Le Château Frontenac

Ces bâtiments qu’il nous ferait mal de perdre...

Quels bâtiments de Québec serait-on le plus triste de voir disparaître?

Sombre question à soupeser, s'il en est une! Mais toute curiosité n’est pas malsaine. 

L’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris plus tôt cette semaine a brisé le cœur des Français, sonnés qu’ils étaient de perdre ce pilier du paysage parisien depuis huit siècles. Alors nous sommes en droit de nous demander la perte de quels édifices provoquerait pareille désolation chez les habitants de Québec. En concédant évidemment que toute comparaison est boiteuse...

Notre chroniqueur François Bourque a osé un début de réponse, au lendemain du drame. «On se croise les doigts pour le Château Frontenac, le Séminaire, l’édifice Price, le Parlement. On ne veut pas y penser. J’y ajouterais le pont de Québec et quelques autres immeubles essentiels […] Nous rebâtirons Notre-Dame, parce que c’est ce que les Français veulent et parce que notre histoire le mérite, a dit le président Macron. […] De combien de nos bâtiments pourrions-nous dire la même chose?» demandait-il pour finir.

Le Soleil a donc fait un rapide coup de sonde — tout ce qu’il y a de non scientifique — auprès d’architectes et d’historiens de la capitale. Voici leur palmarès des bâtiments qu’il nous ferait mal de perdre.

Le Château Frontenac

› Château Frontenac

L’hôtel «le plus photographié du monde» est la construction la plus souvent mentionnée par nos experts. «C’est l’icône la plus emblématique. La perdre serait comme se faire couper la jambe, image Jean-Yves Montminy, architecte associé chez STGM Architectes. Aucun autre édifice n’a cette prestance à l’international. Son image et sa notoriété transcendent les frontières.» 

Construit par le Canadien Pacifique à partir de 1892, le Château a été désigné lieu historique national du Canada en 1981. «Je n’en vois pas d’autres que lui, tellement il est représentatif», déclare l’architecte à la retraite Fernand Tremblay. 

«Mais comme c’est du privé, est-ce qu’on reconstruirait si ça brûlait?» demande Bruno Verge, de Boon Architecture. 

«Je crois qu’il y a des gicleurs. Et comme il y a des gens à l’intérieur, on aurait des chances d’attraper le feu à temps», se rassure Normand Hudon, architecte associé chez Coarchitecture.

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Le Séminaire de Québec

› Séminaire

Cet édifice fondé en 1663 a été la proie des flammes à plus d’une reprise au cours de son histoire. «Perdre quoi que ce soit dans le Vieux-Québec serait dommage, mais perdre le Séminaire et ses archives, ouf!» s’exclame l’historien Jean Provencher. 

Et son coup d’œil n’est pas à négliger. «On le voit de loin, du Vieux-Québec jusqu’au Vieux-Port», dit M. Verge.

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2 L’édifice Price, de style Art Déco, a été  construit en 1929 et compte maintenant parmi les joyaux de la capitale.

› Édifice Price

Au moment de sa construction en 1929, la hauteur et le style Art déco de l’édifice Price faisaient controverse. Le temps a fait son œuvre, puisqu’il compte maintenant parmi les joyaux de la capitale. 

«C’est un bel exemple d’architecture. C’est une belle signalétique dans la ville, indique M. Montminy. Sa silhouette élancée, sa mise en lumière et ses belles proportions font qu’il vieillit bien.»

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L'hôtel du Parlement

› Parlement

Érigé entre 1877 et 1886 sous l’influence des travaux d’agrandissement du Louvre à Paris, l’Hôtel du Parlement héberge les députés de l’Assemblée nationale.

«Dans ces édifices, le bois est tellement sec que ça peut brûler de rien. Alors je pense à la structure du Parlement... Ce serait une catastrophe, mais j’imagine qu’on reconstruirait», analyse M. Verge. 

Où caserait-on tous nos politiciens?

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L'église Saint-Jean Baptiste

› Nos églises

En 2017, les gouvernements municipal et provincial promettaient 30 millions $ sur 10 ans pour la restauration du patrimoine religieux. Dans leur mire, la basilique-cathédrale de Québec, les églises Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Sainte-Charles-Borromée (Charlesbourg), la Nativité (Beauport) et Saint-Charles-de-Limoilou ainsi que la cathédrale anglicane Holy Trinity. 

Évidemment, chacun a sa maison de Dieu favorite. «Notre-Dame de Québec a été incendiée en 1921. Il ne faudrait pas que ça arrive de nouveau», d’après Marc Grignon, professeur spécialisé en histoire de l’architecture à l’Université Laval. 

Pour M. Verge, «Saint-Jean-Baptiste fait partie du paysage, alors ça laisserait un gros trou.»

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La «montée de lait» de Réjean Lemoine

Comment choisir un seul bâtiment qu’on craint de perdre quand on déplore la négligence de tout le patrimoine? C’est le dilemme de l’historien Réjean Lemoine, qui a répondu au Soleil par une sympathique montée de lait! 

«Les autorités s’en foutent, sauf exception. Quand on est capable de démolir un édifice [l’église Saint-Vincent de Paul] dans le patrimoine de l’UNESCO sans permis et sans que le municipal et le provincial interviennent, ça donne une idée de notre niveau de préoccupation. Si ça s’était passé en Europe, quelqu’un aurait fait 15 ans de prison! Le problème, c’est que ça ne vient pas d’en haut. C’est pourquoi il y a des groupes de citoyens qui s’occupent de la défense des églises.»

Que faire alors? «Quand la fabrique se départit d’une église, on devrait se donner une transition de trois ou quatre ans où l’État devient propriétaire et entretient l’édifice, pour donner aux architectes et aux citoyens le temps de penser à une solution. Ce n’est pas un problème d’argent. On a de l’argent pour un troisième lien à 4 milliards $. C’est un problème de volonté politique», plaide-t-il.  Francis Higgins

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