La salle à manger, aujourd’hui plus ouverte, a gardé son cachet d’époque tout en étant meublée de façon très moderne. Les calorifères ont été démontés, décapés et refaits.

Cachet d’hier, confort d’aujourd’hui

L’avenue Lemesurier est une petite rue cul-de-sac tranquille et charmante dans le quartier Montcalm, à Québec. Une famille y a élu domicile dans un jumelé construit dans l’entre-deux-guerres. Dès son arrivée en 2013, elle a voulu rénover l’espace cloisonné, le rendre plus lumineux et fonctionnel, tout en conservant un cachet d’époque.

«Ces maisons-là sont drôlement faites. Elles tournent un peu le dos au soleil», explique Louis, propriétaire avec sa conjointe Maude. La cuisine est au sud, le salon, au nord. Et la proximité du bâtiment voisin restreint l’apport de lumière par le côté. 

Le rez-de-chaussée était très fermé et comptait une quinzaine de portes, se rappelle Louis. «On voulait un concept plus à aire ouverte.» 

Autre besoin : un garde-robe d’entrée pratique pour bonifier le minuscule vestibule. «La difficulté était d’empiéter sur le salon, en préservant les moulures.»

Maude et Louis n’ont pas touché à l’enveloppe extérieure de leur maison, construite au début des années 1930. Derrière la façade de brique, cachet et modernité se côtoient.

Lignes fortes et harmonie

Voilà la commande formulée au concepteur Kévin Sylvain, stagiaire en architecture et designer urbain chez Amiot Bergeron. Les besoins étaient clairs et le potentiel était là, dit-il. Naturellement, ouvrir l’espace changerait les choses. «Notre apport a été de trouver une harmonie et des lignes directrices fortes et simples.»

D’emblée, une ligne droite était clairement tracée pour la circulation et les zones de services, le long du mur mitoyen avec les voisins. «Ç’a été le premier geste sur les deux étages. Ce bloc-là allait encadrer les éléments fonctionnels : laveuse-sécheuse, salle d’eau, bibliothèque, escalier, douche.» 

Pour contraster avec l’ensemble de la maison, très claire avec ses murs blancs, ce bloc a été volontairement peint en gris. 

Puis un deuxième axe «zones de vie» s’est dessiné. L’astuce du concepteur a été de faire oublier le corridor en créant des ouvertures partout. Si bien que la bibliothèque qui sert de garde-corps à l’escalier semble intégrée à la salle à manger, malgré le couloir.

À gauche, l'ancien salon. À droite, le rez-de-chaussée éclaté, avec son bloc gris et ses zones de services du côté de l'escalier. L’axe consacré aux zones de vie comprend le salon et la salle à manger. Entre les deux, un corridor très fluide tend à disparaître.

Kévin Sylvain souhaitait aussi une certaine «perméabilité» entre l’entrée et le salon, tout en ajoutant du rangement. Il a proposé un grand mobilier intégré qui ne touche pas au plafond, pour préserver les moulures de plâtre du séjour. «On sent bien le silence au-dessus du garde-robe. C’est comme s’il devenait un meuble dans le salon.» Le bois blond se marie avec douceur au décor. 

Le vestibule exigu avant les travaux a fait place à une entrée plus pratique avec son rangement. Le garde-robe empiète sur le salon,  sans toucher au plafond.

Certaines moulures abîmées ont été reconstituées par moulage. Un artiste-plâtrier a aussi refait un mur et une poutre à l’ancienne.

«On a tout fait décaper», ajoute Maude. Les calorifères ont été démontés, déshabillés d’innombrables couches de peinture et refaits.

Dans le futur, le couple prévoit transformer la cuisine. «Elle a été rénovée il y a quelques années, on n’y a pas touché. On repousse ça à plus tard», indique Louis. Déjà, il aimerait ouvrir davantage au sud pour faire entrer la lumière.

Design et cohérence

Cinq ans après les travaux, la maison de cette famille de quatre respire. Maude et Louis ont peaufiné leur décoration, dispersant des œuvres de Jimmy Perron et de Marie-Josée Latouche. Des photos de Marion, six ans, et d’Édouard, trois ans, se sont ajoutées. La base de la bibliothèque est aujourd’hui pleine de livres d’enfants.  

Voilà le tableau qui s’offre depuis la salle à manger. Marion, assise dans l’escalier, profite pleinement de sa maison. Derrière elle, le mur mitoyen avec les voisins a été insonorisé.

Le mobilier, sobre et confortable, a été minutieusement choisi à la Galerie du meuble, chez Mà Mobilier actuel et les luminaires viennent de chez Transit. 

«C’est notre première maison. On aime les belles choses et l’architecture. On a investi», glisse Maude. Elle a été sensibilisée toute jeune au design, grâce à sa tante Suzanne Bergeron, architecte senior et associée de la firme Amiot Bergeron. Pour ce projet, toutes deux ont mis leur confiance en Kévin Sylvain.

Invité sur les lieux en même temps que Le Soleil, le concepteur était bien content de revoir l’espace quelques années plus tard. «Parfois, on fait un design et l’aménagement qui suit n’est pas toujours cohérent. Ici, tout ce qui a été choisi renforce l’esprit d’origine.»

Le concepteur du projet, Kévin Sylvain, stagiaire en architecture et designer urbain chez Amiot Bergeron

« Parfois, on fait un design et l’aménagement qui suit n’est pas toujours cohérent. Ici, tout ce qui a été choisi renforce l’esprit d’origine »
Kévin Sylvain

Quartiers bien pensés

La visite se poursuit à l'étage. Maude et Louis avaient le «fantasme d’une bibliothèque monumentale». Le meuble intégré qui sert de garde-corps à l’escalier prend donc naissance au rez-de-chaussée et nous suit jusqu'au second niveau.

«L’idée d’un escalier-bibliothèque a été particulièrement inspirante, un symbole de l’importance que nous accordons à l’éducation qui élève», indique la propriétaire, Maude.

Voilà l’essence de cette maison, revisitée par la firme Amiot Bergeron architectes : un fil conducteur. Tout se répond d’une pièce à l’autre, et même d’un niveau à l’autre. Dans un grand souci d’harmonie.

Entre les rayons de livres, ce qui séduit en arrivant à l’étage, c’est une salle de jeux. Elle sert de trait d’union entre les deux chambres d’enfants, Édouard à gauche, Marion à droite. Louis a mis la main à la pâte «pour des petites affaires», notamment peindre un profil de maison orangé. Il a aussi assemblé deux étagères IKEA pour faire du rangement et une base surmontée de coussins, confectionnés sur mesure par Rembourrage Plamondon. Le concepteur des rénovations, Kévin Sylvain, a eu l’idée de la peinture à la craie aimantée de chaque côté. 

«Ça marche! Le samedi matin, ils sortent de leur chambre et ils jouent ensemble», applaudit le papa. Même si la grande sœur s’est façonné un signet «Pas de garçon» et «Pas de parents».

Plutôt que de créer deux immenses chambres pour enfants, le concepteur Kévin Sylvain a réfléchi autrement. «Le vide qui ne donnait pas sur une fenêtre est devenu le prétexte d’un espace mitoyen.»
La jolie chambre de Marion, séparée de celle de son frère par la salle de jeux.

Milieu de vie personnalisé

Kévin Sylvain a sacrifié une des quatre chambres d’origine pour redéfinir l’espace et en faire un milieu de vie plus personnalisé, mieux adapté. Il a agrandi la salle de bain, un besoin «essentiel» pour les propriétaires. En jouant avec les anciens placards, il a créé une alcôve, un cocon pour le bain. La douche et sa céramique foncée ponctuent le bloc gris de services qui se répète à l’étage. 

La salle de bain reprend toutes 
les couleurs de base de la maison : blanc, gris, bois blond. Surtout, elle a été agrandie, une demande des propriétaires.

De la salle de bain, on oublie une enfilade de portes surmontées d’impostes. «On voulait maximiser l’ouverture», signale Kévin Sylvain. Mission accomplie, la lumière traverse toute la maison. Chez Maude et Louis, tout est parfaitement aligné, portant l’œil au loin. 

Des portes surmontées 
d’impostes laissent traverser 
la lumière.

À l’autre extrémité se trouve la suite des parents. On y entre par un coin bureau intégré, délimité par une autre bibliothèque ajourée. Maude s’est offert en cadeau de fin d’études une chaise longue LC4 de Le Corbusier, Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret. Témoignage supplémentaire de son goût pour le design.

La chambre des parents. On aperçoit une chaise longue LC4 de Le Corbusier, Charlotte Perriand 
et Pierre Jeanneret, cadeau de fin d'études que s'est offert Maude.

Derrière le lit, Kévin Sylvain a conçu un rangement walk-in ouvert ultra pratique qui ne diminue en rien l’impression d’espace dans la chambre. Dans un coin où le garde-robe d’Édouard emboîte celui de ses parents, le concepteur a dégagé juste ce qu’il fallait pour insérer un miroir et du rangement. «J’avais un prof qui disait toujours qu’il fallait remercier les clients pour leur courage», explique Kévin Sylvain, conscient qu’un projet architectural implique du temps, de l’énergie, des frais, de la volonté. «Mais en bout de ligne, ça se sent.»

Le rangement walk-in aménagé derrière le lit ne diminue pas l'impression d'espace.

EN RAFALE

Le défi : Ouvrir, éclaircir, agrandir la salle de bain, rendre certaines pièces plus pratiques, tout en gardant le cachet de la maison.

L’inspiration : «L’idée d’un escalier-bibliothèque a été particulièrement inspirante, un symbole de l’importance que nous accordons à l’éducation qui élève», indique Maude.

L’anecdote : Pour arrêter les plans, «il a fallu dire combien d’enfants on voulait», raconte Maude en riant. Depuis les travaux, Édouard s’est ajouté et la famille de quatre est maintenant complète.

Le conseil : «Osez!», lance Louis. Il est conscient que certains leur reprocheront d’avoir «mis de côté le patrimoine» en changeant l’escalier. «La décision a été difficile, mais on ne regrette rien.» En contrepartie, Maude se réjouit d’avoir conservé certains détails architecturaux.

Le budget : Les rénovations ont coûté 120000$.

Changer l’escalier a été une «décision difficile», mais le couple ne regrette rien.