La chienne Augustine prend la pose dans ce loft aménagé au-dessus du garage d’une résidence repensée par la firme BANG architecture de New Richmond, en Gaspésie.

Des architectes jeunes et dynamiques en région

Loin des grands centres urbains, un vent de fraîcheur souffle sur le milieu de l’architecture. De jeunes firmes novatrices s’installent dans les régions et affirment haut et fort leur existence et leur différence. Portrait de deux d’entre elles.

Ils sont jeunes, dynamiques, ont étudié dans les grands centres urbains, mais ont choisi d’installer leur petite boîte d’architectes en région. Les fondateurs d’AURA à Sainte-Marie-de-Beauce et de BANG architecture à New Richmond, en Gaspésie, partagent à la fois l’amour de la nature et un esprit novateur qui les poussent à exercer leur métier en mettant de l’avant leurs valeurs.

BANG architecture (New Richmond, Gaspésie)

Au bout du fil, le petit accent gaspésien de Marie-Hélène Day est charmant. Originaire de Nouvelle, l’architecte formée à Montréal a senti l’appel du large dès la fin de ses études. En novembre 2016, elle mettait au monde BANG architecture, dont l’acronyme signifie Bureau d’architecture novateur gaspésien, avec son associée Ingrid Dion-Babin, née à Caplan. Un peu plus tard, Sébastien Poirier, de Saint-Alphonse, se joignait à l’équipe.

«Quand j’ai quitté pour aller étudier à Montréal, je me disais je ne reviendrais jamais ici, qu’il n’y avait pas d’architecture en Gaspésie, admet Marie-Hélène. Et quand j’ai eu la chance de revenir ici pour travailler, j’ai vu la richesse des projets. On ne manque pas du tout de travail.»

Les trois jeunes Gaspésiens (Ingrid a 27 ans, Sébastien, 30, et Marie-Hélène, 37) ont travaillé sur une soixantaine de mandats jusqu’à maintenant : institutionnel, commercial et résidentiel. Leur pratique est diversifiée, un des avantages d’être installés en région, croit Marie-Hélène. Le sentiment d’appartenance aux projets est également très fort. «Quand on fait un centre communautaire à Québec, c’est un parmi tant d’autres qui répond à un besoin. Ici, c’est LE centre communautaire du village et de ceux d’à côté. Donc on a l’impression qu’on touche beaucoup de gens.»

L’équipe de BANG architecture (de gauche à droite) : Ingrid Dion-Babin, Marie-Hélène Day et Sébastien Poirier.

L’envergure et le budget des projets sont différents de ceux qu’on retrouve en ville, explique l’architecte. «Des bâtiments de plus de trois étages, il n’y en a pas vraiment ici. Des constructions uniquement en béton non plus. C’est plus de la structure légère en bois, de la structure d’acier.» Marie-Hélène travaille fort pour faire reconnaître l’importance de l’architecte dans un projet pour bien cerner les besoins des clients et aider ces derniers à se projeter dans l’avenir. 

L’éloignement apporte son lot de difficultés. La main-d’œuvre spécialisée se fait rare et les candidatures d’employés également. 

L’agrandissement de la résidence Rancourt-Pinard a été effectué par BANG architecture. L’entrée principale de la maison est marquée par la porte jaune ocre. Le parement de bois brûlé fait la liaison entre l’agrandissement et la maison d’origine.
 Le centre communautaire de New Richmond, projet réalisé par BANG architecture en consortium avec les architectes Goulet et LeBel. La matérialité extérieure est inspirée du passé industriel et agricole de la ville. Les teintes ont été choisies pour se marier avec la coloration des bâtiments situés à proximité.

Mais les bienfaits sont plus grands que les désavantages pour Marie-Hélène. «J’ai fait beaucoup de route dernièrement à Chandler, à Nouvelle, raconte-t-elle. Je longeais la mer. Il n’y avait pas de trafic. En fait, oui il y en avait car des touristes roulaient lentement pour regarder le paysage. Moi aussi, je regardais la mer et je me disais c’est pour ça que je suis revenue.» L’architecture mise de l’avant par BANG reflète ce qui l’entoure. «Notre architecture est simple et inspirée du paysage, de l’environnement, des bâtiments voisins», décrit Marie-Hélène.

Bang architecture : facebook.com/bangarchitecturegaspesie

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AŪRA | architecture . design (Sainte-Marie, Beauce) 

Bryan Fecteau-Berman a étudié à Québec, à Gênes en Italie, et à Barcelone, en Espagne. Il a travaillé pour de grandes firmes en ville. Mais c’est dans son patelin de Sainte-Marie-de-Beauce que l’architecte a décidé d’implanter sa petite boîte d’architecture, AŪRA, avec son amoureuse, Anaïs Duval, formée en design et en architecture.

«C’était important pour moi de venir ici dans ma région, dit-il. Quand je suis allé étudier à l’étranger, ça m’a permis de découvrir beaucoup de choses, d’autres approches. Je me suis beaucoup intéressé à l’environnement bâti, aux relations que les humains ont avec l’architecture et l’environnement. J’ai trouvé ça très riche et je trouvais ça important de ramener ça dans ma région, d’être un acteur ici.»

Il n’a pas eu de mal à convaincre Anaïs, native du Kamouraska, de le suivre puisqu’elle partage son intérêt pour la nature et le plein air. «On a ce sentiment commun d’aimer profiter de la vie, dit-elle. La nature est omniprésente en région, alors qu’en ville, il faut faire un peu plus d’effort pour la trouver. Nous, ça nous rejoint. Sur l’heure du dîner, on va sur le bord de la rivière. Le soir, on va courir dans le bois. C’est une qualité de vie que la région nous donne.»

Anaïs Duval (designer et stagiaire en architecture) et Bryan Fecteau-Berman (architecte) d’ AŪRA | architecture. design.

Depuis leurs débuts en septembre dernier, ils ont réalisé une quinzaine de projets en tous genres. «Travailler en région nous demande une grande polyvalence. On touche à tout. C’est très stimulant», se réjouit Anaïs.

Ils aiment que leurs conceptions apportent quelque chose de positif dans leur environnement, qu’elles aient une belle aura, d’où le nom de leur boîte. À travers leurs mandats, ils tentent d’appliquer les valeurs qui leur sont chères, notamment l’intégrité. «On prend le temps d’analyser les besoins des clients, de concrétiser leurs idées, illustre Bryan, qui peut compter sur les conseils de sa mentore Isabelle Julien de chez Architecture49 à Montréal. On aime échanger avec les gens. Notre place est ici. Les gens sont fiers de faire affaire avec une entreprise de chez eux. Ils aiment avoir nos conseils.»

Ensemble immobilier à Sainte-Marie, projet de 5 unités d’habitation, en construction. Chaque logement possède son entrée privée, une terrasse couverte et un bon apport lumineux. Réalisé par AŪRA | architecture. design.
Résidence Tourbière, projet réalisé en 2017 par AŪRA | architecture. design. La commande était de concrétiser le mode de vie travail-famille d’une jeune famille avec deux enfants. Une suite isolée comprenant un espace de travail a été aménagée pour les parents. Les chambres des enfants se retrouvent à l’étage inférieur avec un sol dégagé en façade.

Les trentenaires — une question de semaines pour Bryan! — aimeraient avoir un bureau de six employés pour répondre à la demande, mais ils font face à une pénurie de candidats. Grossir à tout prix n’est toutefois pas leur but ultime. Demeurer intègres dans leur pratique reste leur mot d’ordre. Et ils tiennent à se garder du temps pour profiter de tout ce que la Beauce a à leur offrir. 

AŪRA | architecture. design : facebook.com/aura.architecture.design