Des balados racontent des crimes, des disparitions, des enquêtes journalistiques menées au Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis.

Six balados-thriller pour l’été

Notre journaliste judiciaire Isabelle Mathieu, lévisienne, marche tous les matins et tous les soirs entre la gare fluviale des traversiers et le palais de justice de Québec. Avec, dans les oreilles, des balados qui racontent des crimes, des disparitions, des enquêtes journalistiques menées au Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis. Voici ses suggestions, à temps pour la route des vacances. Et bienvenue dans un univers où la dépendance croit avec l’écoute!

Serial (États-Unis)

Mon préféré! La première saison de Serial date de l’automne 2014, mais n’a rien perdu de sa pertinence et de son impact. La journaliste Sarah Koenig nous raconte l’histoire d’Adnan Syed, jeune homme condamné en 1999 à Baltimore pour le meurtre de sa copine, Hae Min Lee. Le rythme est haletant, l’enrobage sonore efficace et le ton de Koenig absolument parfait. La journaliste ne cache rien de ses questionnements, de ses hésitations. Adnan peut-il avoir commis ce crime abject? Le processus journalistique devient aussi intéressant que les résultats de l’enquête. Je n’ai pas écouté la saison 2 de Serial, qui explore la vie d’un soldat américain, emprisonné cinq ans par les talibans. Par contre, j’ai dévoré la saison 3, qui se déroule au palais de justice de Cleveland. L’équipe de Sarah Koenig a obtenu la permission d’enregistrer absolument partout : en salle d’audience, dans les corridors, dans les ascenseurs, dans les bureaux d’avocats. Le résultat donne un portrait troublant et fascinant de la justice américaine, par ses causes «ordinaires». Pour écouter, c'est ici.

In The Dark (États-Unis)

Un autre incontournable. Dans la saison 1, l’excellente équipe d’American Public Media livre une enquête fouillée sur la disparition d’un jeune garçon et les ratés de l’enquête du bureau du shérif du comté de Stearns, au Minnesota. La saison 2 est encore plus forte, à mon avis, avec l’histoire de Curtis Flowers, cet homme noir du Mississippi qui a subi six procès pour avoir tué quatre personnes dans un magasin de meubles. Après chaque verdict de culpabilité, la plus haute cour de cet État du Sud a ordonné un nouveau procès, soulevant de graves irrégularités commises par le procureur du district, Doug Evans, un Blanc, qui écarte systématiquement les Afro-Américains de ses jurys. Les journalistes d’APM repassent minutieusement tous les éléments de preuve, dévoilant les écarts de conduite de la poursuite. La Cour suprême des États-Unis a été saisie récemment de l’affaire. La balado nous permet d’ailleurs d’entendre des débats captivants entre les juges de la plus haute cour des États-Unis et les avocats des parties.

Crime Beat (Canada)

La crime reporter Nancy Hixt de Global à Calgary revient sur les histoires qui l’ont le plus marquée durant ses 20 ans de carrière. Fillette martyre, exécution d’une jeune femme par un conjoint jaloux, gardienne enlevée et tuée; les sujets sont durs, mais racontés avec sensibilité et un enrobage sonore agréable. Un détail qui m’a agacée; la journaliste Hixt se place souvent elle-même comme un «personnage» dans ses histoires. Pas nécessaire; les acteurs des drames et les policiers qui ont enquêté suffisent amplement à garder notre intérêt.

Histoires d’enquête : L’affaire Jolivet (Québec)

La réputée journaliste judiciaire Isabelle Richer de Radio-Canada raconte un drame horrible, relativement oublié aujourd’hui; en novembre 1992, les cadavres de deux hommes et de deux jeunes femmes sont découverts dans un chic immeuble à condos de Brossard. Peut-être un règlement de comptes lié au trafic de drogue. Deux hommes, Daniel Jolivet et Paul-André St-Pierre, sont arrêtés. St-Pierre incrimine Jolivet en échange d’une peine réduite. Plus de 20 ans plus tard, Isabelle Richer va en prison, à la rencontre de Daniel Jolivet, qui continue de clamer son innocence. Un fond de rage contenue dans la voix, Jolivet explique ce qu’il a fait ce fameux jour de novembre et toutes les démarches qu’il multiplie avec ses avocates pour renverser le verdict de culpabilité. Avec cette balado en cinq épisodes, la journaliste nous livre ses réflexions sur la façon dont cette cause a été menée à l’époque, sur de possibles erreurs dans la divulgation de la preuve policière. Mais aussi sur sa vision du système de justice québécois, qu’elle observe depuis près de trois décennies. «Tout n’est pas blanc ou noir en justice, tout est plutôt gris», nous rappelle-t-elle.

Disparue (s) (Québec)

L’ex-policier maintenant auteur et animateur Stéphane Berthomet a eu un beau succès avec sa balado Disparue (s), traitant de la disparition d’une jeune femme de 34 ans, Marie-Paule Rochette, en 1953, et de la découverte, 10 mois plus tard, du corps d’une inconnue dans la rivière des Prairies, à Montréal. Les enquêtes sur la disparition de la jeune femme et la découverte du cadavre n’ont jamais abouti à l’époque. Berthomet mène sa propre investigation pour comprendre les liens entre les deux femmes et sur l’implication du conjoint de Marie-Paule Rochette, policier à la GRC, qui n’a jamais été inquiété, même s’il avait caché la disparition de sa femme. La balado est construite avec un rythme enlevant et des entrevues pertinentes. Un bémol; on passe beaucoup de temps à explorer les émotions vécues par Patricia Rochette, nièce de la disparue, qui voudrait tellement pouvoir conduire la dépouille de sa tante à son dernier repos. Deux ans avant la diffusion de la balado, notre chroniqueuse Mylène Moisan avait raconté l’histoire de Marie-Paule; Mylène participe d’ailleurs à Disparue (s).

Someone Knows Something (Canada)

Ma plus récente découverte, parmi les nombreuses baladodiffusions de la CBC. J’en suis à la toute première saison (il y en a cinq, joie!), qui traite de la disparition, en juin 1972, d’un garçon de cinq ans, Adrien McNaughton, alors qu’il participait à une excursion de pêche avec son père dans un lac de l’Est ontarien. Le documentariste David Ridgen, originaire de la même petite ville, revient sur le jour du drame avec la famille du disparu. Il nous amène aussi au cœur du travail des portraitistes qui peuvent créer l’image d’un adulte à partir de photo d’enfant disparu. La balado nous fait aussi suivre des bénévoles qui mènent de nouvelles recherches en forêt, avec leurs chiens entraînés à trouver des restes humains. Ridgen travaille avec délicatesse, pour ne pas brusquer cette famille, qui a déjà tant souffert. Excellent travail d’habillage sonore; on a l’impression de marcher sur les sentiers forestiers avec l’équipe et on pourrait presque toucher à l’eau du lac où le jeune Adrien repose peut-être (je n’ai pas terminé l’écoute, ne me dites pas!).