Elie Dedes

Tiré de prison par son patron

Parce qu’il «trouve ça fou», qu’il manque de personnel et qu’il est généreux, un restaurateur de Québec a allongé 3300 $ afin de libérer de prison un employé incarcéré pour des contraventions impayées.

Choisissez l’ordre que vous voulez. Chose certaine, Élie Dédes, propriétaire de Pizza Place Royale, avait trois bonnes raisons pour venir en aide à son employé.

La police s’est pointée, jeudi matin, sur le lieu de travail de l’homme recherché pour amendes impayées. «C’est ma femme qui était là. Tout de suite, les agents lui ont dit de ne pas s’inquiéter, relate M. Dédes. Ils lui ont dit qu’il s’agissait de contraventions mineures liées au code de la sécurité routière et à de l’ivresse sur la voie publique. Il n’y avait rien de criminel. J’étais prêt à l’aider, mais il ne fallait pas que ça soit contre ma morale», ajoute le restaurateur.

Mis au parfum de l’affaire, M. Dédes s’est donc rendu en après-midi au Centre de détention de Québec pour payer les quelque 3300 $ d’amendes. 

«Je trouve ça fou mettre des gens en prison pour des amendes impayées. Je trouve que la punition vis-à-vis de l’infraction est disproportionnée. Pourquoi ils ne leur font pas faire des travaux communautaires ou qu’ils ne saisissent pas une partie du salaire à la source?» suggère-t-il. 

«Il est chez moi depuis environ un mois seulement. Toutefois, il est fiable. Il se présente au travail. Il est utile à la société. Et nous en avons besoin au restaurant.»

En effet, le geste de M. Dédes tient en partie de l’altruisme, car rien ne l’y obligeait, mais aussi du fait qu’il y a actuellement pénurie de main-d’œuvre, particulièrement dans le domaine de la restauration. 

«Si je perds un employé, ça crée inévitablement une surcharge de travail sur les collègues et sur ma femme et moi. Et si je donne plus de travail aux autres, je vais perdre des employés», estime-t-il.

D’autres cas

«Je lui ai parlé au téléphone. Évidemment, il était content», raconte le français d’origine, qui avait lu en mai dans les pages du Soleil l’histoire de Valérie Brière. La mère monoparentale de 35 ans de deux jeunes enfants et ex-­itinérante avait été condamnée à 101 jours de prison pour 2120,88 $ de contraventions impayées pour des infractions municipales.

Dans ce cas précis, la dame était sortie de prison six jours plus tard. Le juge Richard Grenier de la Cour supérieure, qui a mis fin à l’incarcération, avait tenu ces propos: «Si une société incarcère des gens pour non-paiement d’une amende, ça ressemble quasiment au Moyen Âge quand on emprisonnait des gens pour dettes.»

Le magistrat estime que ce cas s’inscrit dans un «débat de société», un «débat important, je pense». Mme Brière était défendue par des intervenants de Droit de cité, organisme qui favorise l’accès à la justice des personnes marginalisées.