Antoine Guy et Vincent Beaudoin, architectes associés

Atelier Guy Architectes : l’amour du patrimoine bâti

Antoine et Vincent aiment donner une seconde vie aux immeubles. Ce n’est pas un hasard si leur petite boîte est située en plein cœur du quartier Saint-Sauveur, dans un bâtiment qu’ils ont complètement revampé.

Depuis février 2017, Atelier Guy Architectes a installé son camp de base dans Saint-Sauveur. Après avoir acheté l’édifice qui abritait jadis le restaurant asiatique Sadec sur Saint-Vallier Ouest, Vincent et Antoine ont vidé l’endroit pour n’en conserver que le meilleur. 

«On a gardé les éléments intéressants du bâtiment. On a révélé les colonnes, les arches, la brique. On a enlevé beaucoup de couches et on a allégé l’espace pour que ce soit plus lumineux, fluide et transparent», explique Antoine.

Difficile de croire que les bureaux d’Atelier Guy Architectes, sur la rue Saint-Vallier Ouest, abritaient autrefois un restaurant asiatique.

Quand le père d’Antoine, l’architecte bien connu de Québec, Claude Guy, a pris sa retraite il y a quelques années, fiston a saisi les rênes de l’entreprise familiale. «Je ne savais pas trop dans quoi je me lançais, mais en même temps, c’était super exaltant», se remémore-t-il. Il n’a pas tardé à en rajeunir l’image et a convaincu Vincent, qu’il avait connu lors de ses études à l’université, de se joindre à l’aventure. 

Atelier Guy Architectes compte désormais 10 employés. Leur bureau reflète ce qu’ils insufflent à leur projet : un heureux mélange entre la pureté de la modernité et l’authenticité du passé.

Revalorisation

Leur vision de l’architecture se fait sentir un peu partout dans la ville et en périphérie, notamment dans le secteur de L’Islet, où ils ont un bureau satellite.

Travaillant sur deux registres à la fois, ils ont du plaisir à construire un édifice de toutes pièces, que ce soit une usine de fabrication de métal ou un centre sportif. Mais les associés affectionnent particulièrement la revalorisation d’un bâtiment existant, appelé recyclage en jargon d’architecte.

«Quand tu travailles avec un objet existant, c’est l’fun de le dégarnir et de rechercher toutes les étapes d’intervention sur le bâtiment», illustre Vincent.

Ils se sentent également investis d’une mission : celle de protéger le patrimoine bâti. «Si on ne trouve pas de nouvelle vocation à ces bâtiments, ils vont tomber en ruine, fait remarquer Antoine. On ne fait pas du recyclage pour faire du recyclage. On le fait pour assurer la pérennité du patrimoine bâti.

«S’il y a trop d’étalement urbain, il y a un vieillissement des corps centraux, poursuit-il. Si on construit toujours du neuf, les bâtiments qui ne sont pas convertis vont tomber en ruine et on va perdre de l’héritage bâti.»


L'édifice du 82 Saint-Paul dans le Vieux-Port est en cours de réalisation.

Parmi leurs mentors, les jeunes architectes mentionnent le Québécois Pierre Thibault et le Suisse Peter Zumthor, dont Antoine admire la capacité à intégrer une certaine poésie dans ses œuvres architecturales, parmi lesquelles on compte le Musée d’art de Bregenz, le Musée Kolumba à Cologne et le pavillon d’été de la Serpentine Gallery à Londres. «L’architecture n’est pas aussi stimulante que la musique ou la littérature, mais elle peut évoquer certains sens, croit-il. Aujourd’hui, la tendance, c’est l’architecture transparente qui vient beaucoup de l’architecture nippone, qui est très dématérialisée. Zumthor a une approche beaucoup plus sensuelle de l’architecture. Au Québec, on se rapproche plus de ça que d’une architecture éthérée.»

Donner une âme à un immeuble, qu’il soit neuf ou vieux, demeure donc la priorité pour le duo.

Info : atelierguyarchitectes.com

*

Étapes de création d’Atelier Guy Architectes

1) Étudier la synergie avec l’environnement. «Il faut que le bâtiment dialogue avec le site, qu’il ne soit pas fermé sur lui-même», dit Antoine. 

2) Rendre le bâtiment intéressant pour l’occupant, qu’il évoque quelque chose, qu’il ait du caractère.

3) Fignoler les détails : «Qu’ils soient élégants, justes et durables dans le temps pour s’assurer de l’intégrité de l’immeuble», précise l’architecte.

*

TROIS PROJETS

1) L’Avenue à Limoilou (projet en cours)

L’édifice érigé au coin de la 7e Rue et de la 3e Avenue et qui sera terminé cet été,  dispose d’un rez-de-chaussée commercial et de trois autres étages accueillant 13 condominiums. Les architectes ont réussi, grâce à une construction en béton mince, à ce que l’édifice respecte la hauteur réglementaire des autres immeubles du quartier malgré un étage de plus. L’architecture a été pensée pour s’intégrer à l’environnement avec ses balcons et sa brique posée de façon à ajouter de la texture en façade.

2) Le voisin

L’immeuble du 299 Saint-Joseph Est abritait un restaurant sur deux étages, mais l’espace dans les combles était désaffecté. Le nouveau restaurant occupe désormais uniquement le rez-de-chaussée et deux logements ont été aménagés aux deux étages du haut. Le plafond bas a été démantelé pour aménager une mezzanine, laissant ainsi davantage d’espace pour les aires communes. Un escalier d’issue a été ajouté à l’arrière et paré d’un écran perforé en acier Corten en prolongement de la façade en briques.

3) M dans Montcalm (projet en cours)

Énorme mandat que celui de la conversion de l’ancien collège Saints-Martyrs-Canadiens de la rue Père-Marquette en condominiums. L’enveloppe de l’édifice a nécessité des travaux de restauration et de consolidation en raison de son état de détérioration. Une garderie a été installée à l’étage du bas à la demande des citoyens. Les balcons de type Juliette et les plafonds de 11 pieds donnent du cachet aux condos. Les architectes ont misé sur les détails ornementaux existants pour marier le passé et le présent.