Contenu commandité
Tendance : envie de tourner le dos à l’alcool?

Le juste milieu

Plusieurs rêvent d’un verre de rosé sur la terrasse ces jours-ci, alors que d’autres y ont renoncé, pour un temps ou pour de bon. Les témoignages de sobriété s’accumulent à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux. Reste à voir si les Québécois lèvent réellement moins le coude.

Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool en doute et demande de ne pas confondre tendances médiatiques et tendances réelles. 

«Il n’existe pas de données précises sur les gens qui cessent de consommer de l’alcool. En fait, sur une base populationnelle, c’est tout à fait négligeable : selon les toutes récentes mesures, entre 83% et 85% des Québécois âgés de 15 ans ou plus consomment, au moins occasionnellement, de l’alcool. Ça n’a pas bougé depuis 25 ans.»

En France, où la consommation était de loin supérieure à la nôtre, elle est aujourd’hui en baisse, alors que dans les pays d’Asie et d’Afrique, elle est en train de monter. «En Chine, il y a 25 ans, personne n’avait les moyens de boire», explique M. Sacy, évoquant des raisons économiques.

Chez nous, des campagnes comme le Défi 28 jours sans alcool de la Fondation Jean Lapointe, au mois de février, connaissent une certaine popularité (10 000 inscriptions en 2019). Mais le directeur général d’Éduc’alcool relativise : il ne s’est pas vendu moins de verres de vin le 14 février dans les restaurants, jour de la Saint-Valentin. 

Un autre indicateur du maintien de la consommation, les résultats de la SAQ ne démontrent aucune diminution des ventes d’alcool.


« Il n’existe pas de données précises sur les gens qui cessent de consommer de l’alcool. En fait, sur une base populationnelle, c’est tout à fait négligeable »
Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool

M. Sacy estime que nous vivons dans un monde où les extrêmes ont la cote et où les entre-deux ne l’ont pas. D’où l’attention accordée aux célébrités qui parlent de leur passage «tout à fait légitime» à l’abstinence, souvent en réponse à l’abus.

Il pense notamment aux artisans du milieu de la restauration, qui «goûtent un plat, puis une sauce, avec un petit verre à côté», et tout ce qui s’en suit. 

«Des gens se révoltent contre la consommation excessive et arrêtent de boire, c’est correct. Mais l’ampleur du phénomène ne se reflète pas encore dans les statistiques.»

La modération a bien meilleur goût

N’empêche, il demeure le premier à se réjouir si la population en général est plus sensibilisée à cet enjeu. Le rôle de son organisme est de viser non pas les extrêmes, mais le juste milieu, soit une consommation responsable.

M. Sacy rappelle d’ailleurs que des centaines de milliers de Québécois boivent avec modération. Les recommandations demeurent : les femmes devraient se limiter à deux verres d’alcool et les hommes, à trois, et pas tous les jours.

«Nous incitons les gens à alterner une boisson alcoolisée avec une boisson non alcoolisée, préférablement de l’eau.» Car l’alcool, même s’il est un liquide, déshydrate, bière et rosé inclus.

L’engouement pour les mocktails, ces boissons sans alcool, est aussi un très bon signe pour le directeur général. Le site alternalcool.com propose d’ailleurs plusieurs recettes.

Dans le réseau des CLSC, Éduc’alcool offre un programme de prévention, Alcochoix+, pour les gens qui perdent le contrôle de leur consommation, sans être alcooliques. Par exemple, les abonnés aux 5 à 7, par affaires ou pour le plaisir. «Ils suivent un parcours et des exercices qui les ramènent à l’intérieur des limites recommandées.» Entre 70 et 75% des participants se maintiennent au bout de sept ans.

Dans la province, 2,3% des consommateurs sont alcooliques, le plus bas taux au Canada. «Une bonne chose», même s’il ne faut pas minimiser le problème, insiste M. Sacy.

Parmi ces personnes qui ont été dépendantes, un nombre infinitésimal parvient à se modérer. «Dans leur cas, il est beaucoup plus prudent de leur dire: ne touchez plus à ça.»

Alcorexie

Si de plus en plus d’individus prônent l’abstinence sur diverses tribunes, d’autres tendances font leur lit et inquiètent les autorités. Le directeur général pointe la consommation des femmes qui tend à se rapprocher de celle des hommes, sans doute encouragée par les soirées où l’alcool est gratuit pour les filles dans les bars, par la multiplication de produits conçus pour plaire aux dames, par la pression sociale.

«Une très mauvaise nouvelle», dit-il, puisque l’alcool agit davantage sur les femmes que sur les hommes, pour des raisons purement biologiques.

M. Sacy ajoute à cela un phénomène peu connu, l’alcorexie des filles qui coupent sur la nourriture en prévision des calories ingérées en alcool durant la soirée.

Le combat est donc loin d’être fini.