L’entreprise a réalisé le pavillon d’accueil et le centre de découverte et de services du Parc national du Lac-Témiscouata, en 2013.

Construction Marcel Charest et Fils: bâtir avec sensibilité

Construction Marcel Charest et Fils, c’est une histoire de famille. L’entreprise de troisième génération établie à Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent, a été fondée en 1976 par Marcel Charest et sa femme Rachel Dumais. Depuis, les fils et petits-fils du couple se sont succédé au sein de la boîte. On peut apercevoir, entre Montmagny et Gaspé, la sensibilité architecturale de ses projets qui animent le cadre bâti de la région.

«C’est la folie des soumissions au bureau», lance Philippe Charest au bout du fil. Le chargé de projets de Construction Marcel Charest et fils, et candidat au doctorat en science de l’architecture à l’Université Laval est le petit-fils des fondateurs. Dans cette compagnie comptant près de 50 employés, une douzaine de projets sont en chantier, mentionne-t-il.

Son père Guy, et son oncle Marc sont actionnaires principaux de l’entreprise. Ses cousins Samuel et François sont respectivement estimateur et responsable des marchandises et des livraisons. Le troisième fils des Charest, Yvon, était responsable de la portion quincaillerie, d’abord ravagée par le feu en 1992, puis complètement délaissée en 1997. 

L’arrivée de la deuxième génération aura permis à la boîte de diversifier son offre et de diriger ses activités vers les secteurs commercial, industriel et institutionnel. «On opère davantage dans le secteur public», précise Philippe Charest.

Autour de la même table

La fin des années 90 aura été un tournant pour l’entreprise. L’Atelier Big City à Montréal, reconnu pour son architecture hors des lieux communs et un brin tape-à-l’œil, conçoit les plans du bâtiment du Parc de l’aventure basque en Amérique, à Trois-Pistoles. Construction Marcel Charest et Fils remporte l’appel d’offres. 

«Il y a eu un vrai dialogue entre les architectes et l’entrepreneur, raconte M. Charest. L’atelier voulait utiliser notre expertise pour bonifier le projet, son rendu et son efficacité. Ça nous a donné envie de répéter l’expérience, de travailler sur des projets avec une vision différente de l’architecture.» 

Avec les années, les projets à volumétrie «atypique» — le gabarit du bâtiment — puis l’arrivée de Philippe Charest qui termine son doctorat en science de l’architecture, la boîte a développé une sensibilité architecturale qui a fait son expertise. «Il y a un pont intéressant entre la conception des plans et le résultat final de nos constructions», fait valoir M. Charest. 

Sur le marché, l’entreprise se distingue pour la construction de «ce genre d’architecture» : des projets complexes dits «d’exception». Elle raffole des défis techniques. 

L’entrepreneur en construction ne se contente pas d’exécuter les mandats, donc. 


« Plus le projet est complexe, plus il sort des conventions, plus on a besoin de l’apport de tous les intervenants. »
M. Charest

Afin de concevoir des bâtiments ou d’assister les professionnels dans une approche «design-build», il s’est doté d’une division immobilière depuis peu. Cette formule «conception-construction» permet une meilleure communication entre les clients, les architectes, les ingénieurs et l’entrepreneur, tous assis autour de la même table.

Construction Marcel Charest et Fils ne peut toutefois pas se limiter aux «projets d’exception». «On serait trop à la merci des appels d’offres», indique M. Charest. Une construction intéressante n’est pas nécessairement tape-à-l’œil ou révolutionnaire d’un point de vue architectural, selon lui. «Un bâtiment frugal et sobre peut davantage répondre aux enjeux environnementaux d’aujourd’hui ou avoir une meilleure performance énergétique et acoustique», détaille-t-il. 

L’industrie de la construction a peu évolué depuis les 40 dernières années, rappelle le chargé de projets. Elle vit toutefois certains bouleversements depuis l’apparition rapide des nouvelles technologies, que Construction Marcel Charest et Fils vise à intégrer dans la gestion de ses projets. 

Philippe Charest cite l’utilisation des outils de fabrication numérique. «La découpeuse multiaxes, l’impression 3D : les bâtiments seront conçus en fonction de ces outils. Il faut réfléchir à la manière dont ils vont révolutionner notre industrie.» Le dialogue entre tous les intervenants sera d’autant plus nécessaire, croit-il.

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UNE BOÎTE ET SES PROJETS

Est-Nord-Est : des résidences d’artistes en milieu nordique

L’appel d’offres est gagné en 2018 et le projet est livré en juillet 2019 : ces résidences d’artistes «nordiques» de Saint-Jean-Port-Joli sont le résultat d’un concours d’architecture remporté par la firme Bourgeois/Lechasseur. Le bâtiment à la volumétrie complexe dégage une ambiance particulière. La lumière naturelle y est omniprésente et devient presque un élément construit du bâtiment. «C’est certainement un lieu inspirant pour les artistes», estime Philippe Charest. La structure a été reçue pendant l’hiver à cause de retard dans l’industrie. La neige et le froid ont rendu le défi plus important. L’espace sur le site était restreint, en plus de la ligne d’électricité haute-tension qui passait sur la conduite d’eau du voisin. «À cause de tous ces petits détails, il a fallu être créatif sur le chantier», raconte-t-il. Puits de lumière, parois à grands-angles, plafond cathédral avec mezzanine : l’équipe n’avait pas droit à l’erreur. L’entreprise est d’autant plus fière de ce projet difficile à réaliser, qui «a de fortes chances d’être primé». 

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Les résidences d’artistes Est-Nord-Est de Saint-Jean-Port-Joli sont le résultat d’un concours d’architecture remporté par la firme Bourgeois/Lechasseur.
Le bâtiment à la volumétrie complexe dégage une ambiance particulière. La lumière naturelle y est omniprésente et devient presque un élément construit du bâtiment.

SÉPAQ : le bois du Parc national du Lac-Témiscouata

Construction Marcel Charest et Fils a réalisé le pavillon d’accueil et le centre de découverte et de services du Parc national du Lac-Témiscouata. Le projet a été livré en 2013, mais M. Charest estime qu’il pourrait encore être soumis aujourd’hui. L’architecture complexe mais sobre, s’intègre bien au site. Les bâtiments conçus par la firme Atelier5 vont «au-delà des tendances et vieilliront bien». Si l’insertion du bois est chose de plus en plus commune en design, les murs-rideaux en la matière et les colonnes faites de troncs d’arbres sont encore inhabituels, selon lui. Le projet s’est d’ailleurs mérité un prix Cecobois en 2013, du centre d’expertise sur la construction commerciale en bois. 

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L’entreprise a réalisé le pavillon d’accueil et le centre de découverte et de services du Parc national du Lac-Témiscouata, en 2013.
Le projet s’est mérité un prix Cecobois en 2013, du centre d’expertise sur la construction commerciale en bois.

Le neuf et le vieux de BeauLieu Culturel

L’ancien magasin général L. P. Beaulieu attendait une nouvelle vocation. L’organisme culturel de à Témiscouata-sur-le-Lac dans le Bas-Saint-Laurent, a récupéré le bâtiment déclaré patrimonial en 2007, pour en faire un lieu de diffusion d’art. Construction Marcel Charest et Fils a de nouveau collaboré avec la firme Atelier5 pour ce projet livré en 2014. L’architecture offre un contraste harmonieux entre la volumétrie contemporaine et le langage plus traditionnel du bâtiment agricole. Le défi dans ce genre de projet selon Philippe Charest : les points de connexion entre le neuf et le vieux. «Avec de vieilles structures, il a toujours des surprises sur le chantier.» Anne-Sophie Poiré

L’ancien magasin général de Témiscouata-sur-le-Lac, L. P. Beaulieu, attendait une nouvelle vocation. BeauLieu Culturel a récupéré le bâtiment pour en faire un lieu de diffusion d’art.
L’architecture offre un contraste harmonieux entre la volumétrie contemporaine et le langage plus traditionnel du bâtiment agricole.