Le Square Rouge du parc Superkilen

Copenhague, entre design et pistes cyclables

On ne visite pas Copenhague. On s'imprègne de son mode de vie. On ne flâne pas dans la capitale danoise. On la quadrille à vélo en s'incorporant à l'intense trafic sur deux roues qui ne tolère aucune hésitation. Au royaume de la piste cyclable, le design se terre souvent derrière les fenêtres des maisons. Mais il s'affirme aussi dans les parcs, les hôtels, les boutiques. Rarement spectaculaire, il est plutôt efficace. À Copenhague, il faut que ça roule!
Superkilen, parc du partage et de la diversité
Le parc Superkilen s'étend sur 750 mètres dans le quartier cosmopolite de Norrebro. Divisé en trois zones, la rouge, la noire et la verte, il rassemble plus de 100 meubles urbains issus d'une soixantaine de pays, illustrant ainsi la diversité culturelle de Copenhague : bancs brésiliens et iraniens, tables de ping-pong espagnoles, ring thaïlandais, fontaine marocaine, etc. Aménagé en 2012, le parc recevait l'année suivante le prix Mies Van der Rohe pour l'architecture contemporaine. Avec ses installations sportives, ses pistes de vélo, ses tables d'échec, ses BBQ, ses aires de jeux, ses reliefs gazonnés, son poulpe géant à escalader, Superkilen est «porteur d'une idée, celle du partage de l'espace public par et pour les habitants».
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Brumleby, une enclave verdoyante
Brumleby est un quadrilatère de quelques rues bigarrées qui se prennent pour des ruelles.
Enserré entre deux boulevards, Brumleby est un quadrilatère de quelques rues bigarrées qui se prennent pour des ruelles. 
Plus de 500 maisons collées les unes sur les autres y avaient été construites par l'Association médicale danoise, en 1853, pour endiguer l'épidémie de choléra qui sévissait dans la vieille ville et qui tuerait 5000 citoyens.
En 1872, les maisons hébergeaient 2500 habitants. Aujourd'hui, elles sont occupées par quelque 400 privilégiés qui jouissent de cette enclave verdoyante et fleurie où, de toute évidence, les enfants sont rois. Les petits vélos, les poussettes, les maisonnettes, le mobilier et les balançoires débordent des terrains et empiètent sur les rues. Ralentis par les dos d'âne, automobilistes et cyclistes y roulent lentement, tout à leur bonheur d'échapper au trafic.
Vélos, poussettes, maisonnettes, mobilier et balançoires débordent des terrains et empiètent sur les rues de Brumleby.
De style néoclassique, les maisons pimpantes et colorées ont des cours dotées de jardinets qu'on aperçoit depuis la rue à travers les fenêtres. Les roses trémières, les annuelles en pots et le lierre s'épanouissent dans une belle anarchie, révélant un art de vivre axé sur la simplicité et la beauté.
Situé dans le quartier Osterbro, près du Stade et du «Central Park de Copenhague», la coopérative Brumleby fut le premier projet de logement social du Danemark. Il en a inspiré plusieurs autres.
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Pèlerinage dans le «design total»
Le grand hall de l'hôtel Radisson Blu Royal se caractérise par la sobriété de ses formes, la pureté de ses lignes et la présence des chaises Egg.
Pourquoi faut-il absolument visiter l'hôtel Radisson Blu Royal? Parce qu'il a été conçu par l'architecte danois Arne Jacobsen, en 1960, dans cette recherche du «design total» qui lui était chère et qui l'incitait à se mêler de tout, des poignées de porte, de la vaisselle, du mobilier, des lampes, des cendriers, de la conception architecturale.
Les touristes n'ont accès qu'au grand hall et qu'au bar du 20e étage de cet hôtel qui fut le premier gratte-ciel de Copenhague. Pour les fous du design, cette visite est un pèlerinage dans le berceau des chaises Egg et Swan créées par Jacobsen et 1000 fois reproduites dans le monde.
Pour les amateurs de la série télévisée Borgen, une femme au pouvoir, sachez que l'hôtel apparaît dans le premier épisode de la troisième saison, alors que l'ex-première ministre Birgitte Nyborg (jouée par Sidse Babett Knudsen) y prononce une conférence sur la crise économique mondiale.
Conçues par Arne Jacobsen, les célèbres chaises Swan meublent le bar du 20<sup>e</sup> étage.
Situé en face de la gare centrale et à côté du parc d'attractions des Jardins de Tivoli, le Blu Royal est bâti sur un squelette de béton armé qui supporte une façade tout en verre. 
L'hôtel cinq étoiles offre 270 chambres, dont l'une, la 606, est demeurée telle que Jacobsen l'avait créée en 1960. La 506, elle, a été réaménagée en 2014 en l'honneur du célèbre architecte par le designer espagnol Jaime Hayon.
Arne Jacobsen avait conçu la chaise Drop spécialement pour le Blu Royal. Elle n'a jamais été manufacturée. Mais elle a été rééditée, en 2014, par la firme danoise Républic de Fritz Hansen.
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Normann Copenhagen, la surprise et le coup de coeur
Tout rose, le sous-sol de Normann Copenhagen est piqué de poufs sur ses surfaces horizontales et verticales.
Dans une capitale du design, la surprise et le coup de coeur ne pouvaient venir que d'une boutique de design. 
Normann Copenhagen est un lieu déroutant et ludique. Aménagée dans un ancien cinéma, la boutique de 1700 mètres carrés est théâtrale. À l'entrée, des rangées de chaises sont disposées pour donner l'impression aux clients qu'ils arrivent sur scène devant un parterre vide. 
Mais ça ne peut pas être que ça? En effet. Normann Copenhagen est un lieu hybride, entre boutique et musée, qui joue sur la transparence et la réflexion, dans un environnement de couleurs saturées et de matériaux durs et éclectiques, terrazzo, marbre, verre, acier brossé. On se sent immergé dans un univers à la fois artistique et expérimental.
Une fois passé le parterre de chaises, on arrive dans le centre de l'ancien cinéma - fort bien restauré - et on découvre des installations constituées de meubles, d'articles décoratifs et de vêtements parfois. Cet été, les mules bordées de fourrure (250 $) s'affichaient comme l'une des grandes tendances de la capitale danoise. Elles se portent pour sortir, comme des escarpins.
La boutique est aménagée dans un ancien cinéma. À la fois artistique et expérimental, l'environnement change continuellement.
L'entreprise Normann Copenhagen a été fondée en 1999 par Jan Andersen et Poul Madsen, rue Osterbrogade. Elle propose des meubles, des lampes, des tissus, des vêtements, des accessoires décoratifs et des articles de cuisine, notamment le bol Krenit, créé en 1953 et devenu un emblème du design danois. Son bord à arête vive lui confère son style moderne.
«N'oubliez pas d'aller au sous-sol», lance un vendeur. Murs, plancher, plafond : tout est rose et recouvert de poufs disposés aléatoirement sur toutes les surfaces. Étonnant. Inspirant. Déstabilisant.