À chaque abrasif sa fonction

Sel, gravier, sable... Le choix d'abrasifs et de produits de déglaçage pour combattre les entrées et les trottoirs glissants sont variés. Celui qui veut éviter la sempiternelle chute dans les escaliers choisira l'un d'entre eux selon le type de surface à rendre moins glissante ou selon son souci environnemental.        
Il faut savoir que le sable et le gravier ne font que donner de l'adhérence aux trottoirs et aux autres passages ayant tendance à se glacer pendant l'hiver. Sans faire fondre la glace, les grains de sable et petits cailloux freinent le pied dans sa course vers le ciel et, incidemment, le coccyx dans sa course vers le sol. Une fois le printemps venu, ça demandera un peu de nettoyage, mais il s'agit tout de même d'un choix plus écologique que le sel, qui s'écoule dans les cours d'eau.
L'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ) recommande d'ailleurs fortement de privilégier l'utilisation de sable ou de fin gravier. La substance est particulièrement féroce avec les nouvelles surfaces de béton: elles risquent de s'effriter. Les bétons de moins de deux ans contiennent encore des chaux libres, utilisées dans la poudre de ciment, qui réagissent mal aux chlorures que contiennent les sels de déglaçage.
Il faut toutefois s'assurer que le produit acheté ne contient que du sable ou du gravier, car du sel est parfois mélangé aux abrasifs pour les rendre plus performants. Il est aussi bien important de lire les restrictions des fabricants sur les emballages, prévient l'APCHQ. Ces derniers recommandent parfois d'assécher la surface du balcon avec un linge pour éviter que l'eau de fonte ne pénètre dans le béton. Mais il est plutôt difficile d'appliquer cette mesure au Québec, avec les grands froids que l'on connaît en hiver.
Comme une barre Aero
«Un béton, c'est comme une barre de chocolat Aero. À l'intérieur, il y a des alvéoles qui absorbent une partie de l'eau durant l'hiver quand on utilise des sels de déglaçage, qui font fondre la glace. L'eau entre dans le béton et sature les alvéoles qui sont là pour compenser quand il y a de l'humidité... mais pas de l'eau!» explique André Gagné, directeur de l'expertise technique de l'APCHQ. Après, le béton subit le même sort qu'une bouteille d'eau trop pleine mise au congélateur: il fend. Et la facture pour faire resurfacer un balcon de béton s'avérera, elle aussi, plutôt salée.
En plus d'endommager le béton, le sel peut rendre la vie difficile aux gazons et aux plates-bandes. Ceux dont la maison est reliée à un puits artésien devraient utiliser avec parcimonie le sel de déglaçage, estime Jacques Linteau, chez Quincaillerie Durand. À la fonte, le sel a tendance à s'infiltrer dans la nappe phréatique, jusqu'au puits.
Pour éviter les bris, il existe des produits déglaçants moins corrosifs pour le béton, explique quant à lui Gilles Flansberry, chez Canac. Ces produits chimiques agissent dans des températures allant jusqu'à - 18 °C, alors que le sel n'agit pas sous les - 10 °C. Même si plus gentils avec les surfaces bétonnées, ces produits déglaçants ne sont toutefois pas hors de tout soupçon. Plusieurs fabricants indiqueront d'ailleurs leur possible effet néfaste sur le béton.
Alors que le sable, le gravier, le sel et tout mélange de ceux-ci se vendent entre 2 $ et 4 $ pour un sac de 20 kg, le produit déglaçant chimique se détaillera plutôt autour de 15$ pour la même quantité. Même si les fabricants de ces produits se targueront parfois d'utiliser des formules écologiques, sur le plan environnemental, ils ne battront toutefois pas le sable et la pierre.
Avec Laurie Richard