Nous, les humains

Les séducteurs ordinaires

CHRONIQUE / Les cinq sacs d’épicerie étaient accrochés à mes avant-bras, les sangles regroupées sur mes plis de coude. J’avais hâte de larguer la marchandise dans le coffre de l’auto.

Sauf que la madame dans son gros VUS m’empêchait de passer. Elle zigonnait dans le stationnement étroit — avance-recule, avance-recule —, essayant d’en ressortir sans accrocher de véhicules. 

Elle a peut-être remarqué l’impatience sur mon visage. Moi, en tout cas, je lisais la nervosité sur le sien. Ces quelques secondes où tout le monde attendait après elle dans le parking lui étaient clairement angoissantes. 

Du moins, jusqu’à ce qu’une piétonne dans la soixantaine qui poireautait comme moi sur le bitume lance une phrase à la conductrice, dont la vitre était ouverte : «Prenez votre temps, madame. C’est pas facile de sortir d’ici.»

La dame a fait un grand sourire avec les dents; la pression était tombée d’un coup. Elle a fait un autre avance-recule et a réussi à s’extirper de son étrier asphalté. 

La piétonne a continué son chemin jusqu’au IGA. Moi, j’ai enfin pu me délester du poids de mon marché. Mais sur le chemin du retour, j’ai repensé à cette dame qui avait réussi à détendre l’atmosphère en 12 mots. 

Je me suis demandé s’il y avait un nom pour décrire ces gens-là qui arrivent à faire baisser la tension quand l’air est chargé. Je n’en ai pas trouvé. On pourrait les appeler les «séducteurs ordinaires». 

On associe toujours la séduction au cruisage. Mais la séduction est plus généralement une façon de gagner le cœur des gens, peu importe le type de relation qu’on a avec eux. Ou peu importe la durée : on peut être antipathique à notre propre famille et attirer la sympathie d’un pur étranger en quelques secondes. 

Tout dépend de notre capacité à être apprécié des autres. Les séducteurs ordinaires excellent en la matière, sans trop faire d’effort. C’est un trait de leur personnalité. Mais est-ce que ça s’apprend?

En me questionnant là-dessus cette semaine, j’ai repensé au livre audio d’un ex-agent du FBI que j’ai écouté l’an dernier. 

Jack Schafer a longtemps travaillé comme «analyste comportemental» au FBI. En gros, son travail consistait à persuader des étrangers à devenir espions pour les États-Unis ou à amener de grands criminels à confesser leurs crimes.

Au fil des années, il a développé une série de techniques psychologiques pour attirer leur sympathie et gagner leur confiance. Ces ruses permettent d’activer ce qu’il appelle la «Like Switch», qui est aussi le titre de son livre.

Pour y arriver, la proximité aide beaucoup. Le seul fait d’être en présence d’une autre personne à plusieurs reprises, sans même lui adresser la parole, vous donne une longueur d’avance sur les étrangers. C’est un phénomène reconnu en psychologie qui s’appelle «l’effet de familiarité».

Jack Schafer a utilisé cette technique pour convaincre un diplomate étranger de devenir espion américain. Durant des semaines, il s’est organisé pour croiser sa cible au quotidien, puis à fréquenter la même épicerie que lui et le saluer de la tête. Quand Schafer s’est présente à lui comme agent du FBI, le diplomate était mûr pour le reste de l’opération séduction.

La communication non verbale est aussi déterminante. Remuez rapidement vos sourcils (le «flash du sourcil»), regardez la personne dans les yeux (mais ne la fixez pas), penchez la tête légèrement sur le côté (à gauche ou à droite) et remontez un peu votre menton : ces petits gestes sont tous interprétés par les humains comme des «signaux amicaux», ont découvert des scientifiques.

Et surtout, n’oubliez pas de sourire. Normalement, vos vis-à-vis devraient vous imiter et ils relâcheront en prime des endorphines, une hormone qui fait qu’on se sent bien. 

Bien sûr, après vous devrez parler. La règle d’or de l’amitié, dit Schafer, c’est que si vous voulez que les autres vous apprécient, vous devez faire en sorte qu’ils se sentent bien avec eux-mêmes en votre présence. Trouvez des affinités avec eux, intéressez-vous à leur histoire, montrez-leur qu’ils ne sont pas juste des numéros, suggère-t-il. 

L’ex-agent du FBI cite la poétesse afro-américaine Maya Angelou, qui a bien résumé son propos : «J’ai appris que les gens vont oublier ce que vous dites, que les gens vont oublier ce que vous faites, mais que les gens n’oublieront jamais comment ils se sont sentis auprès de vous». 

Un jour, Schafer attendait à l’aéroport pour prendre un vol de huit heures en classe économique. Avant de monter dans l’avion, il a jasé avec le monsieur qui prenait les billets, en employant ce qu’il appelle des «déclarations empathiques», c’est-à-dire qui reflètent le sentiment des autres et montrent qu’on s’intéresse à eux. Vingt minutes plus tard, l’agent lui remettait un billet en classe affaires. 

Je ne sais pas si la piétonne dans le stationnement du IGA connaissait le concept de «déclaration empathique». Mais quand elle a dit «Prenez votre temps, madame. C’est pas facile de sortir d’ici», elle était pile dessus.

Éducation

Iniquité aux examens du ministère de l’Éducation?

GRANDE-RIVIÈRE – Nathalie Drapeau, une citoyenne de Chandler, en Gaspésie, demande au gouvernement du Québec de se pencher sur le manque potentiel d’équité entre étudiants utilisant une tablette informatique lors des examens du ministère de l’Éducation et ceux qui n’en utilisent pas.

Madame Drapeau a écrit au premier ministre François Legault, au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge et à la ministre déléguée à l’Éducation Isabelle Charest pour leur faire part des impressions vécues par sa fille lors de l’épreuve de français du ministère, le 1er mai.

À lire aussi: Grogne des élèves de 5e secondaire contre la question d’examen du ministère

«Il y a des classes où la tablette est permise et d’autres où elle ne l’est pas. Dans ce dernier cas, ils ont le dictionnaire papier. Pour avoir vu des jeunes à l’œuvre depuis des années, ils sont plus rapides avec la tablette. Certains étudiants ne savent pas se servir d’un dictionnaire papier. Vingt pour cent de la grille de pondération est associée à l’orthographe. À la fin d’un examen, ce qui prend le bord, c’est la révision de l’orthographe. Ceux qui sont plus rapides avec la tablette qu’avec le papier mais qui ne peuvent compter sur la tablette sont désavantagés», analyse Nathalie Drapeau.

Selon les renseignements recueillis depuis qu’elle a écrit une première fois aux représentants du gouvernement québécois, le 2 mai, la tablette est acceptée dans des classes de plusieurs écoles du Québec depuis 2011-2012.

«Le ministère de l’Éducation a conclu que tous les étudiants avaient suffisamment de temps, qu’ils emploient la tablette ou qu’ils écrivent à la main. Je ne suis pas d’accord. Même si l’Antidote (un logiciel de correction) est désactivé, comme on me le souligne, bien des élèves sont plus rapides en composant directement leur brouillon sur la tablette, et pour faire la recherche dans le dictionnaire électronique lors de la correction. Ceux qui n’ont pas accès à la tablette et qui doivent faire la rédaction de leur brouillon à la main, puis transcrire leur copie au propre, sont clairement désavantagés», ajoute-t-elle.

NFL

Mathieu Betts au centre de l’attention au mini camp des Bears

«Quand coach Pagano a su que j’étais le troisième choix au repêchage de la LCF, il en a parlé à tout le monde! Je me suis fait poser des questions toute la fin de semaine», a confié Mathieu Betts, dimanche soir, au retour de son premier camp chez les Bears de Chicago.

Chuck Pagano, c’est le coordonnateur défensif des Bears de Chicago. L’ancien entraîneur-chef des Colts d’Indianapolis, pendant six ans. Le gars coache dans la NFL depuis près de 20 ans. Des bons joueurs, il en a vu passer.

C’est le genre de fin de semaine qu’a vécue Betts, au mini camp des recrues des Bears. Choix au repêchage, membres de l’équipe d’entraînement, joueurs autonomes embauchés ou invités pour un essai, ils étaient réunis pour la première fois en vue de la saison qui s’amorce le 5 septembre. Mais dans quatre mois, ils n’y seront plus tous.

Une semaine après avoir signé son premier contrat professionnel avec les Bears à titre de joueur autonome, au terme du repêchage de la NFL, l’ailier défensif du Rouge et Or de l’Université Laval a passé trois jours avec sa nouvelle équipe.

Où régnait, a-t-il admis, «un certain engouement» autour de ce joueur étoile venu du Canada et jusque-là inconnu au sud de la frontière. «C’était quand même agréable», a-t-il admis, en attendant son vol retardé à l’aéroport de Newark.

Curiosité de ses possibles futurs coéquipiers et quelques entrevues, dont une avec un petit média du coin, le USA Today. On veut savoir d’où il vient et quel genre de football se joue dans le froid, plus au nord.

Découvrir Halas Hall

Betts a passé ses trois premières journées au sein de la NFL, «au top de la pyramide du foot», comme il le dit. Avec un groupe d’athlètes qui, même en compétition directe, se sont entraidés tout au long de ce court séjour à Lake Forest, en Illinois.

L’endroit s’appelle Halas Hall. Siège social et lieu d’entraînement des Bears, le complexe en pleines rénovations de 100 millions $US est situé au bord du lac Michigan, à 60 km au nord de Chicago et du stade Soldier Field.

«Au total, c’est plus petit que le PEPS... sauf que c’est juste pour une équipe de foot. Tu peux être sûr qu’on n’a manqué de rien. On a été super bien traités par une organisation vraiment A+ du début à la fin», a expliqué celui qui, en plus d’être repêché au troisième rang dans la LCF par les Eskimos d’Edmonton jeudi dernier, a également été nommé athlète masculin universitaire par excellence au Canada.

Il s’est quand même senti parmi les siens, à sa place avec la crème du football nord-américain. Si le calibre ressemble à ce qu’il avait expérimenté lors du East-West Shrine Game en janvier en Floride, son passage à la position de secondeur extérieur l’oblige à affronter des situations de jeu qu’il a peu vues dans les rangs universitaires.

«J’ai eu beaucoup plus d’assignations en couverture de passe, ce que j’ai moins fait avec le Rouge et Or, a-t-il expliqué. Mais je suis très satisfait de mes trois journées, j’ai progressé dans le système de jeu et les choses qui m’étaient demandées.»

Le Montréalais de 24 ans passe la semaine à la maison, à Québec, et tentera de rattraper les occasions ratées des dernières semaines auprès de sa blonde et de ses amis. «Je vais essayer de décrocher du foot un peu, même si je vais m’entraîner chaque jour pour rester en forme», indique-t-il.

Car il repart chez les Bears dès dimanche prochain, pour cinq semaines d’activités d’équipe organisées (OTAs), des journées de préparation obligatoires sans être le camp présaison officiel.

Thomassin retranché

Pendant ce temps, le joueur de ligne offensive du Rouge et Or Samuel Thomassin est rentré du mini camp des recrues des Giants de New York sans contrat. Présent à East Rutherford, au New Jersey, comme simple invité, Thomassin n’aura pas réussi à convaincre les bonzes des Giants de le convier au vrai camp.

Loin de s’apitoyer sur son sort, le gentil géant de 6’ 5” et 315 lb devait redoubler d’ardeur aux études dimanche soir pour ses deux examens de lundi matin. Après la fin de session, ce sera le départ pour Montréal et le camp des recrues des Alouettes de la LCF, qui l’ont repêché jeudi en deuxième ronde.

Vérification faite

Vérification faite: la «vraie» hausse des tarifs d'électricité

L’affirmation Dans le coin rouge : Hydro-Québec, qui soutient que l’augmentation de ses tarifs au 1er avril dernier ne fut que de 0,9 %. Dans le coin bleu : le chroniqueur de Québecor Michel Girard, qui affirmait la semaine dernière et cette semaine qu’il s’agit d’une «information trompeuse» et que la vraie hausse est trois fois plus élevée, à 2,9 % — ce que le pdg de la société d’État, Éric Martel, est allé jusqu’à qualifier de «fake news». Cette histoire a eu une grande répercussion sur les réseaux sociaux, alors voyons de quoi il retourne.

Les faits

Le tarif résidentiel d’Hydro-Québec est depuis longtemps organisé en deux parties : un tarif réduit pour les premiers kilowatts-heure (kWh) consommés chaque jour (les premiers 40 kWh/j depuis le 1er avril) et un tarif plus élevé pour l’électricité supplémentaire consommée le reste de la journée. Le mois dernier, ce tarif est passé de 5,91 ¢ à 6,08 ¢/kWh pour la première tranche de 40 kWh par jour, et de 9,12 ¢ à 9,38 ¢/kWh pour la consommation quotidienne additionnelle. Il s’agit d’augmentations de 2,88 % et de 2,85 % respectivement. C’est le calcul qu’a fait M. Girard et, si l’on ne s’en tient qu’à cela, c’est effectivement lui qui semble avoir raison.

Cependant, ce tarif n’est pas la seule chose qui entre dans la facture d’électricité. Il y a également une «redevance d’abonnement» de 40,64 ¢ par jour qui, elle, n’a pas augmenté, a signalé la société d’État dans une «mise au point». Dans une «contre-réplique» à Hydro-Québec publiée lundi, M. Girard a admis l’avoir omis dans ses calculs, mais maintient ses conclusions parce que cette redevance ne représente, dit-il, qu’une bien petite partie de la facture d’électricité. Ce qui est vrai : environ 12 $ par mois.

Or il semble que ce ne soit pas le seul oubli du chroniqueur. La société d’État maintient que la hausse n’est que de 0,9 % parce que le tarif réduit a été étendu : il ne s’appliquait qu’aux premiers 36 kWh par jour avant le 1er avril, mais ce «bloc est passé à 40 kWh/j depuis. Il y a donc 4 kWh par jour qui sont passés du tarif le plus élevé au tarif réduit. C’est la vérité, comme le montrent des documents de la Régie de l’énergie [http://bit.ly/2WlCtf0], mais mentionnons aussi à la décharge de notre collègue que ce point était loin d’être clair dans le communiqué émis par Hydro-Québec [http://bit.ly/2PH1kHv].

Quoi qu’il en soit, voyons voir si cela fait une grosse différence. D’après le chercheur et spécialiste des questions d’énergie de l’Université de Sherbrooke Marcel Lacroix, une maison chauffée à l’électricité consomme autour de 30 000 kWh par année, donc environ 80 kWh par jour [http://bit.ly/2Y2pGyA]. Alors avant la hausse de cette année, la facture mensuelle d’électricité de cette maison «moyenne» était de :

- 40,64 ¢/jour x 30 jours = 12,19 $ pour la redevance

- 5,91 ¢/kWh x 36 kWh/jour x 30 jours = 63,83 $ pour les premiers 36 kWh, au tarif réduit

- 9,12 ¢/kWh * 44 kWh/jour x 30 jours = 120,38 $ pour l’électricité supplémentaire

- Grand total : 196,21 $

Depuis le 1er avril dernier, en tenant compte des 4 kWh/jour passés au tarif réduit, cette même maison consommant la même quantité d’électricité doit payer :

- 40,64 ¢/jour x 30 jours = 12,19 $ pour la redevance

- 6,08 ¢/kWh x 40 kWh/jour x 30 jours = 72,96 $ pour le premier bloc de 40 kWh par jour

- 9,38 ¢/kWh x 40 kWh/jour x 30 jours = 112,56 $ pour l’électricité quotidienne supplémentaire

- Grand total : 197,52 $

La dernière hausse d’Hydro-Québec a donc fait passer la facture d’électricité de cette maison «moyenne» de 196,21 $ à 197,52 $ par mois, soit une augmentation de 0,7 %. Nous avons fait le même calcul pour des ménages qui consomment moins (60 kWh/jour), et il apparaît que leur facture d’électricité demeure à peu près la même (-0,18 %) — pas de hausse pour eux, donc. Par contre, pour les maisons plus grosses et plus énergivores, la facture augmente un peu plus que le 0,9 % mis de l’avant par Hydro-Québec : pour une habitation qui «brûlerait» 100 kWh/jour, par exemple, la hausse est de 1,1 %.

Verdict

Les chiffres sont du côté d’Hydro-Québec. À l’extrême limite, si l’on considérait séparément les seuls «tarifs» et la facture totale, on pourrait donner en partie raison aux deux côtés, mais la distinction nous paraît factice : c’est le total qui importe le plus. Et de ce point de vue, tout indique que la hausse est beaucoup plus proche du 0,9 % annoncé par la société d’État que du 2,9 % calculé par M. Girard.