Musique

ADISQ: Klô Pelgag répond aux critiques

MONTRÉAL — La chanteuse Klô Pelgag, qui a été sacrée interprète de l’année au plus récent gala de l’ADISQ, a réagi mardi aux critiques du chanteur et producteur Mario Pelchat, qui avait vigoureusement décrié le triomphe de la jeune auteure-compositrice-interprète.

En entrevue à Radio-Canada au début de la semaine, Pelchat a déploré que «quelqu’un qui n’a pas tourné de l’année, dont on n’a pas entendu parler du tout, dont les salles étaient vides» gagne l’un des prix les plus prestigieux du gala.

Pleins feux

Guylaine Dumont: d'écoute, de doute et d’instinct

Autant Guylaine Dumont a pris beaucoup de place sur un terrain de volleyball comme joueuse, autant elle se montre aujourd’hui discrète en bordure des lignes dans son rôle d’entraîneuse. Nouvelle adjointe chez les Élans du Cégep Garneau, l’olympienne ne dit pas non à l’idée d’un jour devenir coach en chef. Mais seulement dans une formule de copilotage qui épouserait sa philosophie d’écoute et de partage, ce dont elle a trop manqué durant sa carrière d’athlète.

Reconnue comme l’une des plus grandes joueuses de volleyball canadiennes de l’histoire, Guylaine Dumont a fait partie du programme de l’équipe nationale durant une quinzaine d’années, a joué dans les rangs professionnels en Italie et au Japon et détient 12 titres de championne canadienne.

Mais c’est à la fin de sa carrière, revenue d’une retraite de trois ans et sur le sable du volleyball de plage qu’elle a connu son heure de gloire dans l’œil public. En 2004, avec une coéquipière de 14 ans sa cadette, Dumont, alors âgée de 36 ans, a décroché une cinquième position aux Jeux olympiques d’Athènes. Résultat à ce jour encore jamais surpassé par un duo de Canadiennes sous les cinq anneaux.

«Je suis bien dans mon rôle d’assistante», sourit celle qui retrouve après plus de 32 ans le vert des Élans, la couleur de ses yeux. La jeune Guylaine a joué pour Garneau à 19 ans, alors que son patron et actuel entraîneur-chef, Ian Poulin-Beaulieu... n’était même pas né!

Après six ans comme bras droit de Julien Paquette, parti au printemps dernier, Poulin-Beaulieu vient de prendre la barre de l’équipe. Il a 30 ans et l’autre adjointe, Mariane Demers-Ménard, aussi une ancienne des Élans tout juste retraitée, 21. Alors à 51 ans, Dumont a l’âge total des deux autres!

Dumont et Poulin-Beaulieu se sont connus il y a cinq ans, à l’Université Laval. Elle était entraîneuse adjointe avec le Rouge et Or et lui encore étudiant. «Comme j’étais souvent à l’université, j’ai suivi un cours en intervention sportive. Il était dans ma classe, je l’ai adoré! Je coachais aussi sa sœur [Audrey Poulin-Beaulieu]», explique-t-elle.

«J’aime beaucoup sa philosophie de coaching vraiment centrée sur l’athlète», poursuit-elle. «Il donne des responsabilités et de l’autonomie aux athlètes. Ça va carrément avec la philosophie que j’ai développée au fil des années à travers mes expériences personnelles et thérapeutiques.»

Repartir de zéro

Car son «vrai boulot» est celui de thérapeute en relation d’aide, formation acquise avant son retour jusqu’aux JO de 2004. Profession où Dumont adopte «une approche non directive créatrice», souligne-t-elle, tout ce que quelques entraîneurs abusifs lui ont nié durant tant d’années.

Richard Therrien

Notre bulletin télé de mi-saison

CHRONIQUE / À mi-parcours d’un automne riche en nouveautés, quelles émissions suivez-vous assidûment et quelles autres songez-vous à effacer de votre enregistreur? Si on exclut «Révolution», la plus réjouissante surprise de la saison, c’est plutôt à des valeurs sûres qu’on a attribué nos meilleures notes.

EN DIRECT DE L’UNIVERS, ICI Radio-Canada Télé 10/10

Ce trésor télévisuel prend de la valeur saison après saison. Jamais il ne nous déçoit. Cet automne, le plateau de France Beaudoin a été particulièrement magique, autant pour Isabel Richer que pour Louise Latraverse et Sophie Grégoire-Trudeau. Le numéro du conjoint de Yannick Nézet-Séguin, Pierre Tourville, avec Céline Dion, d’un romantisme inouï, était juste sublime. Cette équipe ne néglige rien pour décrocher de gros noms et pour nous virer le cœur à l’envers chaque samedi soir. Après 10 ans, ça mérite bien une note parfaite.

RÉVOLUTION, TVA 9,5/10

Actualités

Conte d'Halloween: le Corbeau qui a tué Saint-Félix

31 octobre 1988. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Depuis des années, un «Corbeau» empoisonne notre village de Saint-Félix. Un Corbeau, c’est-à-dire une crapule qui écrit des lettres anonymes pour dénoncer ses voisins. Les pots-de-vin encaissés par le maire pour réparer un bout de route. Les amourettes du curé avec la fille du dentiste. La saleté de la chambre froide du boucher. Le notaire qui se déguise en femme, lors de soirées coquines, dans son sous-sol.

Le Corbeau voit tout. Il sait tout. Au besoin, il invente le reste. De qui s’agit-il? Impossible à dire. Chacun redoute ses lettres venimeuses, rédigées d’une écriture tremblotante et curieusement inclinée vers la droite. Même moi, du haut de mes 14 ans, j’ai peur. Le Corbeau doit déjà savoir que j’ai triché à l’examen de chimie. Ou peut-être qu’il m’a vu fumer un joint, avec le petit 

Choquette, derrière l’épicerie de mes parents?

› 31 octobre 1988. Ce matin-là, le village est réveillé par une rumeur, qui se propage comme un coup de tonnerre. Le Corbeau a été arrêté durant la nuit, alors qu’il déposait une lettre haineuse à la porte de la mairie! Paraît qu’il s’agit de Jacynthe Baribeau, l’adjointe du maire. Des enquêteurs de la Sûreté du Québec sont en train de l’interroger dans la salle communautaire.

Le village se précipite. Sur place, la foule exige qu’on lui livre le Corbeau. Les policiers refusent. Les esprits s’échauffent. Qui donne le premier coup de poing? Qui lance le premier projectile dans une fenêtre du centre communautaire? Difficile à dire. On sait seulement que la foule décide d’entrer dans le bâtiment pour s’emparer de la suspecte.

Des policiers appelés en renfort doivent utiliser leur matraque pour évacuer Mme Baribeau. La mêlée dure une vingtaine de minutes. On relève 11 blessés, qui sont transportés à l’hôpital régional. Pas croyable! Une émeute à Saint-Félix! Mes parents n’en reviennent pas. Comme dit mon père : «Il n’y a pas si longtemps, ça semblait aussi probable que de voir un unijambiste gagner un concours de coups de pied au derrière!»

› L’émeute permet au village de libérer sa fureur trop longtemps contenue. «Un véritable exorciste», explique sans rire le curé. Toute la nuit, Saint-Félix célèbre sa quiétude retrouvée. On s’embrasse. On se félicite. Le bedeau, complètement ivre, fait sonner les cloches de l’église jusqu’à six heures du matin.

Affaire classée? Pas tout à fait. À la stupeur générale, une nouvelle lettre de menaces est retrouvée à la mairie, le lendemain matin. Piqués dans leur orgueil, les policiers arrêtent aussitôt le quêteux. Un coupable idéal. Un bon à rien qui passe ses journées à boire une bagosse faite d’antigel et de cerises sauvages.

Hélas, le village n’est pas au bout de ses peines. Le surlendemain, un message couvert d’immondices est découvert à la porte de l’église. L’après-midi même, le boucher est écroué. Il prétend qu’il a reçu des ordres. Des ordres de qui? De quoi? Le regard absent, Monsieur refuse de répondre.

Est-ce une maladie? Une secte satanique? Une nouvelle arme secrète des Soviets? Les hypothèses les plus folles circulent. Certains parlent même de malédiction.

› À l’épicerie, je surprends une conversation entre mon père et l’un des agents de la Sûreté du Québec qui montent désormais la garde, toute la nuit, à l’entrée du village. Le policier a peur. La nuit, lorsqu’il se promène seul, il entend des pas derrière lui. Et lorsqu’il se retourne, il ne voit personne. Sauf une fois. Une fois, il a vu une ombre s’enfuir en boitillant. Depuis, il sort rarement seul de sa voiture.

À la mi-novembre, c’est au tour du chef des pompiers volontaires de se faire pincer au moment où il livre une lettre injurieuse. La série noire continue. Elle se poursuit durant des mois. Un peu comme des papillons irrésistiblement attirés par la lumière, les habitants de Saint-Félix se jettent dans les filets des policiers. Une vraie épidémie. Tous les notables y passent. Le médecin. La directrice de l’école. Le maire. Le notaire.

Et puis soudain, plus rien. Au début du mois de mai, les enquêteurs de la Sûreté du Québec s’en retournent même en ville. «Mission accomplie, soupire l’un d’eux. Il a fallu coffrer la moitié de votre village maudit, mais le calme est rétabli».

› Erreur. Le pire reste à venir. Dans la nuit du 15 mai, le village est réveillé par les cloches de l’église qui sonnent à toute volée. S’agit-il d’une mauvaise blague? Le bedeau est-il encore ivre?

À mon arrivée sur les lieux, un attroupement s’est déjà formé devant l’église. Le corps horriblement mutilé du bedeau vient d’être retrouvé, entortillé dans l’immense corde qui actionne les cloches. Le corps semble avoir été poignardé des dizaines de fois. Ou quelque chose du genre.

C’est le curé qui l’a découvert. En état de choc, le pauvre n’arrive plus à parler. Il pointe frénétiquement la porte de l’église. Le corbeau démoniaque — plus personne ne doute plus qu’il s’agisse du diable — y a cloué une patte de bouc. En dessous, il a déposé un message non équivoque. «Je vous aurai tous», triomphe-t-il.

Est-ce une hallucination? On vient de décrocher le bedeau de la corde, mais les cloches de l’église continuent de sonner avec force, comme si une main invisible les agitait!

› Le lendemain, pour calmer les esprits, la Sûreté du Québec multiplie les perquisitions. Même le ministre de la Sécurité publique débarque en personne. Rien n’y fait. La terreur s’empare du village. Beaucoup d’habitants décident de plier bagage. Pour de bon.

Quand la nuit tombe, Saint-Félix ressemble à un village désert. Avec mes parents, nous faisons partie d’une poignée de braves qui refusent de battre en retraite. Barricadés dans l’arrière-boutique du bijoutier, nous nous apprêtons à passer la plus longue nuit de notre vie. Peut-être la dernière.

Fausse alerte. Le Corbeau se repose. Il n’apparaît pas durant la nuit. Seul signe de sa présence, un message trouvé dans la cour d’école, le lendemain matin. Il exige que le village soit rasé. 

L’église démolie. Le Corbeau est devenu mégalo. Désormais, tout lui appartient.

Trop, c’est trop. Même les irréductibles se résignent à quitter les lieux. Mes parents ferment l’épicerie en juillet. Le curé part quelques jours plus tard. Le dernier habitant déménage à la fin du mois d’août.

Du Corbeau, les anciens de Saint-Félix n’auront plus guère de nouvelle, au cours des années suivantes. Faute de victime, il semble parti ailleurs. Comment savoir? En 1990, un incendie d’origine suspecte ravage l’église abandonnée. Puis, en 1995, un glissement de terrain emporte une vingtaine de maisons au creux d’un ravin.

La catastrophe naturelle anéantit les derniers efforts pour revitaliser les lieux. Le Corbeau a gagné. Saint-Félix est devenu un village fantôme. Un vrai.

› Les années ont passé. Mes parents ont ouvert une autre épicerie, dans un village voisin. Moi, je suis parti étudier en ville. Loin, très loin, j’ai fini par oublier Saint-Félix et son Corbeau de malheur. Enfin presque. L’an passé, j’ai lu que Saint-Félix était devenu un lieu touristique. Il était même question d’un développement qui avait transformé le village maudit en un parc thématique.

Cet été, la curiosité m’a ramené sur les lieux. Je m’attendais au pire, alors je n’ai pas vraiment été déçu. En fait, c’était encore pire que tout ce que j’avais imaginé.

Là où existait Saint-Félix, l’argent coule à flots. Les visiteurs sont accueillis par un stationnement aussi grand qu’un terrain de football. Plusieurs bâtiments ont été reconvertis en maisons hantées. Des kiosques vendent des effigies du Corbeau, des porte-clés à patte de bouc et des autocollants sur lesquels on peut lire «J’ai survécu à la malédiction».

Même le vieil hôtel apparaît méconnaissable. Il a été reconstruit en plus grand, plus luxueux. Depuis la fenêtre de leur chambre, les clients peuvent voir des spectacles son et lumière, sur la façade de l’église incendiée. Pour un léger supplément, ils ont même droit au traitement royal : une lettre d’injures personnalisées, livrée en pleine nuit. — Vous devriez revenir à l’époque de l’Halloween, c’est encore plus réel, m’a dit la caissière du resto Sympathie pour le diable, dont la spécialité est une brochette de viande de corbeau «à la diable».

› Un peu étourdi, je suis retourné à ma voiture. En ouvrant la portière, j’ai aperçu quelque chose sur le siège du conducteur. Une petite enveloppe blanche, soigneusement cachetée. En l’ouvrant, j’ai tout de suite reconnu l’écriture tremblotante, curieusement inclinée vers la droite.

«Je t’ai retrouvé», écrivait le Corbeau.

Depuis, j’ai l’impression de vivre sur du temps emprunté. La nuit, quand je suis seul, il m’arrive même d’entendre des pas derrière moi.