Quiconque se lance dans la finition de son sous-sol ou dans la rénovation de sa cuisine a intérêt à se vêtir correctement.

Beaux pour la ville, conçus pour le chantier

Les habits de travail ne sont pas réservés aux ouvriers professionnels. Quiconque se lance dans la finition de son sous-sol ou dans la rénovation de sa cuisine a intérêt à se vêtir correctement. Pour sa sécurité d'abord. Puis pour son confort. Rien n'est plus déconcentrant qu'une fourche serrée. Des pros de la construction livrent aux amateurs leurs conseils et leurs coups de coeur.
Photo_Jean_Marie_Villeneuve_Le Soleil_Vetements de travail_L'équipeur_#836625_23 aout 2016_mai - 30 -
1- Les chaussures
Pour la majorité des experts, la paire de chaussures à embout d'acier (les «bottes à cap») est le premier item à cocher sur la liste de l'ouvrier amateur. «Il y a toujours un clou qui traîne, on finit par appuyer un panneau de gypse sur ses orteils», observe Stéphanie Lévesque. «La gougoune à cap d'acier n'a pas encore été inventée», ironise Bertrand Dorval. «Si tu as des ampoules, si tu sues, c'est là que tu perds ta concentration et qu'un accident arrive», fait valoir Patrick Hénuset. Une bonne chaussure tient bien la cheville et permet de marcher sur des débris sans se blesser. Alexandre Arcand a enfilé des Quad Lite à embout d'acier qui ressemblent à des espadrilles.
2- Les lunettes
«On a juste deux yeux, on ne niaise pas avec la sécurité...»  philosophe Stéphanie Lévesque. «Pour 3 $ tu as quelque chose de bien, selon Patrick Hénuset. Et tant qu'à y être, achète une deuxième paire. Tu t'en serviras si la première est égratignée, un détail qui peut affecter la concentration.» Les lunettes idéales couvrent aussi l'arcade sourcilière.
3- Les gants
Après les bottes et les lunettes, les gants ne sont pas négiciables. Ils doivent avoir une paume renforcée et une «bonne prise», être adaptés pour un travail minutieux, protéger contre les éclats de pierre. Il en existe pour le bois, le métal, le gypse, etc. Alexandre porte les gants Dakota, la marque maison de L'Équipeur.
4- Le pantalon
Stéphanie Lévesque «ne jure que par le Big Bill», une entreprise de Coaticook. Avec sa fibre tissée serrée, ce pantalon respire bien. Il ne déchire pas, ne tache pas. «C'est le grand classique de l'ouvrier», résume-t-elle. Elle en porte, même si Big Bill n'en fabrique pas spécifiquement pour les femmes.
Alexandre a revêtu un pantalon signé Helly Hansen. De style cargo, il est doté de plusieurs poches, dont deux pour les clous qui peuvent être dissimulées. Son tissu contient du kevlar, une fibre synthétique qui prévient les déchirures. Il a des panneaux au niveau des genoux conçus pour les genouillères.
Patrick Hénuset recommande les pantalons à taille basse pour les hommes. «Ça tire moins dans le califourchon», illustre-t-il.
Pour Marie-Lise Pilote, «le pantalon ne doit pas te couper en deux ou te faire une craque de plombière. On a nos règles, on change de taille, le confort est primordial, le tissu doit être extensible». Sur certains de ses modèles, les poches à clous s'enlèvent, ce qui est pratique quand «tu sors dîner».
Bertrand Dorval vante les vêtements de la compagnie suédoise ProJob. «Ils sont confortables, malléables et beaux. Pour M. et Mme Tout-le-Monde, je suggérerais ça.» Ils ont des «renforts intelligents» sur les revers, les genoux et les poches. Il rappelle que les vêtements ignifuges sont obligatoires pour les gens qui travaillent sur «du courant vivant».
Les vêtements de travail sont généralement moins chers que les vêtements de ville, note Patrick Hénuset. «Quand l'économie va moins bien, les gens en achètent donc comme vêtements de tous les jours.»
5- Le masque à poussière
Voilà un article à ne pas négliger. Il est essentiel dans les maisons bâties avant 1970, selon Patrick Hénuset, car elles peuvent avoir été isolées avec de l'amiante.
6- Les chaussettes
Certaines «bottes à cap» ne respirent pas bien, a constaté Jennifer Hayes. Des chaussettes de fibre de cuivre sont donc recommandées afin d'absorber l'humidité et de prévenir les mauvaises odeurs et la formation de champignons.
7- La pochette
Aucun expert ne l'a recommandée. «Mets 50 $ de plus pour tes bottes, propose Patrick Hénuset. Et achète-toi un pantalon cargo pour tes vis et tes clous.»
8- La propreté
Pour prévenir les blessures et pour garder sa concentration, il y a un truc : se ramasser. Un accident est toujours dû à une accumulation de facteurs, a observé Bertrand Dorval. Des clous qui traînent et des planches pêle-mêle en font partie. À la maison, en outre, on ne peut pas toujours délimiter un «périmètre de sécurité», d'où l'importance de se ramasser, car on y vit aussi.
9- Le haut
«Le gilet à capuchon est très populaire sur les chantiers car il protège le cou, note Stéphanie Lévesque. On veut des chemises chaudes, assez longues pour cacher les fesses et la bedaine, avec beaucoup de poches et des boutons-pression», statue Marie-Lise Pilote.
Le rose
«Les jeunes femmes veulent montrer leur fierté de faire un métier non traditionnel, fait valoir Marie-Lise Pilote. Elles s'affichent. Plus il va y avoir de couleurs flash sur les chantiers, plus on va voir qu'il y a des femmes.» Pour Stéphanie Lévesque, qui est «gérante de chantier» et entrepreneure générale, «le casque rose avec le Cutex, je ne peux pas, ça m'enlèverait de la crédibilité». Elle avoue cependant avoir craqué pour les bottes bleues de Pilote et Filles.
Troisième génération
La botte de la troisième génération de Pilote et Filles répond aux normes d'Hydro--Québec, se réjouit Marie-Lise Pilote. «Beaucoup de recherches ont été faites sur l'adhérence, l'imperméabilité, la résistance aux chocs électriques, explique-t-elle. Elles ont des fermoirs, elles s'enlèvent facilement quand tu dois entrer dans une maison.»
Nos sources :
Bertrand Dorval, conseiller aux ventes et à la sécurité à l'Association des professionnels de l'habitation et de la construction du Québec (APCHQ)
Jennifer Hayes, conseillère à la boutique L'Équipeur de Fleur de Lys, à Québec
Patrick Hénuset, propriétaire de la boutique Patrick, à Montréal
Stéphanie Lévesque, ébéniste, entrepreneure générale, chroniqueuse et auteure
Marie-Lise Pilote, humoriste et fondatrice de l'entreprise Pilote & Filles
Alexandre Arcand, spécialiste de la chaussure chez L'Équipeur, a joué au mannequin pendant une heure.