Mobilier d’autrefois au Manoir Mauvide-Genest, une demeure construite sous le Régime français et restaurée à l’Île d’Orléans.

10 choses que vous ignorez sur l’histoire du mobilier

L’histoire du mobilier regorge d’anecdotes, ici comme ailleurs. Cette semaine, Le Mag s’amuse à faire un retour en arrière sur des habitudes de vie qui font tantôt sourire, tantôt sourciller. Voyez de quelle manière ce qui se passe entre nos quatre murs a évolué.

Confortable, l'appui-tête?

Appui-tête en bois, Égypte ancienne

Peut-être en avez-vous déjà vu au musée. Les appuis-tête, ancêtres des oreillers, étaient communs dans l’Égypte antique. D’une vingtaine de centimètres de haut, faits de bois ou d’ivoire, ils étaient composés d’un socle, d’un pilier et d’une forme allongée évasée au centre pour recevoir la base du crâne. Cette partie était généralement habillée de lin «pour un plus grand confort», lit-on sur Wikipédia. À noter, les Égyptiens utilisaient des appuis-tête pour dormir, mais aussi comme objets rituels pour soutenir la tête des défunts.

Griffes de lion et pattes d’aigle

D’où est venue cette mode d’orner les meubles de pieds d’animaux? On en retrouve sous Louis XIV et Louis XV, avec le pied-de-biche, répond Yvan Fortier, ethno-historien. 

Puis les fouilles des ruines romaines d’Herculanum et de Pompéi, au XVIIIe siècle, ont inspiré les architectes d’intérieur et les décorateurs. Ils ont intégré au mobilier des variantes de piétements animaliers alors découverts. 

Ces ornements s’inscrivent dans le mouvement néo-classique, qui s’est largement répandu à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle.

Une carte Bouchette au mur 

Carte de Joseph Bouchette, 1815

Les cartes de villes et les murales du monde se multiplient dans les décors actuels. Mais déjà au début du XIXe siècle, les gens bien nantis de Québec aimaient afficher au mur une carte de Joseph Bouchette. 

Arpenteur général du Bas-Canada, il avait lancé le projet d’établir des cartes géographiques plus précises et pour financer l’exercice, il en a fait la reproduction et la vente, indique l’historien Jean Provencher. 

Ces cartes étaient à la fois utiles et esthétiques. En posséder une permettait en plus d’étaler sa richesse, souligne l’historien.

Un mythe à déboulonner

Jadis, les meubles n’étaient pas plus courts et plus bas parce que les gens étaient plus petits. Yvan Fortier nuance cette croyance. Le mobilier était plutôt adapté aux 12, 13, 14 enfants de la maisonnée. 

«Je conserve dans ma collection une table à manger basse, qui a été rehaussée par un des fils, devenu adolescent, pour convenir à la nouvelle majorité d’adultes.» 

Le mobilier évolutif ne vient donc pas d’être inventé!

Avoir sa «jambette» sur soi

Il y a deux ou trois siècles, il était normal d’avoir une «jambette», un petit couteau pliant, qu’on apportait partout. 

Dans les milieux bourgeois, on dépeçait toutefois un rôti avec un couteau bien tranchant, mentionne Yvan Fortier. Et au dessert, on délaissait les lames de fer, qui s’oxydaient au contact des fruits et transmettaient un goût curieux. On préférait alors utiliser un couteau d’argent.

Flatteuses bougies

L’étiquette française, héritage du XVIIIe siècle, a persisté dans la ville de Québec. Lors des repas d’apparat, on prenait toujours soin de disposer des chandeliers sur la table, même après 1850 et l’éclairage au gaz. 

«Les bougies donnaient un plus beau teint aux femmes et révélaient leurs bijoux, tandis que l’éclairage au gaz donnait des couleurs blafardes», raconte Yvan Fortier.

En blanc et en noir

Murs blancs, plinthes noires, au Manoir Mauvide-Genest à l'Île d'Orléans

Les intérieurs des maisons anciennes étaient lumineux, tout blancs et ceinturés au bas de noir. Ce duo clair-obscur était hygiénique et pratique, explique l’ethno-historien Yvan Fortier. 

On chaulait murs et plafonds pour désinfecter, la chaux tuant les germes. Tandis qu’au bas des murs, on réservait un espace pour aménager une plinthe, peinte en noir avec de la suie mélangée au lait de chaux. Une façon de camoufler les coulisses de chaux, mais aussi de protéger la surface contre les coups de pieds ou les coups de chaises.

1,50$ la chaise berçante

Si vous possédez une vieille chaise dont la traverse supérieure est percée d’une forme circulaire, comme une pleine lune, il s’agit peut-être d’une Luneau, de Bellechasse. 

Salomon Denault, surnommé Luneau, en a fabriqué plusieurs centaines en frêne noir et en merisier. Le siège était tressé en babiche d’anguille à l’origine et ensuite en éclisses de frêne, selon une technique héritée des Abénaquis, nous apprend le Musée de Bellechasse. 

Luneau, décédé en 1925, arpentait les comtés et demandait 50 cennes pour une chaise droite et 1,50$ pour une berçante.

Baldaquin, cabane et quenouilles

La promiscuité des occupants était chose courante dans les maisons anciennes, même la nuit. On isolait donc les lits principaux de rideaux au pourtour pour préserver chaleur et intimité. 

Il y a aussi eu des lits «cabanes», fermés par des panneaux, des lits à grandes quenouilles avec rideaux ou à petites quenouilles, plus fréquents, avec ciels de lit accrochés au plafond, énumère Yvan Fortier. 

Mais au XIXe siècle, le mouvement hygiéniste prône un dégagement des lits et un changement d’air plus constant. À bas les rideaux!

Québec à jour avec les allumettes

Crac! Les allumettes à friction, inventées en Suède dans les années 1840, n’ont pas tardé à arriver à Québec quelques mois plus tard. «Grâce au port, Québec n’était pas hors du monde. Tous les bateaux transatlantiques passaient ici et apportaient les produits étrangers», souligne l’historien Jean Provencher.