À ses débuts, l’Atelier Filz a conçu l’environnement du restaurant Le Voisin. Un beau plongeon!

Atelier Filz: la fibre du design

Ils ont créé l’univers du salon de barbier KRWN et du restaurant Le Voisin, dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Ils font durer le suspense derrière les rideaux opaques du bar jjacques, qui doit ouvrir ces jours-ci. Ils ont injecté couleur et fraîcheur au bar gourmand Luzz, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Valérie Ethier et Anthony Laliberté-Vincent, couple de jeunes designers derrière l’Atelier Filz, cumulent les projets de l’heure. Dans l’air du temps, leurs services de conception, de fabrication et de création d’espaces sont réclamés par une clientèle dont la moyenne d’âge est de 31 ans.

Leur plaisir? Mettre en scène leurs clients, qu’ils soient barbiers ou cuisiniers. «Un restaurant, c’est un spectacle!» lance Anthony. Et Valérie d’ajouter : «Par mon côté entrepreneur, j’aime offrir le rêve de ces gens-là. Ils payent pour avoir un designer graphique, pour avoir un site Web, mais le design d’intérieur est aussi un outil pour transmettre ce rêve.»

À Montréal, il y a déjà une culture établie, avec des projets comme ceux de l’Atelier Zébulon Perron. «Les gens se déplacent pour aller voir le restaurant en soi, pour vivre l’expérience globale. Ici, ce n’est pas encore super ancré.»

Ce qui convient à l’Atelier Filz, lancé à Québec il y a trois ans à peine. «On arrive tellement au bon moment!»

L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue. Au contraire. «On n’est pas bon en luxure. On préfère investir dans les artisans pour faire faire une toile, de la céramique pour un luminaire, de l’ébénisterie… On ne met pas l’argent dans le superflu visuel, mais pour créer une histoire», indique Anthony.

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Valérie et Anthony mettent du cœur dans les moindres détails. Pour ces photos du restaurant Le Voisin, ils sont allés cueillir eux-mêmes les petits bouquets de fleurs sauvages.

L’expérience Lambert & fils

Elle a 27 ans, lui 28. Ils se sont rencontrés à Sherbrooke. Elle a fait ses études en design d’intérieur à Montréal, lui en architecture à Québec. 

Ils ont travaillé ensemble chez Lambert & fils, un fabricant de luminaires montréalais qui leur a donné beaucoup de latitude, d’expérience et une certaine impulsion. «On était là quand ça bouillait», lance Anthony en parlant de la firme qui ne cesse de grossir.

«C’était tous des gens avec des backgrounds différents : des artistes, des musiciens, un géologue… De voir ces gens-là rassemblés a créé en nous le désir de reproduire ça intuitivement», poursuit Valérie, en parlant de l’Atelier Filz.

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Petite, Valérie Ethier dessinait des plans de maisons «pour accueillir tant de personnes». La vocation était déjà née.
Elle fait aujourd’hui équipe avec son amoureux tout aussi créateur, le designer Anthony Laliberté-Vincent, formé en architecture.

Le nom (prononcez Fits) n’est pas inclusif. «On ne voulait pas donner nos noms de famille. C’est une histoire d’équipe, tout ça», précise Valérie. Anthony parle de Simon, d’Élisa, d’Émile, des collaborateurs qui sont déjà derrière la marque.

Filz signifie feutre en allemand. «Le feutre, à la base, est de la laine de mouton, une fibre sans particularité. Mais le processus de fabrication fait en sorte que le feutre est hydrofuge, résistant à la chaleur, à la friction, isole, isole le son... Une fois agglomérées, pressées, traitées, toutes les petites fibres mises ensemble donnent quelque chose de plus fort», illustre Anthony, qui a fait sa dernière session de baccalauréat en Allemagne. 

«On l’incarne bien. On a la profonde intuition qu’ensemble, on est meilleurs», complète Valérie.

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Avant de lancer leur propre atelier, installé à même leur logement dans Montcalm, ils ont accumulé pas mal de bagage. Auprès de la designer Elsa Vincent, d’IDEA, du designer de luminaires Antoine Laverdière, de l’architecte Jacques Plante et de la firme Coarchitecture, pour le concours du Diamant, des architectes Bruno Verge et Étienne Bernier...

Avec leur entreprise, qu’ils comparent à un carré de sable, Valérie et Anthony se donnent les moyens de pousser leurs envies, leurs idées.

Inspiration outre-mer

Un voyage de trois semaines en Scandinavie en 2017 leur a aussi donné «une grosse vague d’inspiration». En Europe, les boîtes multidisciplinaires sont courantes, ce qui rejoint encore ces deux touche-à-tout. Faire à la fois du design d’intérieur, de la création de luminaires, du mobilier intégré n’est pas un signe d’éparpillement, mais d’une vision intégrée. 

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Le bureau d’Atelier Filz est installé à même le logement de Valérie et d’Anthony, dans le quartier Montcalm.

Valérie a aussi découvert le design australien grâce à deux amies parties vivre là-bas. Sans y avoir encore mis les pieds, elle puise des idées dans les restos, les clubs privés, où l’usage de la couleur est répandu et «un peu décomplexé».

Anthony y va même de sa théorie : «En Australie, un peu comme au Québec, ils sont colonisés. Ils ont le défi de s’inventer ou de se réinventer. Ce qui justifie les idées, le besoin de créer. Ça devient une identité», dit celui qui n’est pas architecte, mais se présente comme designer, un mot plus large qu’il a appris à aimer.

Info: atelierfilz.com

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Détail d’une série de luminaires au restaurant Le Voisin. La forme est issue d’une impression 3D, et a été travaillée en collaboration avec la céramiste Carole Vandecasteele. «Une belle façon de joindre le numérique et l’artisanat», se réjouit Anthony.
Des images du Voisin sont parues dans Dezeen, prestigieux magazine en ligne en design et en architecture.

Le Voisin comme portfolio (aussi photo principale)

Une collègue d’études d’Anthony avait une sœur qui voulait ouvrir un resto, Le Voisin, au coin des rues Saint-Joseph et Dorchester. L’Atelier Filz a conçu cet environnement à la fois aérien et cosy, réfléchi dans les moindres détails. Le budget était modeste, mais «comme c’était la première fois», le duo de designers a décidé d’investir de son temps pour faire de ce projet son portfolio. Il a fait les luminaires et les chaises sur mesure, réutilisé l’ardoise d’une vieille table de billard pour fabriquer le bar. Les efforts ont porté fruit : une parution dans Dezeen, prestigieux magazine en ligne en design et en architecture.

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La salle de bain principale du projet de résidence de la rue des Franciscains.

Cocon japonais sur des Franciscains

Un entrepreneur de Québec a «tripé» sur l’univers du Voisin et a voulu savoir qui se cachait derrière. Il a confié à l’Atelier Filz la rénovation de l’étage de son condo sur deux niveaux. Le chantier est à peine terminé. Anthony et Valérie ont imaginé une chambre principale épurée sur un podium en contreplaqué, ils ont créé un walk-in avec de grandes portes vitrées. La salle de bain compte des éviers de Pur Beton et sous la vanité, Anthony a recouvert les portes d’un tressage, un peu à la japonaise. Pour un projet résidentiel comme pour un projet commercial, le duo doit sentir que le client est ouvert à sa créativité.

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Atelier Filz a créé ce luminaire pour le salon de coiffure Chez Marcus, situé sur Saint-Joseph, dans St-Roch. En collaboration avec New Liverpool Ébénisterie.

Explorons les luminaires

«Le luminaire n’est pas notre créneau principal. On est juste 100% inspiré de notre expérience chez Lambert & fils», précise Anthony. Atelier Filz crée ses jolies suspensions sur mesure, imprime ses moules en 3D, collabore avec des céramistes et des ébénistes. Et dans les prochaines années? Il développera peut-être une collection de luminaires respectueux de l’environnement.