Serment d'une nouvelle médecin en soins palliatifs

Nous sommes à la fin de l’année. La période des Fêtes constitue pour moi une occasion de réflexion, d’amour et de partage. Cette année 2018 m’a ahurie et consternée de bien des façons, mais aujourd’hui, je dois vous entretenir d’un sujet délicat, voire tabou, pour dénoncer une situation intenable.

La mort. La vôtre, celle de vos proches. C’est Noël bientôt... Qui accompagnerez-vous dans cette ultime aventure? Est-ce que ce sera votre tour l’an prochain? À ce moment, je veux vous informer qu’il y a des gens dévoués, experts en soins de confort (soins palliatifs), pour aider, vous et vos proches.

Il y a tant de vie, à la fin. Médecin de famille, j’ai complété 12 mois de formation en soins palliatifs et fin de vie, ce novembre dernier. J’ai travaillé en médecine palliative à Québec depuis 2015, comme résidente. Je frise la trentaine, mais j’ai eu l’honneur de partager la fin de vie de plusieurs personnes. Avec mon expertise médicale, j’ai soulagé leurs symptômes, au mieux; au pire, le les ai accompagné, avec mon expertise humaine. J’ai soutenu et aidé des familles, mais aussi mes collègues infirmières, pharmaciens, médecins... C’est ce qui me passionne, me pousse à être la meilleure version de moi-même et ce que je veux faire tous les jours de ma carrière. Je suis généraliste, suivre mes patients durant leur vie quotidienne est ce pourquoi j’ai choisi d’étudier la médecine. Je le ferai avec diligence et professionnalisme. Et voilà que j’ai eu, tôt dans ma formation médicale, un coup de foudre pour les soins palliatifs!

De manière totalement hors de mon contrôle, depuis le début de ma formation, je suis en attente pour obtenir un poste pour pratiquer dans mon domaine, dans la ville de Québec, plus précisément à l’Hôtel-Dieu de Québec. Récemment, de la fermeture de sa clinique externe, à la lettre de la présidente de la Société des médecins de soins palliatifs du Québec, Dre Christiane Martel, en passant par le très touchant cri du coeur des infirmières pivot en oncologie, une crise humaine perdure, l’immobilisme pèse et atteint le droit fondamental des gens à recevoir des soins de qualité, à un moment de grande vulnérabilité.

Vous ne les entendrez pas très fort. L’ennui, c’est que ceux-ci et leurs familles n’ont pas la force d’aller dans les rues pour revendiquer un accès adéquat à des soins de fin de vie; ils sont en train de mourir. Littéralement.

Je suis originaire de la région de Québec; je suis établie ici. J’ai appliqué pour un poste en soins palliatifs en 2017; je fus refusée. J’applique au même poste cette année; je suis qualifiée, j’ai plusieurs lettres de recommandations, des évaluations positives, et je suis disponible dès janvier 2019, le mois prochain! Les chefs de département et directeur d’établissement à Québec connaissent mon intérêt, qui rencontre les besoins du milieu. Mais ils n’ont pas le pouvoir de m’engager, sont impuissants, le temps passe... Des patients, des familles souffrent.

Je suis nouvelle médecin; j’ai reçu le serment professionnel du Collège des médecins du Québec par la poste, dernièrement. La première ligne énonce: «J’affirme solennellement que je remplirai mes devoirs de médecin envers tous les patients avec conscience, loyauté et intégrité.» Pour respecter ce serment au moment même où je le signe, je me dois de parler pour vous, Québécois/es, parce que nous allons tous mourir. Je pense à la dignité et la paix que mes équipes, au travers de mes stages, ont pu offrir à plusieurs patients. Je veux travailler pour l’offrir à tous, près de chez moi. Qu’est-ce qui manque? Qu’un poste se crée, pour répondre à une crise avec compassion et professionnalisme.

Joyeuses Fêtes!

Lauréanne Goulet-Plamondon 

MD, finissante en médecine palliative à l’Université Laval