Une mauvaise alimentation est aussi dommageable pour la santé que le tabac, l’alcool, la drogue et les relations sexuelles non protégées, m’a appris CNN, citant un rapport scientifique international.

Un an sans malbouffe

CHRONIQUE / Cher futur moi,

Je t’écris cette lettre pour que tu la lises le 1er janvier 2020.

Dans les derniers mois, j’ai remarqué une irrégularité dans mon anatomie, et je me suis dit qu’il était temps que je prenne mes résolutions au sérieux. 

Comme la science montre qu’on est plus porté à tenir ses promesses quand on se sent connecté à la personne qu’on va devenir, j’ai pensé t’écrire. 

L’envoi de la lettre est programmé sur le site FutureMe.org. Alors, même si tu préférais ne jamais l’avoir envoyée, elle arrivera dans ta boîte courriel le 1er janvier quand même. 

Le changement anatomique dont je te parlais t’apparaîtra sans doute encore plus évident dans 12 mois : tu grisonnes. Encore ce matin, j’ai repéré un cheveu gris devant le miroir. On aurait dit qu’il me narguait. 

C’est un symbole capillaire irréfutable : je vieillis. À 37 ans, je suis encore loin de la ruine. Mais je me suis toujours dit que lorsque des mèches argentées agrémenteraient mon blond toupet, ce serait le temps d’arrêter de niaiser avec ma santé.

En fin de semaine passée, j’ai repensé à toutes mes indulgences du temps des Fêtes : les deux, trois et quatrième portions, les bûches, les pâtisseries, le chocolat, les chips, les jujubes, la liqueur, la bière, le vin, le Baileys. 

Pour me déculpabiliser, je me suis repassé le même refrain durant 10 jours. T’as le droit de te gâter une fois par année, non? De toute façon, c’est dans ta nature d’être épicurien... 

Évidemment, tu sais bien que ça n’arrive pas juste une fois par année. Qu’il y a toujours un bon prétexte pour se goinfrer. Et c’est pour ça que tu choisis souvent la même résolution au début de l’année : je vais manger mieux. 

Malheureusement, c’est toujours à recommencer. Après quelques semaines de volonté de fer, tu flanches. Remarque, on est loin d’être les seuls : quatre personnes sur cinq abandonnent leur résolution en février. 

Ce n’est pas une raison. Je sais, il va y avoir beaucoup de tentations : les brunchs, les fêtes de famille, les spectacles, les partys, les restos, les 5 à 7, la machine distributrice au bureau. Mais un jour, il faut bien apprendre à se dominer. 

Pour y arriver, tu le sais, il faut un objectif spécifique. Je vais «manger mieux» n’est donc pas un objectif spécifique. Alors, voici, précisément, ma promesse pour 2019 : 

Je ne mangerai plus de malbouffe, «une nourriture malsaine en raison de sa faible valeur nutritive et de sa teneur élevée en sucres ou en gras», selon le Grand dictionnaire terminologique. 

Fini, donc, la liqueur, les chips, la pizza, le pain blanc, les pâtisseries, les gâteaux, les biscuits, les frites, les bonbons, la crème glacée, etc. — ou n’importe quel autre aliment que tu sais très bien être de la malbouffe. 

Ça t’apparaîtra peut-être radical comme engagement public. Mais à l’heure du grisonnement, j’ai envie de devenir comme Fletcher, un personnage qui m’a marqué dans Big Brother, de Lionel Shriver. 

Ce roman raconte l’histoire d’une femme, Pandora, qui essaie de faire maigrir son frère obèse morbide, sur le bord d’en crever. Pandora sort avec Fletcher, un maniaque du vélo qui ne jure que par la bouffe santé.

Il paraît que moins on mange de malbouffe, plus il est facile de résister à la tentation. Fletcher, lui, est dans une autre ligue. Il voit des frites et un morceau de gâteau et  n’éprouve que du dégoût. 

La malbouffe a longtemps été dans ton esprit un plaisir coupable. Mais c’est plus grave que ça, mon vieux. Une mauvaise alimentation est aussi risquée pour la santé que le tabac, l’alcool, la drogue et les relations sexuelles non protégées, m’a appris CNN, citant un rapport scientifique international. 

Mal manger est lié à des problèmes cardiaques, à l’hypertension artérielle et à une foule d’autres maux de santé, et même à une augmentation des risques de dépression. 

Souviens-t’en si tu veux rayonner longtemps avec ta chevelure cendrée. 

Tu le sais, on ne s’est jamais rendus très loin avec nos résolutions alimentaires — février, au mieux... Alors, j’espère que 2019 sera une année différente. En fait, t’es bien mieux d’avoir tenu ta promesse, sinon on saura ce que ta parole vaut (rien). 

Ce sera difficile, un an sans malbouffe. Mais tu vas voir, tu vas être fier de moi. 

Marc