M. Côté a dit qu’une radiographie montrait des taches sur son poumon et qu’un test préliminaire laissait croire qu’il était atteint d’une tuberculose active.

Un cas de tuberculose qui révèle un drame humain à Sainte-Foy

EXCLUSIF / Un cas de tuberculose révèle un drame humain dans une maison de chambres de Sainte-Foy. La Santé publique a lancé une «enquête» pour éviter une contagion, a appris Le Soleil.

L’homme ne sortait presque plus de sa chambre. Il toussait sans relâche et fondait à vue d’œil. Maintenant, il est gardé en isolement à l’hôpital. 

L’état de santé de l’immigrant dans la vingtaine inquiétait au plus haut point les autres résidents d’une maison de chambres de Sainte-Foy. «Il était rendu très maigre en dernier. Il était déboîté. Il ne marchait plus», décrit M. Côté*, un de ses voisins. 

Un jour du début avril, une forte odeur de vomi émanait de la chambre de l’homme et incommodait les autres chambreurs. «Ça sentait la mort», décrit M. Côté. Comme le chambreur malade refusait d’ouvrir sa porte, une infirmière qui habite aussi dans la maison de chambres, et s’inquiétait pour lui, a appelé le 9-1-1. 

Les policiers sont venus, puis les ambulanciers. Le malade a été transporté à l’hôpital. Les autres chambreurs ont su plus tard ce qui l’affligeait : la tuberculose. 

Informée de ce cas de tuberculose «active» le 10 avril, la Direction de santé publique (DSP) du CIUSSS de la Capitale-Nationale a lancé une «enquête» pour éviter une contagion, a appris Le Soleil. Entre 10 et 20 personnes ont été exposées à l’homme tuberculeux et pourraient avoir été infectées.

La personne atteinte de la maladie infectieuse est présentement gardée en isolement à l’hôpital, indique le Dr André Paradis, médecin-conseil en maladies infectieuses à la DSP du CIUSSS de la Capitale-Nationale. «On s’assure qu’elle est isolée pendant sa période de contagiosité», explique-t-il. 

L’enquête de la DSP vise notamment à vérifier si les personnes avec qui l’homme tuberculeux a eu des «contacts significatifs» ont été contaminées, précise le Dr Paradis. 

Les cochambreurs MM. Savard et Côté se demandent aussi comment la tuberculose a pu se rendre jusqu’à leur maison de chambres.

Tuberculose «latente»

Pour l’instant, quatre d’entre eux ont la forme «latente» de la tuberculose, laquelle n’entraîne aucun symptôme et n’est pas contagieuse. Personne n’a développé la forme «active» de la maladie, qui attaque les poumons dans un cas sur deux, mais peut aussi atteindre d’autres organes comme les ganglions, les reins et les os. 

Environ deux semaines après le départ de son voisin malade, M. Côté a reçu un message inattendu d’une infirmière sur sa boîte vocale. Il était convoqué au CLSC de Sainte-Foy. C’est là que, comme plusieurs autres chambreurs de la maison, il est allé passer un test dépistage de la tuberculose. 

Les résultats du test ont indiqué une tuberculose latente. Entre-temps, M. Côté, 50 ans, s’est mis à tousser d’une manière soutenue et à se sentir très fatigué. Inquiet de ses symptômes, il est allé se faire examiner en début de semaine dernière à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. 

Il affirme qu’une radiographie montrait des taches sur son poumon et qu’un test préliminaire laissait croire qu’il était atteint d’une tuberculose active.

Après une journée à l’hôpital, affirme-t-il, ses médecins l’ont laissé partir chez lui en attendant les résultats de sa prise de sang le jour suivant. Une médecin «m’a dit que si je n’avais pas d’appel le lendemain, mes “poumons n’étaient pas en train de projeter la maladie”... Et de revenir pour la tache sur mes poumons après la fin des antibios. C’est tout.»

La tuberculose peut être transmise lorsque les bactéries dans les poumons d’une personne malade sont rejetées dans l’air, par le biais de mini-gouttelettes de salive, et sont inhalées par une autre personne. Mais il faut une «exposition prolongée» à ces bactéries pour être infecté, indique le DParadis. «On parle de beaucoup, beaucoup d’heures. Souvent, c’est autour de 60 heures, 120 heures.»

Et encore là, infecté ne veut pas dire malade, souligne le médecin. Seulement 10 % des personnes qui ont la forme latente de la tuberculose développent la forme «active» de la maladie — et ses symptômes — au cours de leur vie.

Déclaration obligatoire

Reste que la tuberculose, qui a été la première cause de décès au Canada en 1867, est une maladie à déclaration et à traitement obligatoires au Québec. Et quand un cas lui est signalé, la Direction de la Santé publique contacte tous ceux qui pourraient être infectés.   

M. Côté n’a pas eu de mauvaise nouvelle après sa visite à l’hôpital. Mais de manière préventive, il en était reparti avec une prescription d’amoxyclav, un antibiotique contre une potentielle pneumonie bactérienne. Il en prend un comprimé après le déjeuner et un après le souper pendant sept jours.

Même s’il n’a pas la forme active de la maladie, le quinquagénaire ne se sent pas rassuré. Il a peur des voir les symptômes apparaître. «Je vais toujours garder la possibilité d’une activation en arrière pensée, souligne-t-il. C’est dans mon sang pour la vie!»

M. Savard*, un des quatre chambreurs qui a une tuberculose latente, a lui aussi peur de souffrir de la maladie. Une simple toux peut l’angoisser. «C’est-tu une grippe ou c’est la tuberculose qui sort?» se demande-t-il. 

Les deux hommes s’interrogent aussi à savoir comment la tuberculose a pu se rendre jusqu’à leur maison de chambres. 

La maladie diminue au Québec depuis les 30 ans grâce aux traitements et au suivi des personnes atteintes. Le nombre de nouveaux cas varie entre 200 à 280 par année dans la province. Selon l’Agence de santé du Canada, les personnes nées à l’étranger représentent la majorité (70 %) des cas déclarés de tuberculose au pays. 

On ignore pour l’instant où le jeune homme a été infecté par la tuberculose. Mais le gestionnaire de la maison de chambres de Sainte-Foy, Richard Chenevert, pense qu’il aurait tardé à se faire soigner au Québec pour éviter d’avoir des ennuis avec l’Immigration.

M. Chenevert affirme avoir appris après le départ du jeune homme que ses papiers d’immigration n’étaient plus en règle. «Son visa était expiré», dit-il. Le gestionnaire indique avoir été en contact avec les autorités d’immigration et affirme que le passeport du chambreur malade a été saisi.

«Ce que j’en ai conclu, c’est que, peut-être parce que son visa n’était pas renouvelé, le monsieur n’allait pas à l’hôpital. Il ne voulait pas se faire prendre, peut-être, par l’immigration. [...] Sinon, d’après moi, il aurait été bien avant ça.»

* Les prénoms de MM. Côté et Savard ont été omis à leur demande.

+

LA TUBERCULOSE EN CHIFFRES 

Entre 10 et 20 cas de tuberculose active par année dans la région de la Capitale-Nationale

Taux annuel de nouveaux cas de la tuberculose active

  • Capitale-Nationale:  2/100 000 habitants
  • Québec: 3,2/100 000 habitants
  • Canada: 5,5/100 000 habitants
  • Mondial: 142/ 100 000 habitants

Un quart de la population mondiale a la bactérie (forme latente de la tuberculose)

Source: données fournies par le CIUSS de la Capitale-Nationale

CORRECTIF

Dans un précédente version de cet article, nous indiquions que M. Côté était «reparti avec une prescription d’amoxyclav, un médicament utilisé pour le traitement de la tuberculose». 

L'amoxyclav (amoxicilline et acide clavulanique) n’est pas un médicament contre la tuberculose, mais un antibiotique contre une potentielle pneumonie bactérienne, laquelle nécessite un bref traitement de 7-10 jours. 

Une tuberculose active — avec une pneumonie, par exemple — doit être traitée avec au moins trois médicaments anti-tuberculeux différents, pendant un minimum de 6 mois.