Les motifs de l’artisane Pascale Faubert

Créateurs de motifs

De votre salon aux scènes de théâtre, les motifs font partie du décor. Ils s’inspirent des tendances de l’heure, de la nature environnante, d’un lieu, de l’histoire et peuvent être imprimés de plusieurs manières, de la plus artisanale à la plus industrielle. Voici un aperçu du travail de créateurs de motifs.

Audrey Rodrigue : design tendance

Audrey Rodrigue est l’une des deux designers qui créent des motifs pour les articles de la section Maison des magasins Simons. Deux fois l’an, elles développent jusqu’à 60 imprimés différents pour environ 400 produits. Une tâche colossale qui demande d’être agile sur la planche à dessin et au courant des tendances avant tout le monde.

La jeune femme occupe depuis sept ans un poste qui lui a permis de jumeler son intérêt pour le design d’intérieur et pour l’illustration. «On fonctionne par palette, pour que les agencements en magasin soient beaux. On veut donner le goût de prendre un peu de tout», indique-t-elle.

La designer de motifs pour les articles Maison de Simons, Audrey Rodrigue

Grâce à des voyages d’inspiration un peu partout dans le monde et à une veille intensive sur les sites Web de tendances et de design, le duo arrive à savoir avant tout le monde ce qui aura la cote dans quelques mois. Elles avaient vu venir les lamas et les cactus bien avant que ceux-ci saturent les étalages des magasins de décoration. «Quand les tons pastel sont arrivés dans le vêtement, on savait qu’on en verrait en déco la saison suivante», illustre-t-elle.

Lorsqu’elle nous accueille dans les bureaux créatifs du Simons du Vieux-Québec, Audrey Rodrigue a tout en main pour nous expliquer les étapes de son travail. Le premier motif de son invention qu’elle nous présente est «les chatons font ronron», des frimousses de chats dessinées noir sur blanc à main levée, puis retravaillées sur une tablette électronique.

Le motif nommé «les chatons font ronron», créé par Audrey Rodrigue, se trouve sur les tablettes des magasins Simons depuis trois ans.

«L’idée est de créer un motif général facilement adaptable, même si parfois on l’imagine pour un objet précis», explique-t-elle. Imprimé sur un jeté, le motif est grossi, les traits sont plus larges, et toutes les oreilles pointent vers le haut. Sur une nappe, le motif a été réduit (puisque le tissu permet une impression plus détaillée) et les frimousses sont orientées en alternance dans deux directions opposées, afin qu’aucun convive n’ait le sentiment d’être «à l’envers».

Les designers travaillent en collaboration avec les acheteurs, qui choisissent les tissus et les articles sur lesquels seront imprimés les motifs. Certains déjouent les modes éphémères — celui des chats est sur les tablettes depuis près de trois ans. Tout dépend de la demande et des chiffres de ventes.

L’entreprise utilise généralement l’impression vectorielle en rouleau, mais commence aussi à travailler avec l’impression digitale, qui offre la possibilité d’imprimer des images complexes, comme des photographies. Lorsqu’un motif est destiné à un tissage jacquard, la création du motif devient mathématique, puisqu’il ne peut y avoir que deux couleurs sur chaque ligne de fil.

Tant les chats que d’autres motifs créés par la designer, comme des feuilles enchâssées ou des frises de dessins ethniques, sont énergiques et vivants. La quantité de motifs à créer ne semblent pas freiner son inspiration.

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Pascale Faubert : artisane en immersion

Pascale Faubert vient d’ouvrir une nouvelle voie dans sa démarche de création textile. L’artisane et entrepreneure de Rimouski a fait une résidence aux Jardins de Métis afin de créer un motif inspiré de l’histoire, de la faune et de la flore de l’endroit.

Comme sa production est artisanale, Pascale Faubert peut tout contrôler: le dessin, la qualité de la fibre, la technique.

Au printemps dernier, l'artiste s’est rendue au bord de la rivière Métis, a observé et dessiné les plantes et a visité la réserve muséale de cet ancien camp de pêche. Parmi d’innombrables dessins, elle a choisi une espèce indigène, la fougère, et une fleur implantée par la fondatrice Elsie Reford, le pavot. Elle y a ajouté les mouches à pêche de la dame et des saumons. Le motif, produit en six déclinaisons, orne désormais des coussins et divers autres objets. 

Pascale Faubert imprime elle-même ses motifs sur des tissus choisis, en utilisant la technique de sérigraphie au cadre plat.

Pascale Faubert a étudié au Centre de design et impression textile, où elle a appris tout ce qu’il faut savoir pour créer des motifs et les techniques d’impression. Elle imprime elle-même ses motifs sur des tissus choisis, en utilisant la technique de sérigraphie au cadre plat.

«Dans l’industrie, on imprime des motifs sur du tissu sans nécessairement savoir ce que les gens vont faire avec. En production artisanale, on contrôle tout, le dessin, la qualité de la fibre, la technique. Je peux choisir les bonnes proportions selon les produits sur lesquels je veux les appliquer», explique-t-elle. L’artisane crée elle-même ses couleurs à base d’eau. 

Le résultat, tout en finesse

Sa production à petite échelle, en plus d’être personnelle, aurait un impact environnemental moindre que l’impression numérique, qui implique cartouches et machines qui deviennent rapidement désuètes. 

Ses motifs avec beaucoup de détails, des lignes fines, des végétaux, des éléments de la mer et des engins de pêche plaisent à cause de leur originalité, de leur finesse et de leur aspect intemporel. Pour créer son prochain design, elle s’inspirera du travail d’une autre femme passionnée, une scientifique bien vivante, cette fois.

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Sébastien Dionne : de la photo aux costumes

Si les motifs habillent nos inté­rieurs, on les retrouve aussi, évidemment sur les vêtements et, plus spécifiquement, sur les costumes. Pour créer la vaste garde-robe des interprètes de l’opéra La Traviata, présenté au Grand Théâtre du 19 au 26 octobre, Sébastien Dionne a créé des motifs floraux à partir de photographies.

Pour les costumes de l’opéra La Traviata, Sébastien Dionne s’est créé une banque d’images à partir de photographies.

La photographie d’une fleur mauve sur fond noir, sur le Web, avait attiré son attention et a longtemps servi de fond d’écran à son téléphone pendant qu’il pensait aux costumes de cet opéra. «C’était mon inspiration, indique-t-il. Je voulais des motifs floraux très réalistes, pas des dessins, mais vraiment de la photographie.»

M. Dionne voulait des motifs floraux très réalistes.

Le créateur a acheté des fleurs pour se créer une banque d’images avec la complicité du photographe Stéphane Bourgeois. Ils ont photographié les fleurs une à une, puis les ont effeuillées et étalées, jusqu’à obtenir de toutes petites parcelles. Ces objets qui se désagrègent ont permis au créateur de costumes de faire évoluer les motifs pour qu’ils suivent l’évolution dramatique du livret et la santé de l’héroïne qui s’étiole. 

Sébastien Dionne utilise le logiciel Photoshop pour travailler les images, les grossir, ajuster les couleurs, faire des déclinaisons. Les motifs créés par infographie sont ensuite envoyés en impression textile, dans une entreprise qui imprime notamment des bannières et où il pouvait amener son propre tissu. 

Pour le concepteur, les motifs permettent d’unifier les costumes d’une production, de créer un univers esthétique cohérent, avec des correspondances et des variations.