Le noir s’immisce dans la cuisine actuelle, ici un projet signé Kocïna. Comptoirs en granit titanium black, armoires en similaque au fini ultra mat et placage d’orme gris.

Cuisine dans le ton

Vous vous sentez coincé dans votre cuisine mal organisée? Vous rêvez d’un espace inspirant pour mitonner vos tartes aux pommes et vos conserves? Le Soleil a demandé à des designers cuisinistes de décrire la cuisine 2020, avec tout de qu’elle a de pratique, d’esthétique et d’actuel.

Idées de grandeur

Pièce clé de la maison, la cuisine prend de l’expansion depuis des années. Sans parler de l’îlot, élément rassembleur qui trône en roi et maître, toujours le plus grand possible.

Lucie Lyonnais travaille depuis 25 ans dans le domaine. La copropriétaire et directrice générale de Cuisiconcept, à Saint-Apollinaire, se rappelle l’époque où il était impensable pour sa mère que les invités l’aident à faire à manger. Les mœurs ont bien changé. Si bien que recevoir est devenu un «happening» où tout le monde met la main à la pâte. 

Sans compter la vie familiale qui va vite et gravite autour de l’îlot: préparation des repas, des lunchs, petits déjeuners avalés en vitesse, devoirs… Une réalité du XXIe siècle qui explique ce besoin d’espace et d’ouverture.

Le fameux triangle ergonomique entre l’évier, le four et le réfrigérateur demeure, mais il s’élargit avec la pièce agrandie, note pour sa part Émilie Roberge, designer cuisiniste et cofondatrice de Kocïna, dans Sainte-Foy depuis six ans. 

Et comme les cuisines sont de plus en plus personnalisées, tout est possible. Certains aiment, par exemple, ajouter un petit évier dans l’îlot.

Les Québécois aiment encore de la chaleur dans un décor classique, notent les designers de Cuisiconcept. Le style farmhouse avec sa quincaillerie noire sur fond blanc a toujours la cote, même chez les plus jeunes.

Rangement plus léger

«On a tous la crainte de manquer de rangement, mais ça fait lourd en cabinet», trouve Émilie Roberge. Elle remarque que la cuisine s’allège un peu et qu’on restreint le nombre d’armoires. 

Il commence à y avoir une compréhension que le tiroir loge davantage. Oui, il coûte plus cher s’il a une coulisse de qualité, mais la capacité de rangement vaut amplement l’investissement, selon elle.

Dans la cuisine actuelle, le coin déjeuner qui dissimule les petits électroménagers et tout le nécessaire du matin, est très demandé. 

Il est parfois même intégré dans le garde-manger walk-in. Cette réserve où l’on entre et où l’on a tout à portée de main est d’ailleurs presque devenue un automatisme dans les constructions neuves, remarque Karine Poitras, designer cuisiniste chez Cuisiconcept.

La marque de commerce de Kocïna: la simplicité!

Le plein de commodités

Parmi les nouvelles commodités qu’elle intègre de plus en plus dans ses projets, Émilie Roberge note le robinet à chaudrons ou «pot filler». Il s’agit d’un robinet mural installé au-dessus de la cuisinière.

Toutes sortes de gadgets sont aussi offerts, jusqu’à certaines technologies qui permettent de régler des rappels avec les dates d’expirations des aliments et de voir à distance le contenu de votre réfrigérateur. 

Fini ultra mat

Les cuisinistes s’entendent pour dire que les armoires lustrées n’ont plus la cote. Même si Kocïna les utilise encore parfois pour quelques pièces très petites. Autrement, la tendance est au fini ultra mat!

Si une surface lustrée semble plus salissante, une surface mate laisse aussi paraître les marques de gras. Lucie Lyonnais, de Cuisiconcept, indique que des produits aussi simples que la mousse nettoyante Bon Ami permet d’entretenir efficacement.

Une cuisine rénovée sur mesure par Kocïna. À noter, les surfaces mates, la hotte camouflée, les espaces dégagés et non surchargés par des armoires.

Noir, grège, vert, marine, pastel…

Le blanc est délaissé au profit de bien d’autres teintes. Karine Poitras constate que le noir est très prisé par les jeunes familles qui font de la rénovation. Mais il s’agit de «la pire couleur question entretien». 

Pour mettre toutes les chances de son côté et éviter d’avoir des traces de doigts partout, il faut accepter de choisir un matériau de meilleure qualité, de moyenne à haute gamme.

Réno-Assistance, un service indépendant qui aide le public à trouver des entrepreneurs qualifiés au Québec et reconnu par Protégez-vous, a aussi relevé cette tendance dans son blogue sur les cuisines 2020. Mais il fait cette mise en garde: assurez-vous que la luminosité de la pièce le permet. Car le noir assombrit, et pourrait ne pas être la couleur idéale si la cuisine est fermée.

Voilà comment oser le vert. Ici, une cuisine de présenta­tion de Cuisiconcept.

Outre le noir, Émilie Roberge aime aussi le grège, ce gris chaud ou beige froid qui peut remplacer le blanc. Elle parle même de kaki, de beige foncé ou de brun chocolat.

Pour 2020, elle pense encore au vert sauge, même si les gens n’osent pas trop. Celle qui voyage le plus possible pour se garder à jour, a vu beaucoup de teintes pastel, comme le saumon, le vert pâle, des touches un peu plus rétro.

«On sort souvent des concepts éclatés. Mais même les jeunes qui aiment un idée funky vont se replier finalement sur un choix qui convient mieux à la revente. On s’attache à l’intemporalité», remarque la designer de 37 ans.  

Ça prend du «guts» pour assumer une cuisine hors standard.

Intemporel, le blanc a toujours sa place dans la cuisine, ici avec des accents noirs. Un projet Kocïna.

Au rayon des matériaux 

Émilie Roberge joue toujours de prudence avec les nouveaux matériaux et attend qu’ils aient fait leur preuve. 

Elle remarque qu’au Québec, le look initial d’une armoire ou d’un comptoir doit durer dans le temps, contrairement à l’Europe où l’usure est synonyme de charme. Si le marbre fait sensation là-bas, on utilise ici des imitations pour cette raison. (Elle a un faible pour le marbre noir marquina.)

De l’autre côté de l’Atlantique, le marbre est parfois même utilisé des comptoirs jusqu’aux panneaux d’armoire. La designer n’est pas certaine que nous sommes encore prêts pour cet effet monobloc.

Elle-même travaille avec une grande gamme de matériaux pour la surface des portes et les côtés des caissons: mélamine, polyester sans émanation de formaldéhyde, similaque mat et lustré, laque et placage de bois. 

Dans cette pièce très linéaire et blanche, les propriétaires désiraient un plafond en bois. La designer Karine Poitras de Cuisiconcept a suggéré de le descendre et de le poursuivre sur le dosseret, pour donner une profondeur et de chaleur.

Attention au bois blond (magnifique en contraste avec du noir et du vert). En placage, il jaunit, malgré l’évolution des produits et les différents traitements. Pour ceux que ça rebute, il vaut mieux se replier sur un matériau synthétique.

En parallèle, elle remarque que l’acier noir fait un début du côté des tablettes. Mais nous sommes loin du style industriel, ici, et tout se fait en délicatesse.

Les finis dorés laissent tranquillement place aux finis cuivrés. Dans un cas comme dans l’autre, il faut faire attention au mariage de même ton.

Le retour du terrazzo se poursuit. Une belle tendance, quand il est bien intégré, précise la designer.

Chez Cuisiconcept, Karine Poitras choisit les matériaux en fonction du style du projet. Mais elle utilise encore beaucoup le bois, laissé naturel ou laqué blanc. Un avantage, comme le bois peut être peint, toutes les couleurs peuvent être utilisées, sans limitation.

Déclinaison noir et blanc et hotte dissimulée pour cet autre projet de Kocïna.

Minceur et biseau

Depuis quelques années, les comptoirs s’amincissent jusqu’à un demi-pouce, même si la plupart font encore trois quarts de pouce. Le biseau en bordure est un beau détail côté finition, trouve Émilie Roberge.

Poignées, hottes et électros incognito

Sur les panneaux et les tiroirs, les poignées sont fines, voire inexistantes. Certaines portes ont un profilé qui permet de les saisir, le principe finger grip.

Pour obtenir une cuisine encore plus épurée, les gros électroménagers sont aussi dissimulés derrière des panneaux. Il faut alors prévoir augmenter son budget d’armoires de 5%, estime Émilie Roberge. Mais surtout, il faudra payer plus cher les électroménagers adaptés. Car peu de compagnies offrent encore ce type de produits. 

Quant à la hotte, elle aussi est plus souvent recouverte pour s’intégrer aux armoires. Réno-Assistance recommande de s’assurer que le camouflage ne réduise pas son efficacité et que l’installation ne nuise pas s’il faut éventuellement la changer.

En cours de travaux, ce mur de brique a été découvert. La designer Claudia de Kocïna l’a intégré au concept, insufflant beaucoup de chaleur.

Pensée écolo

La gestion des déchets et de la nourriture en cuisine est devenue une grande préoccupation. Pour faciliter le recyclage, le compost, les fournisseurs ont développé divers produits et mécanismes que les cuisinistes intègrent dans leurs plans.

Lucie Lyonnais remarque qu’il y aura aussi de plus en plus de matières recyclées dans la composition des matériaux utilisés.

Selon Émilie Roberge, il est encore plus facile d’être écologique quand on rénove une cuisine. Elle n’hésite pas à sabler et à huiler un beau plancher existant et aime conserver des éléments architecturaux, qui donnent un côté éclectique au projet.

Pour être en phase avec le courant écolo, tout en étant hyper tendance, on ajoute de la verdure. «C’est beau, ça purifie l’air et ça rehausse tout ce qu’il y a autour.»

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INFO 
›  cuisiconcept.ca
›  kocina.ca
›  renoassistance.ca