elles savent bien l’exploiter. N’en demeure pas moins qu’elles passeront au moins deux ou trois heures à préparer leur métier à tisser avant de le mettre en marche. 

Véronic Barbeau n'est pas qu'une artisane du textile. Elle doit désormais avant tout devenir une programmeuse informatique.

Les étudiants du professeur Julien Lebargy, eux, pourront profiter de programmes en trois dimensions pour concevoir et imaginer leurs éventuels projets de sculpture. Leur métier, aussi manuel soit-il, requiert donc maintenant les mains d’abord et l’ordinateur en parallèle. Comme un soutien technique, il leur rend la vie parfois plus facile.

Mélange des genres

«L’ouverture à l’intégration des nouvelles technologies est présente, même s’il s’agit de savoirs-faire qui sont traditionnels. Les techniques se sont professionnalisées et l’artisanat est de plus en plus multidisciplinaire», mentionne Mélissa Landry, responsable des communications à la MMAQ.

Et cette évolution des traditions vers le contemporain se poursuit. Comme si la frontière entre les arts visuels et les métiers d’art tend à devenir de plus en plus floue. 

L'étudiante Judith Ricard prépare son métier à tisser.

«Il y a un renouveau dans l’artisanat qui s’observe chez le grand public. Les gens découvrent ou redécouvrent l’artisanat et la popularité de nos ateliers en témoigne. Les métiers d’art occupent une place plus importante dans notre société, se réjouit Mme Landry. 

«Nos cohortes étudiantes sont plus jeunes, peut-être parce que leur choix de métier est socialement plus accepté», songe-t-elle, pointant quelques étudiantes et étudiants de première année en plein cours de sculpture. «Ils sont courageux». 

Retour aux sources

La perception sociale d’appréhension par rapport au succès des métiers liés à l’art se serait-elle un peu dissipée? Selon elle, oui. Il y aurait un regain observable pour le fait main, tant pour les artisans que pour ceux qui consomment l’artisanat.

Julien Lebargy enseigne à ses étudiants les rudiments de la sculpture sur métaux.

«Le lien avec la matière est différent : une fois que tu bois ton café dans une tasse faite à la main par un céramiste local, qui y a mis de l’âme, il se crée un attachement face à l’objet dans une plus grande mesure que celui qui peut se développer avec quelque chose qui est conçu en usine», suppose la responsable des communications. 

Florentin Roy est en pleine conception de son projet de céramique.

La cause de cet engouement? Difficile à déterminer, mais la croissance d’un souci collectif pour l’environnement ne doit pas se situer bien loin de l’explication du pourquoi. Avec les procès visant les multinationales et la production à la chaîne, l’apologie de l’achat local est faite. Cette «nouvelle tradition» serait en effet plus ancrée dans les pratiques, tant dans la production que dans la consommation, aux dires de Mélissa Landry. 

«On la sent, l’envie de participer à ce mouvement de création d’objets locaux et d’en encourager l’achat. Les gens sont plus sensibles à cette réalité et il y a une mouvance vers les métiers d’art», flaire-t-elle.

À la Maison des métiers d’art de Québec, les artisans ont puisé dans la tradition pour recréer leur art et lui assurer une pérennité. 

Info: mmaq.com

Dans l’atelier de céramique, les finissantes conçoivent de façon autonome leur projet.