Visite de nouveaux quartiers de Copenhague en bateau pour Mathieu Morel, Yan Laplante et le reste de la bande.

CCM2 Architectes: tout le monde à Copenhague! [PHOTOS + VIDÉO]

Parfois, les astres s’alignent pour créer des moments de magie. C’est ce qu’ont vécu les 27 membres de CCM2 architectes, partis en voyage «de ressourcement et de formation» à Copenhague, du 29 août au 2 septembre. À la fin de l’entrevue pour raconter leur aventure... plusieurs ont fondu en larmes!

«Merci», a lancé Lydia Perron, la voix cassée par l’émotion. Mathieu Morel, l’un des associés et instigateur du périple danois, avait aussi l’œil humide.

En juin, lui-même a visité Copenhague pour la première fois. La ville lui est rentrée dans le cœur comme une tonne de briques. Dans l’avion au retour, il s’est dit qu’il devait amener son collègue chargé du design voir ça. Puis à la fin du vol, c’est toute l’équipe, tous postes confondus, qu’il a voulu imprégner de la capitale du bonheur.

La direction a payé la majorité des frais. La contribution des employés s’élevait à quelque 350 $ par personne. Tout le monde a embarqué. 

Sur place, la trentaine de Québécois s’est déplacée en troupeau. Sur deux roues, bien entendu au paradis du vélo, et aussi en bateau pour explorer de nouveaux quartiers inaccessibles autrement.

Un séjour à Copenhague se vit à vélo. On imagine les déplacements cocasses des 30 Québécois avides d’architecture!

Ils ont croisé des maisons de 12 pieds de largeur sur 3 ou 4 niveaux, érigées directement sur l’eau. De chez eux, les gens enfilent leur masque de plongée ou montent sur leur planche à pagaie et plouf! Même une école a sa plateforme à même le canal, sans clôture, avec bassin baignable intégré. Dans la ville, partout où il y a une échelle orange, c’est signe que la baignade est sans danger.

Les déplacements à vélo et cette proximité avec l’eau en font un endroit où il fait bon vivre, commente Audrey Côté Trépanier. Elle a senti le fameux hygge (prononcez hu-gueu), ce confort, cet art de vivre danois qui permet d’apprécier les petits moments du quotidien.

Les canaux et la baignade pour tous!

Les voitures sont interdites dans certains quartiers, les stationnements sont en retrait, «un facteur qui fait que la ville est paisible». 

Ils ont remarqué que les gens prennent d’assaut les parcs quand il fait beau, qu’ils habitent la ville, eux qui subissent de longs hivers sombres.

Ils ont vu des logements traversants, c’est-à-dire qu’ils occupent toute la profondeur du bâtiment. La fenestration est abondante et les rideaux, absents, ce qui permet de zieuter, ont apprécié plusieurs en riant.

Une particularité architecturale à Copenhague, les balcons! Plusieurs sont accrochés aux enveloppes des bâtiments après la construction.

Yan Laplante a été soufflé par le souci du détail, omniprésent. La finition, l’esthétisme et la qualité de vie semblent primer sur la rentabilité au pied carré. Le commentaire revient souvent dans la conversation, alors qu’au Québec,«on va au plus bas soumissionnaire». 

Sa collègue Amélie Lapointe avait l’impression de se promener dans des tableaux Pinterest. La culture architecturale est bien ancrée. Et il se dépenserait par personne plus d’argent pour le design qu’ailleurs. 

Si les Québécois ont vu beaucoup de revêtements en maçonnerie, ils ont aussi croisé des projets ludiques et colorés.
Pour l’équipe de CCM2, se promener dans Copenhague équivalait à parcourir une «encyclopédie» de l’architecture.

Une surprise, ils ont rencontré très peu de personnes âgées. On leur a expliqué que les aînés habitaient davantage en banlieue, alors que les jeunes étaient prêts à payer plus cher pour avoir une vie urbaine.

Expo à voir

Avec l’aide de son équipe, Mathieu Morel a tout organisé très vite, non seulement pour profiter de la luminosité, car l’ensoleillement et la température chutent drastiquement à l’automne à Copenhague. Mais surtout pour que ses collègues puissent visiter l’exposition Formgiving de la célèbre firme d’architecture BIG (voir plus bas), présentée jusqu’en janvier.

CCM2 avait un contact au sein même de BIG et a eu droit à une visite guidée par la directrice de l’expo, la Québécoise Gabrielle Nadeau.

Ils se sont aussi empli les yeux des projets signés BIG. Comme le 8 House, ou 8 Tallet, un complexe en forme de 8 construit à l’origine au milieu de nulle part et qui a servi de moteur au développement économique de cette partie de la ville, le quartier Ørestad.

En arrière-plan, le projet 8 Tallet de BIG
Dans ce projet en forme de 8, cette pointe écrasée n’était pas perçue comme une perte d’unités et de revenus, mais comme un moyen de faire entrer la lumière pour tous. Une autre philosophie.

«On fait plein de condos, de condos locatifs, du logement social», énumère Mathieu Morel. L’objectif était de s’inspirer de la ville, jusque dans les restaurants, avec leurs graffiti d’artistes locaux dans les toilettes. «Je voulais que les jeunes reviennent avec ce bouillonnement d’idées, voient comment ça se construit différemment.»

Ce trip d’équipe, qui a resserré les liens, a été suivi d’un dur retour à la réalité. Québec n’est pas Copenhague. Notre ville est constituée de côtes moins «pédalables», la neige s’accumule en hiver, compliquant la construction. 

Un client, le promoteur québécois François Audet, du Groupe Patrimoine, a accompagné la firme d’architectes en voyage. Là-bas, il a été saisi par l’investissement pour la qualité des espaces, la qualité de vie, l'ensoleillement. 

«On a l’impression qu’il n’y a pas de limite. Mais il y en a une», dit-il en énumérant l’argent, la neige, des défis bien de chez nous. 

Ce bain dans l’architecture danoise l’incite tout de même à voir à plus long terme l’impact positif de projets audacieux et à repenser l’aménagement des terrains, pour que ce soit agréable d’y vivre.

D’une façon ou d’une autre, cette vague d’inspiration va teinter les projets de CCM2, croit pour sa part Mathieu Morel.

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BIG COMME BJARKE INGELS GROUP

Ce cabinet d’architecture basé à Copenhague a été fondé par Bjarke Ingels. Il compte aujourd’hui un second bureau à New York et des antennes à Londres et à Barcelone. Son créneau : penser en dehors de la boîte, pour s’adapter à l’évolution constante de la vie contemporaine.

L’architecte Bjarke Ingels, fondateur de BIG

Mi-quarantaine, Bjarke Ingels a de grands projets à son actif, des tours de Manhattan à la Lego House, à Billund, au Danemark, où il s’est amusé à empiler 21 immenses briques blanches. L’idée était de «rendre le bâtiment complètement identifiable depuis Google Earth». 

BIG a imaginé un incinérateur coiffé d’une piste de ski. Puis il y a ce projet de villes flottantes, pour pallier le problème de la hausse du niveau des océans... 

En 2016, Time Magazine a nommé Bjarke Ingels l’une des 100 personnalités les plus influentes. 

Pour l’anecdote, Mathieu Morel a croisé cet architecte «complètement flyé» alors qu’il se promenait à vélo, lors de son premier voyage à Copenhague, en juin. Magie!

Amager Bakke, aussi appelé CopenHill, est un incinérateur de Copenhague. Au sommet de ce projet de BIG, un toit en pente sert de piste de ski artificielle, de piste de randonnée et de mur d'escalade. Ouverture officielle des activités, début octobre.