Bricoleurs du dimanche, attention aux accidents

Coupures, chutes, corps étrangers dans les yeux... Les risques liés aux travaux de rénovation sont réels et les conséquences, parfois dramatiques. Vous projetez refaire la salle de bain, la toiture ou le sous-sol en 2017? Deux experts de la santé sensibilisent les bricoleurs du dimanche aux dangers potentiels et invitent à la prudence.
En 25 ans de carrière comme médecin d'urgence, le Dr Marc-André Amyot a vu plusieurs cas de rénovation qui ont mal tourné. Les accidents les plus fréquents? Les blessures par scie à onglets. «C'est catastrophique! Ça laisse des séquelles, il peut y avoir des lacérations importantes, des bouts de doigts qui tombent...»
Des gens qui débarquent à l'hôpital avec leur index dans la glace, ça n'arrive pas que dans les séries télévisées. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, la scie à onglets ne fait pas une belle coupure franche. «Excusez-moi l'expression, mais ça écharogne, ça fait beaucoup de dommages aux tissus et c'est difficile à réimplanter», indique le Dr Amyot.
Il précise que les équipes de plasticiens qui font la réimplantation ont des critères. «Le pouce, ils vont toujours essayer de le réimplanter parce que c'est la fonction de la main, c'est la pince.» Un index ou un majeur perdu n'aura pas cette chance.
Un doigt réimplanté ne récupère jamais comme le doigt avant; il bouge moins, indique le Dr Amyot. «Avec toutes les complications que ça implique, c'est mieux pour le patient, c'est plus simple d'utiliser les autres doigts que d'essayer de réimplanter l'index, alors que la fonction de la main est préservée.»
Manque de prudence
Parmi ses patients blessés en pleine rénovation, le médecin d'urgence dénombre une plus grande proportion de gens qui n'ont pas d'expérience, qui font leurs travaux le dimanche à temps perdu.
Il constate souvent un manque de prudence «épouvantable» sur les chantiers à domicile. Il raconte un cas où le patient avait mis sa scie à onglets portative à l'envers pour simuler un banc de scie. «Zzzzip, le doigt a glissé!»
Le Dr Amyot évoque aussi des blessures plus mineures et fréquentes, comme des petites lacérations causées par un coup de marteau.
Il parle de corps étrangers dans les yeux, que ce soit du métal, de la poussière, du gypse, de la fibre de verre dans les isolants. «Il y a parfois des petites pointes de fibre de verre qui se ramassent piquées sous la paupière. En clignant des yeux, ça égratigne, ça fait une érosion cornéenne, ce qui est très inconfortable.»
Le Dr Amyot a vu plusieurs cas de chute. Des gens qui montent dans un escabeau ou sur le toit sans s'attacher. «Les chutes du toit, toutes les fractures peuvent y passer, du talon à la colonne, au traumatisme crânien.» Il se rappelle un monsieur de 70 ans tombé de sa toiture et qui est mort d'une hémorragie cérébrale.
Le médecin déplore que certains accidents impliquent des enfants, qui aident parfois leurs parents durant les rénovations.
Il décrit aussi les risques des rénovations de fin de semaine. «On commande de la pizza pour le dîner, on prend une bière, puis une deuxième et une troisième, surtout l'été quand on refait le patio et qu'il fait chaud. C'est normal, on a du plaisir. Puis on se remet au travail, on est moins concentré, on scie un deux par quatre et...» Un scénario fréquent.
Le Dr Amyot ajoute que la fatigue a un effet, qu'elle diminue l'attention et la concentration.
Pour prévenir les drames, il exhorte à la prudence et invite à toujours travailler dans des conditions sécuritaires, à porter des lunettes de sécurité.
«Et quand vous manquez de confiance ou de dextérité, ne vous improvisez pas contracteur du dimanche», implore-t-il.
Gare aux intoxications
N'importe quel appareil à combustion utilisé dans un endroit fermé, que ce soit pour poncer, pour couper, est à risque de provoquer une accumulation de monoxyde de carbone. Et une exposition à ce gaz incolore fait toujours peur, indique la Dre Maude St-Onge.
«Une intoxication au monoxyde de carbone peut être assez sévère», rappelle la directrice médicale du Centre antipoison du Québec, qui est aussi urgentologue et professeure. «Ça peut commencer avec des maux de tête, des étourdissements et des nausées. Puis évoluer, même jusqu'à la mort. Il y a des gens qui en survivent, mais qui restent avec des troubles cognitifs, des symptômes dépressifs. Ça peut être très invalidant.»
Elle recommande donc de ne pas utiliser ce genre d'appareils à l'intérieur.
Le dynamitage autour des maisons peut aussi être une source d'exposition au monoxyde de carbone, parce que le gaz peut passer dans les conduits de la ville, mentionne la Dre St-Onge. «Mais les compagnies sont normalement bien au fait des risques et, par mesure de sécurité, distribuent des détecteurs de monoxyde de carbone.»
D'ailleurs, tout le monde devrait en avoir un fonctionnel à la maison. «Le premier réflexe que les gens ont quand le détecteur sonne est de penser qu'il est défectueux, qu'il faut changer la pile. Mais il faut d'abord présumer que le détecteur a raison, quitter la maison et demander aux pompiers de prendre des mesures», insiste la directrice du Centre antipoison.
Elle met aussi en garde contre certains décapants chimiques à meuble (chlorure de méthylène) qui, une fois inhalés de façon chronique dans un endroit peu aéré, se transforment en monoxyde de carbone dans le corps humain. Mieux vaut donc choisir une pièce très bien ventilée pour les appliquer.
Dangereux mélanges
À la maison, on utilise une panoplie de produits qui ne font pas toujours bon ménage. La Dre St-Onge donne comme exemple l'eau de Javel ou le chlore de piscine. Il s'agit d'hypochlorite de sodium à différentes concentrations, qui peut devenir nocif s'il est mélangé à d'autres produits acides ou contenant de l'ammoniac. L'inhalation de ce qui s'en dégage peut mener tout droit aux soins intensifs.
«Il faut toujours suivre les instructions sur les bouteilles des produits et les garder hors de la portée des enfants, poursuit-elle. Oui, on fait des rénovations. Mais pour les familles avec des petits enfants, ça devient plus difficile de surveiller. Un incident est si vite arrivé.»
Une erreur fréquente est de transvider un produit dans une bouteille d'eau, quand on a seulement besoin d'une petite quantité. «On n'utilise pas tout, on oublie de vider et un mois plus tard, on a soif et on boit ça.» Pour éviter ce type d'accident, elle recommande de toujours garder le produit dans son contenant original.
La Dre St-Onge prévient que les vieilles maisons sont potentiellement plus à risque. Présence de plomb dans les tuyaux, dans la peinture, métaux lourds, amiante. Les gens sont alors exposés sur une longue durée, ce qui peut demander des traitements en toxicité chronique. Elle réfère à la Santé publique pour ce type de suivi, précisant que le Centre antipoison est plutôt spécialisé en intoxication aiguë.
Il est toutefois important d'être conscient des risques d'habiter une vieille propriété. Selon elle, il vaut la peine de faire inspecter la maison avant d'entreprendre des travaux de rénovation pour s'assurer qu'il n'y a pas de produits dangereux pour la santé.
Huit conseils du Centre antipoison
1. Pendant les rénovations, éviter d'utiliser des appareils à combustion à l'intérieur de la maison.
2. Avoir des détecteurs de monoxyde de carbone fonctionnels.
3. Garder l'endroit où l'on rénove toujours bien aéré.
4. Éviter  d'utiliser du chlorure de méthylène, soit des décapants chimiques, dans des petits endroits fermés.
5. Ne jamais mélanger les produits nettoyants, toujours suivre les instructions qui les accompagnent, ne jamais transvider ces produits dans un autre contenant.
6. Bien surveiller les enfants.
7. Impliquer des professionnels si on rénove une vieille maison pour s'assurer qu'il n'y a pas de produits dangereux pour la santé pendant les travaux.
8. Appeler au Centre antipoison du Québec si on soupçonne une exposition toxique, même sans symptômes, pour parler à une infirmière spécialisée. On peut conserver ce numéro bien en vue sur le réfrigérateur : 1 800 463-5060.