La mort de Montcalm

Qui était le marquis de Montcalm? Ni héros, ni zéro

Jusqu’aux années 1950, le marquis de Montcalm était un héros. Un martyr. Puis, le demi-dieu a été jeté en bas de son piédestal. Montcalm est devenu l’aristocrate borné. Le général complètement nul qui a perdu la bataille des plaines d’Abraham par sa faute. Mais voilà que des travaux récents, notamment ceux de l’historien Dave Noël, proposent une version plus nuancée du mal-aimé. Et si Montcalm était un homme plus ordinaire qu’on le croyait? Ni héros, ni zéro? Ou mi-héros, mi-zéro?

Québec, janvier 1759. La capitale de la Nouvelle-France a faim. Des réfugiés venus de l’Acadie en sont réduits à fouiller dans les poubelles. On prononce le mot «révolution». Quatre cents femmes manifestent devant le Palais de l’Intendant, en basse-ville. Elles réclament du pain. Pour les calmer, on promet de piger dans les réserves de l’armée, à Montréal.

La misère du peuple n’empêche pas la bonne société de s’empiffrer. Bals. Jeux de hasard. Banquets. Les Anglais seront aux portes de Québec en juin. Peut-être avant. Autant s’amuser avant qu’il ne soit trop tard. «On se divertit, on ne songe à rien [...]», écrit le marquis Louis-Joseph de Montcalm, qui dirige l’armée de la colonie. (1) 

Né dans le sud de la France, le marquis est un aristocrate. Un vrai. Il s’est déjà déplacé en... chaise à porteurs! Malgré tout, il s’explique mal la multitude de bals et de banquets somptueux, au moment où le pays crève de faim. Remarquez. Ça ne l’empêche pas d’en profiter. Monsieur est un habitué du salon de la belle Angélique Péan, sur la rue Saint-Louis. Il compare les plaisirs de l’endroit à ceux de plusieurs salons de Versailles.

On chuchote que Mme Péan est la maitresse de l’intendant François Bigot, qui sera plus tard accusé de fraude. Madame est surnommée la «sultane» et «la Pompadour du Canada», en référence à la favorite du roi Louis XV. L’intendant fait même construire à son Angélique chérie une voûte à l’abri des bombes. En Nouvelle-France, les autorités ont le sens des priorités.

Sauve-qui-peut?

Entre deux soirées galantes, Montcalm est pessimiste. Dans son Journal, il estime que la Nouvelle-France est «perdue». Avec le recul, des historiens iront jusqu’à suggérer qu’il est «déprimé». Voire «dépressif».

Le Marquis a le mal du pays. Son dos le fait souffrir. Il rêve de son château de Provence. Il s’ennuie de son épouse et de ses quatre filles, qu’il n’a pas vues depuis trois ans. En mai, Bougainville qui revient de France lui apprend la mort de l’une de ses filles. Sauf que le messager ne sait pas de laquelle il s’agit! (2)

Le marquis Louis-Joseph de Montcalm

Jour après jour, Montcalm constate le manque de vivres, de soldats, de poudre à canon. Le manque de temps, aussi. À la fonte des glaces, on se précipite pour améliorer les défenses de Québec. Mais il se fait tard. Selon Montcalm, les travaux auraient dû commencer «trois ans» auparavant.

Pour couronner le tout, les relations entre Montcalm et son supérieur, le gouverneur Vaudreuil, sont exécrables. Leurs divergences sont si connues, que même un journal de la «Nouvelle York» en a parlé. Chez l’ennemi! L’été précédent, malgré ses succès militaires, Montcalm en a eu ras le bol. Il a demandé son rappel en France. Avant de se raviser.

Trop de bouches à nourrir

Nos livres d’histoire se sont emparés de l’affaire. D’un côté, Vaudreuil, le natif du pays. De l’autre Montcalm, le petit aristocrate arrogant. Dans le coin droit, le «Canadien» audacieux, adepte de la guerre «à l’indienne». Dans le coin gauche, le Français amorphe, qui rêve de batailles rangées, comme en Europe.

Pourtant, selon l’historien Dave Noël, les documents d’époque ne confirment pas ces caricatures. «Vaudreuil est un administrateur plus qu’un militaire. Il n’a pas beaucoup d’expérience de combat. Quand à Montcalm, il connaît bien la «petite guerre», puisqu’il l’a pratiquée en Europe, puis en Amérique. Il n’hésite pas à s’en servir.» 

C’est vrai, Montcalm rage contre «l’indiscipline» des Canadiens. Ou contre le caractère «imprévisible» des «Indiens». Mais parions qu’il n’approuve pas les dernières railleries de Voltaire, publiées à Paris. Ça se lit comme suit: «Vous savez que (…) deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.» (3)

Méprisant, le général Montcalm? Peut-être. Mais que dire de l’intendant Bigot, qui préconise l’offensive à outrance? À un certain moment, Monsieur suggère de multiplier les attaques meurtrières sur les positions anglaises, pour réduire le nombre de bouches à nourrir… (4)

«Ils arrivent»

Le siège de Québec en 1759

Retour à Québec. En mai, quelques navires venus de France se faufilent jusqu’au port. La bonne nouvelle, c’est qu’ils amènent du ravitaillement. La mauvaise, c’est que la métropole n’envoie pas de flotte de secours. Il faudra se contenter de 300 soldats. «Quand le feu est à la maison, on ne s’occupe pas des écuries», a dit le ministre de la Marine.

À défaut de renforts, la France distribue les décorations. Montcalm est lieutenant-général. Il rayonne comme un écolier en culottes courtes qui aperçoit un bonhomme sourire sur sa copie parfaite. «Je puis n’avoir pas l’air de l’homme du jour en Canada, mais j’en ai l’air en Paris,» écrit-il à Bourlamaque. (5)

Les réjouissances ne durent pas. Le 24 mai, les premiers navires anglais sont signalés près de Rimouski. L’historien Jacques Lacoursière rapporte que la nouvelle est relayée à Québec grâce à un système de bûchers, sur le haut des collines. (6) La flotte anglaise remonte le fleuve. L’Île aux Coudres doit être évacuée. Puis, c’est au tour des 2 500 habitants de l’Île d’Orléans de prendre la fuite. (7)

À Québec, on se prépare aux combats de rue. Des barricades sont érigées sur la Côte de la Montagne. On perce des meurtrières dans les murs des maisons. Sur les 8 000 habitants, environ 5 000 ont trouvé refuge dans les régions de Trois-Rivières et de Montréal.

Pour empêcher les Anglais de débarquer, la ligne de défense s’étire sur 60 kilomètres, de la chute Montmorency à la rivière Jacques-Cartier. Montcalm se dit «effrayé» par son étendue. Mais les ordres du gouverneur Vaudreuil l’affolent davantage. Il conserve tous les messages écrits du gouverneur, pour se protéger. Juste au cas où les choses tournent mal.

350 bombes par jour

Les navires français coulés par la flotte britannique, à l'ancre devant Québec

Au début juillet, les Anglais s’installent à Lévis. Une position idéale pour bombarder Québec. En deux mois, 18 000 bombes et boulets s’abattent sur la ville. Environ 350 par jour! Les projectiles tombent aussi loin que la porte Saint-Jean. À lui seul, le Château Saint-Louis, sur le site de l’actuel Château Frontenac, est touché 500 fois.

Les bombes incendiaires allument des feux dévastateurs. Même les soldats anglais seront stupéfaits par les destructions. Un capitaine, John Knox, écrira: «(...) Le ravage est inconcevable. Les maisons restées debout sont toutes plus ou moins perforées par nos boulets. La ville basse est tellement en ruines qu’il est presque impossible de circuler dans les rues.»

Le pire est à venir. À partir du mois d’août, le commandant des troupes anglaises, James Wolfe, ordonne la destruction des campagnes. Sur la rive sud, environ 2 000 fermes sont pillées et brûlées, de Kamouraska à Deschambault. Sur la rive nord, les destructions s’étendent jusqu’à la Malbaie. Des dizaines de personnes sont massacrées. Scalpées. (7)

Autour de Wolfe, plusieurs officiers ne cachent pas leur malaise. La destruction des habitations et les violences contre des civils semblent contraire aux lois de la guerre.* Mais l’automne arrive. Les Anglais devra bientôt plier bagages. À défaut de conquérir la capitale, Wolfe veut mettre la colonie à genou.

Montcalm menant les troupes françaises lors de la bataille des Plaines d'Abraham

Le tout pour le tout

Avant de repartir, le général anglais veut tenter un grand coup. Il planifie d’abord un débarquement près de Saint-Augustin. Mais des pluies diluviennes le forcent à repousser le projet. Finalement, il décide d’escalader la falaise à l’Anse au Foulons, près de Québec. 

La manœuvre est risquée. Mais durant la nuit du 12 au 13 septembre, la chance lui sourit. La ville assiégée attend un convoi de vivres, qui doit longer la rive nord. Profitant de la confusion et d’une série de maladresses françaises, les Anglais débarquent. 

Au 19e siècle, plusieurs légendes tenteront d’expliquer l’inaction française au moment fatidique. La plus pittoresque concerne Louis-Antoine de Bougainville, qui commande des troupes basées à Cap-Rouge. À l’aube, Monsieur aurait tardé à réagir parce qu’il se trouvait chez sa maitresse, à Neuville…

Selon une autre idée reçue, Montcalm aurait passé la nuit à dormir comme une bébé. «Il y aura toujours des gens qui rêveront d’avoir gagné la bataille des Plaines d’Abraham, expliquait l’ancien premier ministre Jean Chrétien, en 1995. Moi aussi j’ai rêvé à ça, mais j’étais pas là pour réveiller Montcalm quand les Anglais sont arrivés en plein milieu de la nuit!» (8)

Le 13 septembre

Blessé, Montcalm est ramené à Québec

La réalité apparait plus brutale. Le 13 septembre, au petit matin, l’armée anglaise a pris position sur les plaines d’Abraham. Après avoir rassemblé ses troupes devant Québec, Montcalm doit choisir. Faut-il attaquer? Attendre les renforts de Cap rouge? Se retrancher derrière les fortifications de la ville, malgré leurs faiblesses? 

On a souvent estimé que Montcalm avait 10 000 soldats à sa disposition, contre 4 800 pour Wolfe. Au terme d’un calcul minutieux, l’historien Dave Noël obtient un total moins impressionnant. «Pour obtenir une supériorité numérique significative, le marquis [aurait dû] repousser son attaque en fin d’après-midi», écrit-il. (…) Sans pouvoir compenser la puissance de feu des artilleurs britanniques.

Durant des heures, les troupes de Montcalm attendent sous la mitraille anglaise. Rien n’indique que les troupes de Bougainville vont arriver. Le général français finit par douter qu’ils aient été prévenus. Il craint que les Anglais fortifient leurs positions. Il constate aussi qu’ils lui bloquent ses précieuses voies de ravitaillement.

«Montcalm n’a pas devant lui [un] vaste éventail de possibilités», écrit l’historien militaire Michael Boire. (9) En attaquant, M. Boire estime qu’il choisit l’option la «moins mauvaise». On connaît la suite. L’assaut est brisé par la puissance de feu anglaise. L’armée française se replie dans le plus grand désordre. Wolfe est mortellement blessé. Montcalm aussi.

Épilogue

La bataille des plaines d’Abraham se termine. Bientôt, la Nouvelle-France ne sera plus qu’un souvenir. Mais le combat autour de la mémoire du Montcalm ne fait que commencer. Au fil des ans, la mémoire du général connaitra des hauts et des bas. Comme les empires. Comme les stratégies militaires. Comme la définition de l’héroïsme. Plus tard, beaucoup plus tard, l’américain George Patton redéfinira même la guerre en ces termes: «Le but de la guerre n’est pas de mourir pour votre pays, mais de faire en sorte que le salopard d’en face meurt pour le sien».

Pas sûr que Montcalm aurait été d’accord.

* Ils auraient même constitué un «dossier» contre le général, pour remettre aux autorités militaires de Londres. La mort de Wolfe a mis fin à leur initiative.

La mort de Montcalm

Notes

(1) Le journal du marquis de Montcalm en Canada de 1756 à 1759, sous la direction de Roger Léger, Michel Brûlé, 2007 

(2) Dave Noël, Montcalm, général américain, Boréal, 2018.

(3) Voltaire, Candide ou L’Optimiste, Folio classique, 2015

(4) Dave Noël, Montcalm, général américain, Boréal, 2018.

(5) Lettre de Montcalm à Bourlamaque, 15 mai 1759.

(6) Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Tome 1: Des origines à 1791, Septentrion, 1995.

(7) Revisiting 1759, The Conquest of Canada in Historical Perspective, Edited by Phillip Buckner and John G. Reid,

(8) Yves Séguin rencontre Jean Chrétien, Les Affaire Plus, 1er juin 1995.

(9) Le marquis de Montcalm et la bataille de Québec. Septembre 1759: une réévaluation, Michael Boire, Forces, 20 juin 2006.


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MONTCALM: PÈRE DE LA NOUVELLE-FRANCE OU IMPÉRIALISTE ATTARDÉ?

Le marquis Louis-Joseph de Montcalm

Pendant longtemps, Montcalm a été considéré comme une sorte «père» de la Nouvelle-France, au même titre que Samuel de Champlain. Dans la haute-ville de Québec, la trace de son culte est encore présente partout. On pense au quartier Montcalm. Au Palais Montcalm. À la Place Montcalm. Sans oublier des statues sur la Grande Allée et sur la façade de l’Assemblée nationale.

À l’époque, Montcalm est associé à James Wolfe, le général anglais tombé au champ d’honneur, le même jour que lui. «Montcalm et Wolfe sont comme des jumeaux de l’histoire, explique l’historien Patrice Groulx. Comme Cain et Abel, dans la Bible. L’un des tout premiers monuments de Québec leur est d’ailleurs consacré, près de la terrasse Dufferin, en 1827.»

«La commémoration est toujours un acte politique, poursuit M. Groulx. À preuve, chacun peut choisir le Montcalm qui lui convient. Sur la façade de l’Assemblée nationale, vous remarquerez que la statue représente le Montcalm vainqueur de la bataille de Carillon, près du lac Champlain, en 1758. Pas le Montcalm perdant des plaines d’Abraham.»

Tout va changer à partir du milieu des années 1950. Montcalm est présenté comme le prototype même de l’officier colonial. L’historien Guy Frégault le décrit même comme «un impérialiste attardé». Le marquis est devenu le mauvais stratège qui a perdu la bataille de Plaines. Le nigaud qui voulait se couvrir de gloire en précipitant l’attaque, plutôt que d’attendre les renforts.

C’est ce qui s’appelle tomber bas. Très bas.

Wolfe

Héros de l’Empire ou criminel de guerre?

Au début, le général Wolfe est célébré comme un héros de l’Empire. Un brave. Un intouchable. Monsieur Parfait. Dans les années qui suivent la bataille des Plaines, ses adjoints essayent en vain d’attirer l’attention sur ses décisions moins glorieuses. Peine perdue. Londres ferme les yeux sur ses ordres les plus cruels, qui seraient aujourd’hui assimilés à des crimes de guerre.

Le temps passe. Avec le déclin de l’Empire britannique, le rôle du général est réévalué à la baisse. Soudain, des stratèges militaires reviennent sur son débarquement à l’Anse aux Foulons. Certains lui reprochent de ne pas l’avoir tenté dès le début. D’autres estiment qu’il s’agissait d’une manœuvre folle. Trop risquée.

Les violences contre les civils attirent aussi l’attention. Wolfe n’a pas suivi les lois de la guerre. Peu importe s’il s’agissait de représailles pour les raids sanglants menés en Nouvelle-Angleterre par les Français et leurs alliés autochtones. 

Dès les années 1930, le héros anglais des Plaines d’Abraham est tombé en disgrâce. Son adversaire Montcalm ne tardera pas à le rejoindre.

«La Mort du général Wolfe», huile sur toile de Benjamin West, 1770
La mort du général Wolfe lors du siège de Québec
«Au moment où la victoire lui était assurée, Wolfe reçoit ici une blessure mortelle et fut transporté à l'arrière, où il mourut victorieux. Le 13 septembre 1759»

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OÙ SONT SITUÉS LES LIEUX CITÉS?

— Le célèbre salon de Mme Péan où Montcalm et la bonne société venaient s’amuser? La maison du 59, rue Saint-Louis.

— Le lieu de l’affrontement principal, le 13 septembre 1759? Entre l’avenue Cartier et l’avenue de Salaberry, au sud du boulevard René Lévesque.

— L’arrivée des renforts dirigés par Bougainville, en milieu de journée? Sur le Chemin Sainte-Foy, environ à la hauteur du parc des Braves.

— L’endroit où les troupes de Wolfe ont escaladé la falaise? L’Anse aux Foulons.

— La maison où Montcalm habitait, en 1759? La maison Montcalm, 45 à 51, rue des Remparts. 

Anse au Foulon

La Capitale

La rectrice de l'Université Laval lance un appel à sauver Le Soleil [VIDÉO]

«Très préoccupée», la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, demande au monde des affaires de venir en aide à la presse locale en difficulté.

«On est dans un horizon de temps très serré», a observé Mme D’Amours jeudi. La veille, le délai qu’il reste pour sauver le Groupe Capitales Médias auquel appartient Le Soleil avait été divulgué : le syndic se présentera devant un juge dans 47 jours afin de déposer les offres reçues pour la relance, s’il y en a.

«On n’est pas dans la recherche d’une solution scientifique», poursuit Mme D’Amours. «On est dans un moment serré.» 

Les penseurs de l’Université pourront certes être mis à contribution pour évaluer les modèles d’avenir pour les médias, dit-elle. Mais il faudra avant éviter leur naufrage. «J’appelle tous ceux qui ont la capacité de donner de l’air, de donner le temps, de le faire. […] Tous ceux qui sont dans l’univers économique et qui peuvent appuyer nos médias, nos médias régionaux.»

«On a besoin de cette présence médiatique régionale», insiste la rectrice. «Chez nous, à Québec, on en a besoin, c’est nécessaire.»

«Oui je suis très préoccupée et je souhaite qu’on maintienne au Québec des communications de proximité régionales diversifiées. C’est nécessaire pour la démocratie.»

«Du point de vue de la connaissance — parce que ça, c’est mon domaine —, il faut qu’on puisse partager les faits, la connaissance. Le travail journalistique est fondamental et il s’actualise, il se définit dans chaque région du monde.»

Musique

Céline Dion rayonne à Québec [PHOTOS]

CRITIQUE / Tout juste sortie d’une résidence de spectacles à Las Vegas qui aura duré 16 ans et trois ans après son dernier passage au Centre Vidéotron, une Céline Dion rayonnante a lancé mercredi à Québec sa tournée mondiale «Courage», la première entièrement conçue sans son grand complice, René Angélil, décédé au début 2016.

«C’est la première fois que je m’implique autant dans la création d’un spectacle. Avant, j’avais un partenaire qui était pas pire là-dedans. Ce soir, j’aimerais tellement ça qu’il soit fier de moi et de toute l’équipe autour», a déclaré la vedette. Celle-ci s’est avouée nerveuse et s’est souvent montrée émue lors de cette première, présentée après deux semaines de répétitions à l’amphithéâtre, aussi bondé qu’enthousiaste pour ce nouveau rendez-vous. 

«C’est presque devenu une tradition de commencer une tournée ici. Ce n’est pas vraiment une superstition, c’est parce que ça commence bien! On a vécu ensemble de grandes émotions et de beaux souvenirs. Je ne sais pas vous autres, mais moi, ils sont toujours présents ici», a aussi confié la diva en montrant son cœur. 

Avec trois nouveaux extraits de l’album Courage attendu le 15 novembre dévoilés le matin même — dont Lying Down et la pièce-titre (victime d’un faux départ mercredi soir) —, Céline Dion avait du neuf à offrir à ses fans. En français et en anglais, elle n’a pas non plus été avare de ses succès. Bien loin de là. 

Dans une forme éclatante (la vidéo nous montrant ses prouesses de ballerine a de quoi impressionner), la chanteuse a offert une prestation vocale sans faille. Si le sportif «anymore!» du succès All By Myself s’est mérité une assourdissante ovation, l’ensemble du programme de près de deux heures et construit en multiples facettes a de nouveau prouvé à quel point Céline est une pro et combien la machine scénique sur laquelle elle règne (14 musiciens et trois choristes sous la direction de Scott Price) peut s’avérer redoutable. Qu’on adhère ou pas au personnage ou à son répertoire, il faut une bonne dose de mauvaise foi pour le nier.

Tantôt solennelle (dans Encore un soir, S’il suffisait d’aimer ou L’amour existe encore, où les cordes ont été mises à contribution), tantôt enlevante (avec I’m Alive, qui rate rarement son effet ou cette Regarde moi bien cuivrée), tantôt plus sensuelle (dans la bien nommée Tous les blues sont écrits pour toi), tantôt party animal (dans un medley dansant incluant la nouvelle Flying on My Own à un bouquet de reprises, dont Another One Bites the Dust de Queen et Kiss de Prince), Céline n’a pas ménagé ses munitions. Rien pour décevoir ses admirateurs, qui se sont manifestés de bruyante manière. 

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La Capitale

Des proprios Airbnb de Québec contestent leurs amendes

EXCLUSIF / Des propriétaires poursuivis par la Ville de Québec pour avoir loué des appartements sur Airbnb se sont regroupés pour riposter en cour municipale, mercredi. Ils soutiennent notamment qu’une annonce ne suffit pas à prouver que des touristes ont été hébergés illégalement.

D’habitude, les propriétaires épinglés par la Ville se défendent individuellement. Mais cette fois, trois personnes et deux entreprises contestent ensemble 18 constats d’infraction qui totalisent 22 000 $ (une contravention coûte 1000 $ pour un individu et 2000 $ pour une entreprise). 

Mercredi matin, dans une salle de cour de Charlesbourg, l’avocate qui représente les défendeurs, Me Myriam Asselin, s’est notamment attaquée à la légalité du règlement municipal qui interdit aux propriétaires d’offrir une résidence touristique dans les endroits où le zonage ne le permet pas.

«Si on a gain de cause, la Ville pourrait devoir modifier son règlement de zonage et revoir toute sa façon de faire en matière d’inspection pour les usages de résidence de tourisme», a souligné Me Asselin, du cabinet Tremblay Bois avocats, en marge du procès. 

La Ville et la défense ont accepté que le sort d’une des infractions reprochées à un des propriétaires soit applicable aux 18 constats.

«dossier type» 

Le «dossier type» retenu est celui de François-Xavier Ratté, qui possède entre autres un immeuble sur la rue Hermine, dans le quartier Saint-Sauveur. M. Ratté a reçu une contravention pour avoir, le 29 janvier 2018, loué illégalement un appartement à des touristes. 

Le zonage prévu dans le secteur de son immeuble interdit effectivement les «résidences de tourisme», qui comprennent les établissements qui «offrent de manière publique, pour une période n’excédant pas 31 jours, une ou des unités d’hébergement en location à des touristes».

La défense ne conteste pas que M. Ratté ait fait une offre de location de moins de 31 jours. Mais Me Asselin a fait valoir que la Ville outrepasse ses pouvoirs en régissant l’offre (les annonces), alors qu’elle est censée régir l’usage (la location). 

Recherche et visite

La défense demande donc que la Ville ne puisse pas s’appuyer sur son règlement pour poursuivre François-Xavier Ratté et ses codéfendeurs, Mathieu Champagne, Vincent Clément-Gratton, le Groupe Serein immobilier et une compagnie à numéro. 

À défaut de l’être, la Cour devrait «minimalement conclure» que la preuve présentée par la poursuite ne démontre pas hors de tout doute raisonnable que les propriétaires qui ont mis une annonce Airbnb ont effectivement loué un logement à des touristes, soutient la défense. 

La Ville admet que ses inspecteurs bâtissent leur preuve contre les propriétaires en vérifiant les annonces sur Internet dans un premier temps. Puis, lors d’une visite postérieure, ils prennent des photos dans l’immeuble pour s’assurer que l’annonce correspond à l’unité d’hébergement. Les inspecteurs ne constatent pas la présence de touristes sur place à la date de l’infraction reprochée. Et la Ville ne fait pas témoigner les voisins en cour. 

«On tourne en rond»

Mais pour la procureure de la Ville de Québec, Évelyne Julien, la municipalité n’a pas à faire la démonstration qu’il y a eu une location effective. 

L’annonce de François-Xavier Ratté prouvait amplement sa culpabilité, a-t-elle fait valoir. Son calendrier de location était complètement ouvert pendant trois mois, a-t-elle noté. 

«Il n’y a pas d’autre usage qui est fait dans cet établissement que Airbnb», a dit Me Julien. «La défense n’a présenté aucune preuve qu’il y avait un autre usage», a-t-elle ajouté. «On tourne en rond.»

La juge Sabrina Grand se penchera sur les arguments de deux parties et rendra son jugement le 4 novembre

Chronique

Croisières à Québec: pollution, point de saturation touristique et consultation douteuse

CHRONIQUE / Les navires de croisière qui s’arrêtent chaque automne au Port de Québec laissent tourner leurs moteurs 24 heures sur 24 pour répondre aux besoins énergétiques de ces véritables «villes flottantes».

Cela peut sembler inquiétant lorsqu’on découvre qu’une quinzaine de ces navires sont dénoncés comme étant parmi les plus polluants de leur industrie par des organismes de surveillance européens.

De grands médias comme The Guardian, USA Today, CNN ou Forbes ont fait échos ces dernières années aux palmarès de Friends of the Earth ou de Nature and biodiversity Conservation Union. 

La méthodologie de ces études est parfois contestée par les lignes de croisières, mais il est un fait avéré que ces navires rejettent dans l’air des particules polluantes. Sans parler de la gestion souvent déficiente des eaux grises ou usées. 

La réalité des croisières dans le Saint-Laurent est heureusement moins alarmante que celle décrite dans les ports européens. Du moins en théorie, car Transports Canada, malgré mes demandes répétées, refuse de dire si des inspections et suivis sont faits sur les navires de croisière. 

Depuis 2015, ceux-ci doivent respecter une norme de 0,1 % sur les émissions de soufre (norme ECA pour Emissions Control Area). Ces normes sont beaucoup plus sévères que celles en vigueur ailleurs dans le monde (3,5 %). 

Outre le Canada, la norme ECA est appliquée uniquement sur la côte Ouest américaine, dans la Mer du Nord et en Alaska.

Pour se conformer à cette norme, les navires qui entrent en eaux canadiennes doivent changer de combustible. Cela implique des manœuvres techniques et des coûts additionnels, le carburant «propre» coûtant plus cher. 

Ces normes sont-elles respectées? 

Les amendes sont fortes et «il n’y a pas de fly by night [voyou] qui a envie de jouer avec ça», croit le pdg du Port de Québec, Mario Girard. 

Cela semble rassurant, mais le Port de Québec ne peut jurer de rien. La surveillance incombe à Transports Canada qui ne lui rend pas de compte ni sur ses inspections, ni sur les résultats de celles-ci.

Ce qu’on sait cependant, c’est que même si les normes étaient suivies, des particules nocives continuent d’être rejetées par les navires de croisière en mouvement et à quai. 

Préoccupés par ces émissions, les gouvernements d’Ottawa et de Québec ont consenti en 2015 une aide de 10 millions $ pour doter le quai de la Pointe-à-Carcy (quai 22) d’un système d’alimentation électrique (shore power). Le Port devait fournir les 3,4 millions $ restants.

Un tel système permet de se brancher à quai et d’éteindre les moteurs pendant les escales. Le Port devait fournir les 3,4 millions $ restant pour compléter le montage financier.

Le pdg du Port de Québec, Mario Girard, avait à l’époque applaudi ce «geste de leadership environnemental». Cela «s’inscrit parfaitement dans la vision de développement durable» et va «réduire les émissions de gaz à effet de serre», s’était-il réjoui. 

Le Port de Québec n’a cependant jamais donné suite au projet qui a depuis été abandonné. 

M. Girard invoque aujourd’hui le bénéfice «insignifiant» du projet.

Pressée de s’autoapplaudir, l’administration portuaire avait juste oublié de faire l’analyse de son marché avant se réjouir publiquement. 

À peine quelques-uns des navires qui viennent à Québec sont pourvus de l’équipement de branchement. Cela représente seulement 1 % du temps à quai, évalue-t-il.

Le Port évoque aussi une difficulté logistique à garer les navires électriques au quai 22, la priorité devant être donnée aux navires en embarquement et en débarquement. 

Les marées posent aussi des contraintes. Un navire ne pourrait pas toujours être garé dans le bon sens pour pouvoir être branché. Sans compter que l’équipement à quai a la taille d’un autobus, ce qui est encombrant. 

Mais c’est surtout que l’industrie des croisières «ne s’en allait pas là», dit avoir constaté M. Girard. À l’époque, l’industrie misait plutôt sur les filtres (scrubbers) pour réduire les émissions polluantes. Le Port a ensuite perçu que la tendance allait vers les navires propulsés par du gaz naturel liquéfié (GNL), moins polluant que le diesel actuel.

Québec s’est alors doté d’une installation mobile pour pouvoir approvisionner les navires en GNL. 

Cela paraît bien, mais la réalité est qu’aucun des navires de croisière qui remontent le Saint-Laurent, ces années-ci, n’est propulsé au GNL. Pour l’heure, seuls des navires du Groupe Desgagnés utilisent ce service.

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Un rapport de l’Association internationale des lignes de croisière (CLIA) produit en août 2018 annonce une tendance vers le branchement électrique des nouveaux navires :

50 des 56 navires alors en commande (89 %) en seront pourvus ou sont dessinés pour pouvoir en accueillir. 

Cela va s’ajouter aux 55 navires qui en sont déjà équipés et à 11 autres qui prévoient le faire. À terme, c’est plus de 40 % de la flotte qui aura fait un pas vers les branchements à quai.

Cela ne veut pas dire que ces navires prendront la route du Saint-Laurent, mais il est difficile de nier l’intérêt. M. Girard dit ne pas exclure de revenir à un projet de branchement électrique si cette tendance se concrétise.

En attendant, le Port de Québec se retrouve au même point qu’en 2015 à regarder tourner les moteurs des navires de croisières en essayant de comprendre où s’en va l’industrie. 

Cela ne nous étonne qu’à moitié d’une organisation qui depuis des années, donne l’impression de naviguer à vue au gré des humeurs du moment de l’industrie maritime. 

On l’a vu avec les silos qu’il pressait de construire sur le boulevard Champlain et qui sont restés vides des années; puis pour le projet de nouveau quai dont la vocation et la justification n’a cessé de changer. Aujourd’hui avec l’électrification sur les quais. 

Malgré les explications données, le Port de Québec est manifestement à la traîne quant aux efforts d’électrification qu’on observe ailleurs dans les transports collectifs. 

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Contrairement à Québec, le Port de Montréal a fait le choix de profiter des subventions offertes en 2015 pour se doter d’un système d’alimentation électrique à quai. 

La réalité des deux ports est cependant différente, l’installation électrique de Montréal ne servant pas seulement aux navires de croisières, mais aussi à des navires en «hivernation».

N’empêche que depuis 2017, les navires de croisières peuvent s’y brancher. Lors de ses neuf visites à Montréal cet été-là, le Veendam a utilisé le système, ce qui a représenté 17 % des escales de croisières de la saison dans la métropole. 

La Capitale

Grand élan d’amour pour Le Soleil [VIDÉOS]

Tout Québec était présent mercredi soir pour soutenir le quotidien centenaire de la capitale. Plus de 200 personnes, dont des élus, des journalistes, des employés du Soleil, des lecteurs, et des gens d’affaires, s’étaient donné rendez-vous à l’événement organisé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) section Québec aux Salons d’Edgar dans Saint-Roch.

Si certains ont pu croire que l’annonce du 19 août sonnait le glas du Soleil, on a pu voir mercredi soir qu’il n’était pas question de baisser les bras. «Ce qui nous tient tous unis dans la tourmente : fabriquer un journal tous les jours pour nos lecteurs. Et garder haut et fort le désir de continuer à raconter des histoires d’ici, de Québec, notre ville, pour longtemps encore», a souligné la rédactrice en chef, Valérie Gaudreau.

Alimentation

Près du tiers de nos calories viennent d'aliments peu nutritifs

Chips, pâtisserie, alcool et compagnie : les Québécois tirent près de 30 % de leurs calories d’«aliments à faible valeur nutritive», d’après une étude récente de l’Université Laval parue dans le «Nutrition Journal». Avec les conséquences que l’on devine sur le poids et le tour de taille.

«C’est une réalité : on est poussé vers ça par nos styles de vie, on est bousculé par le temps, on ne cuisine plus, on mange plus vite, etc. Ce n’est pas juste l’individu qui décide de mal manger le matin, c’est un effet de société», analyse le chercheur en nutrition de l’UL et auteur «sénior» de l’étude, Benoît Lamarche.

Celui-ci et ses collègues ont suivi plus de 1100 personnes du Québec pendant 21 jours, au cours desquels elles ont dû remplir à trois reprises des questionnaires détaillés sur ce qu’elles avaient mangé la veille. Les chercheurs ont ensuite établi des seuils à partir desquels des aliments étaient considérés comme «à faible valeur nutritive» — très riches en gras saturés/trans, par exemple, ou en sucre, ou en sodium, ou une combinaison.

Ils ont ensuite calculé combien de calories ces aliments peu nutritifs contenaient et ont conclu qu’ils représentaient 29 % de toutes l’apport énergétique total consommés chaque jour. «Cette étude-là est un suivi d’une autre publiée plus tôt cette année, dans laquelle la même cohorte avait obtenu des scores alimentaires assez faibles. Et là, on explique en partie pourquoi : c’est parce que beaucoup de leurs calories viennent d’aliment qui n’ont pas de valeur nutritive, ou presque», explique M. Lamarche.

En tout, environ 700 calories (kcal) par jour provenaient de ces aliments «pauvres». Or pour chaque tranche de 250 kcal, l'indice de masse corporel augmentait de 1,7 et le tour de taille de 0,6 cm. Cela avait également un effet négatif sur le cholestérol sanguin.

Il est difficile de dire si ces 29% sont pires ou moins pires que ce qui se passe ailleurs en Occident, dit-il, puisque la catégorie «faiblement nutritif» n’est pas définie de la même manière par tous. Mais des résultats préliminaires font croire à M. Lamarche que c’est proche de la moyenne canadienne.

Fait intéressant, l’études a examiné dans le détail d’où provenaient toutes ces «calories vides», comme on les appelle. Hormis une catégorie «sources variées» (condiments, fritures, suppléments, etc.) qui représente 22 % de ces aliments peu nutritifs, ce sont les pâtisseries (gâteau, biscuits, beignes, etc.) qui forment le groupe le plus important, avec 18 % des «calories vides». Viennent ensuite les alcools (15 %), les sucreries (friandises, chocolat, sirops, etc. : 13 %), ainsi que les chips et le pop-corn (6 %).

Fait intéressant, les boissons gazeuses, qui occupent une grande place dans le débat public sur l’obésité, ne semblent pas être une cause aussi importante qu’on le croit. Elle ne représentent en effet que 6 % de nos calories vides, d’après l’étude de M. Lamarche.

Actualités

Guy Biéler: vie et mort d’un James Bond québécois

Il y a 75 ans, le 5 septembre 1944, l’espion Guy Biéler est fusillé par les nazis. En deux ans au service secret de Sa Majesté, le «commandant Guy» est entré dans la légende. Il est même possible que les exploits de ce Québécois d’adoption ait inspiré Ian Flemming, le créateur de James Bond. Voici son incroyable histoire.

18 novembre 1942. La carrière d’espion de Guy Biéler vient près de se terminer avant même d’avoir commencé. Durant la nuit, un avion parti d’Angleterre le parachute au sud de Paris, au milieu de la France occupée par les nazis. Sauf que le pilote a perdu sa route. L’espion Biéler et ses deux compagnons sont largués au dessus d’une zone boisée, à une vingtaine de kilomètres de la cible. 

Les parachutistes sautent à basse altitude, pour diminuer le risque d’être repérés. Impossible de manœuvrer. Biéler a juste le temps de se recroqueviller pour éviter de s’empaler sur un arbre. Le choc est terrible. Le parachute se ratatine. Pour finir, l’agent secret atterrit sur des rochers, qui lui brisent plusieurs vertèbres.

Les deux compagnons de Biéler ont eu plus de chance. Au début, ils veulent l’abandonner sur place. À quoi bon s’encombrer d’un paralytique? Un avion pourrait peut-être le récupérer? Contre toute attente, le blessé réussit à se mettre debout. Au prix d’efforts surhumains, il marche plusieurs kilomètres pour s’embarquer à bord d’un train vers Paris. Lors des contrôles, on répète que Biéler est tombé d’un toit et qu’il se rend en ville pour consulter un spécialiste. Une couverture idéale. (1)

Reste que la mission commence mal. Très mal.

«Mettre le feu à l’Europe»

C’est entendu. Il faut être un peu fou pour s’enrôler au Special Operations Executive (SOE), l’organisation britannique chargée des missions de sabotage au cœur de l’Europe nazie. La légende veut que la «Direction» ait vu le jour durant le blitz, à l’été 1940, alors des centaines d’avions allemands bombardent Londres. Ivre de rage, le premier ministre Winston Churchill lui aurait donné un ordre sans équivoque: «mettre le feu à l’Europe». (2)

Sur le terrain, le travail d’un espion du SOE est dangereux. Quasiment suicidaire. Dès le début, on lui explique qu’il a une chance sur deux d’y rester. Dans la France occupée, la longévité moyenne d’un opérateur radio tourne autour de six semaines... (3) Les émissions ont toujours lieu aux mêmes heures, ce qui les rend vulnérables aux systèmes de détection de la Gestapo, la police secrète.

En cas de capture, l’agent sait qu’il n’y aura pas de pitié. Il peut gober la pilule de cyanure cachée dans le talon creux de sa chaussure. Sinon, il doit résister à la torture durant au moins 48 heures, le temps que ses compagnons se mettent à l’abri. Facile à dire. Souvent, les bourreaux lui coupent la première jointure des doigts. Les femmes font l’objet d’une cruauté particulière. Il n’est pas rare qu’elles aient un sein tranché… (4)

Malgré tout, les volontaires ne manquent pas. Et l’écho des exploits du SOE, dirigé par un certain Maurice Buckmaster (5), finissent par se rendre jusqu’aux oreilles d’Adolf Hitler lui-même. «Lorsque je serai maître de Londres, je ne sais pas qui je ferai pendre en premier. Winston Churchill ou ce Buckmaster,» aurait dit le Furher. (6)

François Bourque

Jean-Paul L’Allier: ​«Faire toujours plus de ce que l’on fait de mieux»

CHRONIQUE / Jean-Paul L’Allier était homme de parole qui ne s’astreignait pas beaucoup à écrire.

Du temps de sa vie publique, il n’avait jamais de texte écrit pour ses discours et conférences. Quelques notes sur papier lui suffisaient. 

Sa conjointe Johanne Mongeau aura mis huit ans à le convaincre d’écrire ses mémoires après qu’il ait quitté la mairie. M. L’Allier s’y est attaqué en 2013 et avait accéléré le rythme en 2015. Mais il n’écrivait rien ou presque. 

M. L’Allier préférait dicter. Cela donne une forme et un ton assez inédits. «Intimiste, naturel et très émouvant», a perçu Mme Mongeau, en découvrant le texte. 

Magnétophone ou BlackBerry à la main, M. L’Allier a ainsi navigué dans son bureau, lisant et commentant à voix haute les papiers, carnets de notes et manuscrits parfois inédits empilés en désordre apparent sur de grandes tables pliantes. 

«Ma mémoire est un bordel, mais je sais où sont mes affaires», s’amuse-t-il dans une note d’avant-propos rédigée le 20 novembre 2015. On aurait pu dire la même chose de son bureau, confirme Mme Mongeau. 

Les trois quarts des chapitres étaient prêts pour publication au moment de son décès, le 5 janvier 2016. 

D’autres étaient en chantier. L’équivalent d’une cinquantaine de pages était encore sur des cassettes qui seront transcrites après sa mort. On ne saura pas si M. L’Allier aurait aimé en retoucher la forme avant publication, mais l’essentiel y est.

À la suggestion de l’éditeur, l’historien Gilles Gallichan, voisin de M. L’Allier à l’Île d’Orléans, a accepté de reprendre le travail et de le mener à terme. 

Il a continué à rassembler et trier des documents, vérifier des faits, choisir des contenus. Il y a inséré des extraits de chroniques publiées par M. L’Allier dans les années 1980 (Le Devoir) et ajouté des éléments de contexte.

On retrouve aussi de larges extraits d’une entrevue à Bruno Savard de Radio-Canada, le 11 octobre 2015, qui en raison de la date, est un peu devenue le testament politique de Jean-Paul L’Allier. 

Le Relais. Mémoires inachevés est publié cette semaine chez Septentrion. M. L’Allier en avait lui-même choisi le titre. 

«Le Relais, c’est le mot qui, à mes yeux, décrit le mieux mon engagement», explique-t-il en avant-propos, citant le sens ancien du mot inscrit au dictionnaire : «Autrefois, chevaux frais placés de distance en distance sur une route de poste pour remplacer les chevaux fatigués.»

Gilles Gallichan a trouvé utile d’ajouter cette explication dans sa note préliminaire. 

«Il a choisi ce titre pour que ses héritiers, que nous sommes tous, poursuivent plus avant ce qu’une seule vie ne peut accomplir, fut-elle active et pleinement remplie comme la sienne. L’œuvre d’une vie ne prend son sens que si d’autres, après soi, s’emparent du témoin et poursuivent le travail commencé et jamais achevé.»

 ***

Jean-Paul L’Allier n’avait pas le projet d’une autobiographie ni l’ambition d’écrire un livre d’histoire. «Les situations décrites n’ont rien d’un effort d’archives», prévient-il. 

Ce qu’il a souhaité, c’était de partager ses analyses et souvenirs d’événements vécus, teintés par ses «perceptions, préjugés, rêves et aspirations successives». 

«J’ai voulu écrire, laisser quelque chose. Pour qui? Pour moi, par orgueil et parce que j’ai vécu heureux», précise-t-il dans une note tardive [novembre 2015] un peu énigmatique, en ce qu’elle détonne de l’idée de partage qui anime le reste de l’ouvrage. 

Théâtre

«Les sept branches de la rivière Ota»: un flot majestueux

CRITIQUE / L’atmosphère était chargée d’électricité pour la première représentation des «Sept branches de la rivière Ota». Parce que la reprise de la création collective, née il y a 25 ans et devenue culte, inaugurait le théâtre Diamant, au cœur du Vieux-Québec. Les spectateurs présents ont eu droit à un moment magique, hors du temps, qui marque l’esprit autant que le cœur. Un véritable triomphe pour Robert Lepage, la distribution et tous les artisans.

La nouvelle salle d’un peu plus de 600 places était comble pour cette pièce de sept heures, en sept actes — d’où le titre qui évoque les tributaires de la rivière qui baigne la ville d’Hiroshima, au Japon.

Le récit choral démarre d’ailleurs là, en 1945, quelque temps après l’explosion de la bombe atomique lancée par les États-Unis pour clore la Seconde Guerre mondiale. Un photographe de l’armée américaine, chargé d’y documenter les ravages de la déflagration nucléaire, y fait la rencontre d’une femme irradiée. Leur brève liaison aura des implications sur la suite des choses.

C’est aussi un bon prétexte pour explorer la quête de sens qui s’y déploie tout au long de la représentation : mémoire (à la fois personnelle et universelle), famille, mort, résilience, renaissance...

Science

Six trucs pour amener votre enfant à parler de sa journée

LA SCIENCE DANS SES MOTS / «Comment s'est passée ta journée à l'école?» «Bien.» Cela vous dit quelque chose ? C'est la réponse appréhendée à une question bien intentionnée que tout parent pourrait poser. Cette réponse donnée machinalement suggère que l'enfant limite l'information qu'il partage avec ses parents, ou qu'il n'en donne plus du tout, au sujet de sa journée à l'école.

Lorsque les parents entendent «bien», ils peuvent réagir de différentes façons. Certains peuvent chercher à obtenir plus d'information en posant plus de questions. Cependant, la recherche a montré que poser trop de questions peut sembler envahissant, en particulier pour les adolescents.

D'autres parents peuvent cesser de poser des questions parce qu'ils en ont assez d'entendre la même réponse. Cependant, la recherche a montré que les enfants qui perçoivent un faible intérêt de la part de leurs parents ont davantage de problèmes de santé mentale et de comportement.

Par conséquent, les parents peuvent se sentir découragés. Comment peuvent-ils amener leurs enfants à parler de leur journée sans les irriter ou les amener à se refermer davantage ?

À chaque âge ses questions

À tous les âges, des études ont révélé que la communication parentale peut protéger contre une faible estime de soi et un mauvais rendement scolaire. Une forte participation des parents peut aussi avoir une influence positive sur la participation des enfants à l'école, leurs objectifs éducatifs et leurs résultats. Et notamment, une communication positive peut renforcer le lien d'attachement entre parents et enfants.

Mais comme tous les aspects du développement, les compétences en communication se développent avec le temps.

Du concret pour les tout-petits

De la maternelle à la 1ère année, les conversations avec les jeunes enfants à l'école tournent généralement autour de sujets reliés à l'école, aux nouvelles amitiés ou aux expériences concrètes. Par exemple, un jeune enfant pourrait vouloir partager l'information suivante : «J'ai joué sur les barres de singe à la récréation !»

Vous pouvez aller plus loin avec votre jeune enfant en lui faisant décrire ses expériences. Par exemple, «J'ai vu que Justin a pris ton jouet aujourd'hui. Qu'est-ce que ça t'a fait ?» Il peut aussi être utile de l'aider à mettre des mots sur ses émotions, en verbalisant ce que vous remarquez, par exemple :

«On dirait que tu étais en colère parce que Justin a pris ton jouet.»

Parler des amis

De la 2e à la 3e année, les amitiés deviennent de plus en plus importantes pour les enfants. Ils peuvent être plus intéressés à parler de leurs nouvelles relations avec leurs pairs qu'à parler de leurs travaux scolaires. Essayez de montrer de l'intérêt en posant des questions sur leurs amis, par exemple :

«Parle-moi de tes amis. Qu'est-ce qu'ils aiment faire à la récréation ?»

Dévier la question

De la 4e à la 5e année, les enfants pourraient commencer à considérer vos questions comme des demandes, ce qui réduirait davantage le partage d'information. Il peut être plus facile d'aborder les sujets qui vous intéressent en faisant dévier les questions sur les pairs de votre enfant pour entamer une conversation. Vous pouvez tenter la question suivante :

«Que pensent tes amis du nouveau professeur de sciences ?»

Solliciter leur opinion

De la 1ère à la 5e secondaire, l'établissement de l'identité et de l'indépendance personnelles est un élément essentiel de l'adolescence. Par conséquent, votre adolescent(e) peut rechercher plus d'intimité et partager moins d'information avec vous. Vous pouvez soutenir ces étapes du développement en démontrant votre intérêt pour leurs opinions, en leur permettant d'avoir un peu d'intimité au besoin et en leur permettant de prendre part à la prise de décision familiale.

Quel que soit l'âge de votre enfant, gardez à l'esprit que les conversations positives, courtes mais fréquentes, que vous aurez avec lui au fil du temps sont toutes aussi valables que les conversations longues et approfondies que vous pourriez avoir avec lui.

Théâtre

Robert Lepage: le rêve d'une vie au Diamant

En 1994, un groupe de jeunes artistes mené par Robert Lepage répétait leur nouvelle création dans les locaux désaffectés du défunt bar underground le Shoeclack. Ils étaient loin de se douter, en posant les premiers jalons des «Sept branches de la rivière Ota», que la pièce devenue culte allait être reprise, 25 ans plus tard, au même endroit : le Diamant!

Le choix dépasse évidemment le clin d’œil et le fait que la colossale œuvre a solidement établi la réputation internationale du Québécois comme créateur hors-norme. «Je voulais rappeler que les peuples avancent et perdent la mémoire», a-t-il dit lors du dévoilement du spectacle d’ouverture du nouveau théâtre de 650 places. L’annonce a suscité un véritable engouement (des billets sont encore disponibles).

Une nouvelle façon de contribuer à l'avenir de votre quotidien

Chaque jour, de nombreux citoyens manifestent leur volonté de garder leurs quotidiens en vie : Le Soleil à Québec, La Tribune à Sherbrooke, Le Nouvelliste à Trois-Rivières, Le Quotidien au Saguenay/Lac Saint-Jean, Le Droit à Gatineau/Ottawa, La Voix de l’Est à Granby.

Pour tous ces appuis, on vous dit : merci! 

Vous reconnaissez la valeur de l’information locale et le rôle essentiel des journalistes qui la produisent. Vous tenez à cette information de proximité pour prendre des nouvelles de votre monde, pour faire de vous des citoyens plus éclairés, pour participer à la vie démocratique de vos communautés. 

Plusieurs aujourd’hui nous demandent : comment puis-je aider? Que puis-je faire pour contribuer à ce que «mon» journal continue?

Les abonnés à nos versions papier participent déjà très concrètement à la production d’information. Mais les manières de s’informer changent. Vous êtes de plus en plus nombreux à choisir nos plateformes numériques pour suivre l’actualité.  Et vous souhaitez contribuer aussi.

Nous lançons aujourd’hui une initiative unique pour vous permettre de le faire. Comment? En versant une contribution volontaire. Tout l’argent que vous donnerez servira à financer le maintien d’une information de qualité.

Nos plateformes numériques resteront gratuites pour le moment. Mais votre contribution nous permettra d’accélérer notre transformation, vitale pour notre avenir. 

Nous croyons en cet avenir. Vous avez aussi votre mot à dire. 

Pour contribuer:

Télé

15 titres à surveiller cet automne à la télé québécoise

Beaucoup de choix, mais des points en commun dans cette nouvelle programmation télé, toutes chaînes confondues : la police est omniprésente, les animaux sont rois, l’enfance et l’adolescence sont des thèmes prisés. Voici 15 titres qui devraient retenir votre attention pour traverser l’automne.

DISTRICT 31

Début : lundi 9 septembre à 19h, ICI Télé

«Y’a pas un autre district qui a vécu plus de bouleversements que le 31», déclare à raison Daniel Chiasson (Gildor Roy) dans la bande-annonce. Et ça ne changera pas avec l’assassinat du chef de la mafia, les durs lendemains du tragique accident pour Bruno Gagné (Michel Charette) et l’arrivée du nouveau sergent-détective Florence Guindon (Catherine Proulx-Lemay). Que ferez-vous le 9 septembre à 19h?

Actualités

Six idées reçues sur l’aide financière aux médias

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Le fait d’apprendre ce mois-ci que six journaux régionaux québécois - Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l'Est - se retrouvaient sous la protection de la loi sur les faillites a ramené à l’avant-scène des arguments maintes fois répétés, entre lesquels il est difficile pour certains de dégager le vrai du faux. Le Détecteur de rumeurs a retenu six idées reçues.

Avertissement : l’Agence Science-Presse est elle-même un média qui reçoit une aide financière du gouvernement du Québec, en l’occurrence une « aide directe », telle que définie au point 3. Le projet du Détecteur de rumeurs bénéficie quant à lui d'une aide financière du bureau du scientifique en chef du Québec.

1) « Les médias qui ne peuvent pas s’adapter au numérique devraient fermer leurs portes ? » Douteux.

Pour vérifier cela, il faudrait d’abord définir ce que veut dire « s’adapter au numérique » : un très grand nombre de médias d’ici et d’ailleurs ont expérimenté depuis 20 ans des formules inédites, souvent innovantes, et aucun ou presque n’a réussi à en dégager des profits.

Il faut par ailleurs se rappeler que pour « s’adapter au numérique », encore faut-il en avoir les moyens. Selon une compilation faite en 2016 par le Centre d’études sur les médias (CEM) de l’Université Laval, la part des investissements publicitaires consacrée aux journaux était en rapide déclin depuis le début des années 2000, essentiellement au profit d’Internet. Sauf que ça ne se traduit pas en revenus publicitaires pour les « journaux sur Internet », mais pour Facebook et Google : rien qu’à eux deux, à travers le monde, ils accaparaient en 2017 le quart de ces revenus.

Et si on ne calcule que les nouveaux revenus publicitaires, c’est-à-dire ceux qui n’existaient pas avant l’an 2000, c’est pire : selon le CEM, en 2016 au Canada, 95 % des sommes supplémentaires dépensées en publicité étaient allées aux Google, Facebook, YouTube et autres plateformes d’Internet, plutôt qu’aux médias.

2) « Les gens ne sont pas prêts à payer pour de l’information ? » Incertain.

Il est difficile d’affirmer combien de gens paieraient si davantage de médias devenaient payants sur Internet. Mais pour l’instant, les données préliminaires dont on dispose ne sont pas encourageantes.

Selon le rapport 2015 de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, dans 12 pays étudiés, ceux qui payaient pour des nouvelles en ligne représentaient 10 % des lecteurs.

D’autres enquêtes publiées depuis 2015 ont apporté des nuances : le pourcentage semble plus élevé dans plusieurs pays d’Europe (20 % en Suède et en Pologne), mais pas tous (11 % en France); aux États-Unis, l’information locale semble avoir plus de chances de récolter des gens désireux de payer; et le fait d’être déjà abonné à de l’information papier semble être un facteur qui influence positivement la volonté de payer pour de l’information en ligne.

Au Québec, on constate par ailleurs que le seul quotidien à disposer d’un accès payant sur le web, réservé à ses abonnés, soit Le Devoir, a dégagé un léger bénéfice à quelques reprises au cours des dernières années.

3) Si l’État aide financièrement un média, ça signifie qu’il lui signe un chèque ? Pas nécessairement.

Une aide directe consiste effectivement en un chèque : il peut s’agir soit d’une somme d’argent renouvelée chaque année, soit d’un montant alloué à la pièce, pour un an, sur présentation d’un projet. Exceptionnellement, il peut s’agir d’un prêt, comme celui alloué à Capitales Médias ce mois-ci. Une aide indirecte en revanche, peut prendre la forme de crédits d’impôt, comme ceux annoncés par le gouvernement Trudeau en 2018 (mais qui n’ont pas encore été créés) ou d’exemptions fiscales aux journaux imprimés comme en France. On retrouve tantôt des exemptions fiscales, tantôt des incitatifs fiscaux, dans de multiples secteurs de l’économie, les plus connus ces dernières années ayant été l’énergie et le multimédia, par exemple pour inciter une compagnie à s’installer dans une ville ou à créer de l’emploi. Financer des entreprises ou les accompagner est le rôle même de la société d’État Investissement Québec.

Il faut par ailleurs savoir qu'au sujet des revenus et de l'éventuelle profitabilité, il existe un débat parmi les défenseurs de l’information journalistique : les médias doivent-ils être considérés comme des entreprises commerciales comme les autres, ou comme une forme de « service public » ? Le débat se poursuit.

4) L’aide directe de l’État aux médias est une idée née avec la crise des quotidiens ? Faux.

Au Québec, la majorité des grands magazines et la majorité des émissions d’affaires publiques de la télévision, dont la totalité de celles diffusées sur les chaînes spécialisées, sont subventionnées. Les magazines qui satisfont aux critères reçoivent une aide directe, renouvelée chaque année, du Fonds canadien pour les périodiques (qui représentait une enveloppe de 75 millions de dollars en 2018). Les médias communautaires sont subventionnés par le ministère québécois de la Culture. Les émissions de télé peuvent être financées par Téléfilm au fédéral ou par la SODEC au provincial sur présentation d’un projet et d’un engagement de diffusion par une chaîne de télé.

5) L’idée d’une aide indirecte aux médias est apparue en 2018, avec les crédits d’impôt du gouvernement Trudeau ? Faux.

Historiquement, la première aide indirecte aux médias canadiens a été l’aide à l’envoi postal, qui remonte au 19e siècle : avoir le statut de journal donnait droit à une réduction sur les envois aux abonnés par la poste.

Chez nous, la plus visible des aides indirectes a longtemps pris la forme des « avis publics ». Puisque la loi oblige un gouvernement à annoncer, par exemple, ses audiences publiques en vue d’une modification à une loi, le seul canal à sa disposition a longtemps été le journal local. Cette aide a considérablement diminué dans les années 2010, les gouvernements et les municipalités affichant sur leur propre site web.

Plusieurs pays, dont la France, offrent des exemptions fiscales aux journaux imprimés : le journal en ligne Médiapart s’est battu pendant plusieurs années (et a eu en partie gain de cause) pour que ces exemptions soient élargies aux médias numériques.

6) Les Québécois donnent déjà beaucoup aux médias ? Faux.

Au Québec, l’aide aux médias serait, par citoyen, inférieure à celle qu’on retrouve dans nombre de pays européens selon une analyse produite en 2016 pour la Fédération nationale des communications par la firme MCE Conseils. La presse écrite québécoise recevrait en moyenne 3 $ par habitant, contre 5,83 $ aux États-Unis. À l’autre extrémité du spectre, le pays qui soutient le mieux la presse écrite était la Finlande (92,23 $ par habitant), suivie de la Norvège (57,65 $ par habitant) et de la Suède (35,67 $ par habitant).

Qu’en est-il de la radio et de la télévision ? Même portrait. Le Canada serait l’un des pays occidentaux qui soutient le moins son diffuseur public, avec 33 $ per capita par an. Seule la Nouvelle-Zélande (25 $) ferait moins, ainsi que les États-Unis. Par contre, la Norvège verserait 163 $ par habitant, l’Allemagne 107 $ et l’Irlande 54 $. La BBC recevrait l’équivalent de 118 $.

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DE L"ÉDUCATION AUX MÉDIAS

Quelle que soit la solution financière qui sera proposée pour assurer la pérennité des médias, il faudra aussi de plus en plus penser à faire ce qu'on appelle de l'éducation aux médias et à l'information : identifier des sources crédibles, c'est bien, mais faire comprendre ce qui caractérise un travail journalistique crédible, c'est tout aussi important. C'est dans ce contexte que le Détecteur de rumeurs a vu dans ce malheureux événement qui frappe ses collègues journalistes du Québec l'occasion de faire, avec ce texte, un peu d'éducation aux médias : les idées reçues qui ont été retenues ici ne sont qu'un échantillon de celles auxquelles il serait possible de s'attaquer.

Actualités

Un nouveau rendez-vous avec nos abonnés

Vous aimez Le Soleil? Ça, on n’en doute pas une minute! Et vous nous l’avez démontré cette semaine alors que votre quotidien a été au cœur de la tempête. Vos nombreux messages d’appui sont une grande source de motivation pour notre équipe déterminée à vous servir en information qui parle de vous et de notre ville.

Et un journal, au-delà de son industrie aux nombreux défis, c’est aussi, surtout, ses artisans.

À l’occasion de la rentrée d’automne, Le Soleil propose d’ailleurs à ses abonnés un tout nouveau rendez-vous : des rencontres avec certaines de ses plumes à l’occasion d’une série de discussions publiques intitulée Conversation avec nos chroniqueurs. 

Et on commence le mercredi 4 septembre avec le chroniqueur télévision Richard Therrien (photo). Lors de cette rencontre dans le nouveau théâtre Le Diamant, il partagera sa passion pour la télévision en plus de répondre à vos questions sur son métier rare et fascinant. Ce sera l’occasion de mieux comprendre la réalité de sa vie de chroniqueur en plus de discuter de ce que nous réserve la rentrée télé. 

À LIRE AUSSI 15 titres à surveiller cet automne à la télé québécoise

J’aurai le plaisir d’animer cette soirée offerte à nos abonnés. 

Une soirée privilégiée pour partager avec vous, précieux lecteurs. Vous pourrez de plus avoir la chance de visiter Le Diamant. Incrivez-vous dès maintenant à lesoleil.com/richardtherrien. Places limitées à 75 chanceux!

Et d’autres rencontres Conversation avec nos chroniqueurs sont prévues. La prochaine, prévue plus tard cet automne, sera avec François Bourque, notre expert en affaires municipales.

Carrefour des lecteurs

Vos appuis et vos idées pour Le Soleil

Mardi, les lecteurs du Soleil ont été nombreux à témoigner leur attachement au quotidien de la capitale. Dans la salle de rédaction, une partie des mots d’appuis reçus ont été placés bien en vue en signe de soutien à l’équipe. Les voici.

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Le Soleil fait partie de ma vie depuis mon enfance. Nous recevions Le Soleil à la maison. Impossible que cette institution disparaisse. De tout cœur avec vous!

Diane Thivierge

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Étant maintenant retraitée et après avoir passé tant d’années à ne pas avoir le temps de lire mon journal, je souhaite ardemment que le calme revienne après cette tempête. Mon Soleil, avec un bon café, c’est le soleil de ma journée. Qu’il demeure!

Lise Bélanger

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En réponse à François Bourque du Soleil, j’ai une suggestion pour le financement permanent des journaux d’information. Que le gouvernement du Québec impose une taxe de vente spéciale au GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) sur leurs revenus de produits et de publicité. Ce Fonds d’aide pour la liberté de presse servirait à la diffusion de l’information et à la consolidation des salles de rédaction. Un poste de commissaire à l’information devrait être créé par l’appui des deux tiers des membres de l’Assemblée nationale afin de s’assurer de l’utilisation équitable de ce Fonds. À suivre...

Jean Baillargeon 

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J’aimerais vous faire part de ma solidarité suite aux difficultés de votre journal. Je suis abonnée depuis des décennies et je serais désolée si j’en étais privée. Je tiens à préciser ma solidarité à tous les employés.

Hélène Bertrand

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C’est essentiel que la publication journalière du Soleil se poursuive. La qualité des textes de l’équipe journalistique est toujours remarquable. Merci pour l’excellent travail d’information que vous nous livrez jour après jour. Je souhaite ardemment que des solutions permanentes puissent être mises en place, notre démocratie en a besoin. Sincèrement,

Marjolaine Moisan

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Je suis un lecteur assidu du journal Le Soleil depuis plus de 40 ans. J’habite à Sayabec dans le Bas-Saint-Laurent et l’information des différents médias est la source première de notre démocratie. J’ai toujours apprécié chaque édition de ce journal car nous avons une partie qui traite de l’actualité régionale. Il faut garder ce véhicule de communication, sinon nous serons isolés encore d’une autre façon de la réalité locale, régionale, nationale et internationale. Je suis passé de l’édition papier à celle du numérique et je tiens à garder ce lien de communication. Merci pour les efforts fournis en vue de respecter vos lecteurs éloignés.

Jean-Yves Thériault

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Abonnée depuis 1972, je serais bien déboussolée de ne plus commencer ma journée avec mon Soleil. Même si mon journal a perdu des plumes depuis quelques années, il demeure mon quotidien préféré. Je nous et vous souhaite bonne chance!

Suzanne Brisson 

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Je suis une lectrice assidue du journal Le Soleil et je souhaite de tout cœur qu’il y ait des solutions durables et satisfaisantes pour éliminer les difficultés auxquelles le journal est confronté. Les citoyens de la ville de Québec ont besoin d’information de qualité, ce que le journal Le Soleil a toujours su nous offrir. Bonne chance! 

Marie Trépanier

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Nous avons Le Soleil à la maison depuis plus de 50 ans. Avant moi, mes parents et grands-parents étaient abonnés au Soleil. Nous souhaitons que nos petits-enfants puissent avoir le même plaisir de vous lire.

Lise Bellavance

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François Bourque

Un grand jour. Et un petit

CHRONIQUE / Un grand jour qui va marquer l’histoire de la ville de Québec et en changer la dynamique et le visage pour les décennies à venir, se sont réjouis les élus de tous les paliers politiques.

«Nous entrons dans la modernité», de renchérir le maire Régis Labeaume. 

Grand jour en effet pour le projet de tramway et de transport structurant de la capitale, que les gouvernements s’engagent à financer à hauteur de 3 milliards $. 

Cette volonté était connue depuis le printemps, mais «l’annonce» de lundi lui donne un caractère plus solennel. Il deviendra désormais difficile à un prochain gouvernement qui le voudrait, de faire marche arrière. 

Il reste encore beaucoup de questions sans réponses sur les modalités et implications de ce projet. Voire sur l’utilité même d’un tramway, continueront de faire valoir ceux qui s’y opposent.

Beaucoup de ces réponses devraient venir à partir de l’automne, au rythme des analyses et études d’impact exigées par le ministère de l’Environnement. 

D’autres questions surgiront en cours de route, d’ici la mise en opération du tramway prévue pour 2026. 

Si Le Soleil y est encore, nous y ferons écho et contribueront au débat public, comme les collègues journalistes l’ont fait depuis plus de cent ans qu’existe ce journal (1896). 

Dans les premières années avec la fougue (et les excès) de l’opinion politique engagée de ses propriétaires libéraux. 

Puis plus tard, avec l’indépendance intellectuelle et la démarche de journalistes professionnels. La présence d’acteurs significatifs de la vie de Québec à la conférence de presse de lundi (Université Laval, Commission de la Capitale, milieux d’affaires et communautaires, etc.) atteste d’un large consensus institutionnel autour du projet de transport structurant.

On sent cependant que l’enthousiasme n’est pas partagé par tous les citoyens. Le travail de pédagogie et de persuasion devra se poursuivre, si on espère atteindre une large acceptabilité sociale.

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La nouvelle est tombée quelque part entre Justin Trudeau et François Bonnardel. 

Ou peut-être était-ce un peu plus tard, entre les ministres Duclos et Champagne ou le maire Labeaume. Vous me permettrez d’avoir été un peu distrait et d’avoir perdu le fil.

Le Groupe Capitales Médias (propriétaire du Soleil et de cinq autres quotidiens) s’apprêtait à déclarer faillite, disait le titre qui s’est répandu comme une traînée de poudre sur les cellulaires des journalistes et invités. 

Techniquement, il ne s’agit pas d’une faillite, mais d’une restructuration qui impliquera des discussions avec les (nombreux) créanciers du groupe. On est un peu dans la sémantique, mais la nuance a son importance.

À mon retour dans la salle de rédaction, j’ai pu mesurer l’inquiétude des collègues et leur résignation devant la fatalité. Ce qu’on avait vu venir au fil des années était en train d’arriver. 

Ce qui fut un grand jour pour le transport structurant en fut un tout petit pour l’information du réseau Capitales Médias qui n’a désormais plus rien de structurant et sera peut-être démembré.

Les collègues encaissaient le choc. Je n’ai pas senti de démission ou d’abandon, mais ce que je décrirais comme une résilience lucide en attendant la suite. 

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L’aide ponctuelle de 5 millions $ annoncée en fin de journée par le gouvernement Legault permettra aux journaux de Capitales Médias de tenir quelques mois encore. 

Le temps de rechercher un ou des «repreneurs», pour reprendre les mots du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. 

Ce ou ces éventuels «repreneurs» vont cependant être confrontés au même problème que les propriétaires de journaux partout en occident : l’érosion des revenus, la mise en échec des modèles d’affaires traditionnels et les résultats mitigés (et insuffisants) des nouveaux modèles numériques.

Voilà où nous a mené la «modernité». Au déclin des revenus et par effet d’entraînement, à celui des salles de rédaction comme la nôtre, forcée de réduire ses effectifs pour limiter les déficits. 

Chaque fois que cela se produit, c’est un peu de la capacité à couvrir l’actualité et à challenger les choix des administrations publiques qui s’érode. De la capacité à fouiller, à mettre les choses en perspective, à expliquer, à exposer d’autres points de vue et arguments, etc. 

Il est possible de bien faire, même avec de petites équipes, mais on en fera nécessairement moins, ce qui touche ici au rôle fondamental des médias en démocratie.

Dans un contexte où des journaux comme le mien et d’autres en sont réduits à dépendre d’une aide publique pour survivre, il faudra s’assurer de pouvoir jouer ce rôle critique. 

Pas seulement d’être un reflet gentil de nos communautés pouvant plaire aux élus locaux, mais rester (ou devenir) des chiens de garde attentifs. 

Cela doit faire partie des réflexions à venir. À défaut, comment pourrait-on justifier des programmes d’aide financés avec de l’argent public?

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Je ne sais pas plus que les autres comment construire un modèle d’affaires qui puisse fonctionner.

Ce qu’on sait cependant, c’est que des lecteurs sont toujours là. Plus nombreux que jamais même, avec la multiplication des plates-formes de diffusion électronique.

Il faudrait il me semble réussir à mobiliser ces lecteurs. Mieux expliquer qu’il y a un coût à produire de l’information fiable et pertinente au débat public. 

Convaincre ceux et celles qui tiennent à cette information qu’ils peuvent contribuer à sa survie en s’abonnant, en donnant à une éventuelle fondation ou en acceptant de payer pour l’accès si un jour on le leur demande, etc. 

Bref, faire le contraire de ce que les journaux les ont encouragés à faire depuis quelques décennies en donnant leurs contenus plutôt que les vendre. 

Il y a là un gros défi. À la fois pour les journaux et pour la démocratie.

Balados

Tire le coyote: sans filtre [BALADO]

Benoit Pinette a beau s’être donné un nom d’artiste, Tire le coyote, cet espace créatif se voulait quand même le plus authentique possible, l’endroit où il allait être le plus transparent, sans filtre. Et c’est souvent son honnête fragilité qui charme son public.

Au début, ça devait être qu’un mini album, comme un cadeau pour lui-même. Finalement, les albums se suivent, comme les tournées, et mêmes les prix, comme un Félix pour meilleur album folk ou le prix de Parolier de l’année remis par la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec.

«J’étais content particulièrement du prix de parolier parce que c’est ce que je m’efforce de faire depuis longtemps. J’ai rushé plus pour écrire Désherbage, admet l’auteur-compositeur-interprète. J’aime avoir de beaux textes quand j’écoute une chanson.»

L’artiste de Limoilou a aussi vu l’impact d’un passage à une émission comme Tout le monde en parle. «Tout d’un coup j’existais! J’avais déjà un public, mais ça m’a permis d’aller chercher un public moins mélomane.» Il joue cette partie du jeu médiatique, mais en refuse d’autres, comme lorsqu’on lui demande de parler de ses enfants ou de ses voyages, plutôt que de sa musique. «Peut-être que c’est la différence entre l’artiste et la personnalité publique et ça m’intéresse moins», réfléchit-il à voix haute.

Balados

Martin Bureau: créateur de troubles [BALADO]

Même s’il fait du cinéma documentaire, des installations publiques, des œuvres multimédias, de la peinture et des pochettes d’albums, Martin Bureau dira qu’il réfléchit sur le monde.

«J’ai longtemps pensé que j’étais peintre, raconte le Bleuet d’origine. Puis j’ai commencé à faire des films, donc je suis devenu peintre-cinéaste. Puis artiste multidisciplinaire. À force de créer, je me suis rendu compte que mon premier métier, en amont, c’était de réfléchir. Ce qui me passionnait le plus finalement dans tout ça c’était de comprendre le monde et le réfléchir.»

Il y a souvent quelque chose qui fait «bang!» dans les œuvres de Martin Bureau. «Il y a beaucoup d’explosions dans mes œuvres, rigole-t-il. C’est une belle métaphore de perte de sens et il y a de beaux mouvements en peinture là-dedans.»

Feu ou pas, les sujets eux-mêmes sont souvent explosifs, comme les murs de Jérusalem ou les courses de stock-car. «J’aime me mettre dans un contexte de terrain trouble.» Néanmoins, même si son travail «est affirmatif», et qu’il «passe beaucoup d’opinions dans [son] travail», l’artiste insiste qu’il ne critique pas les gens individuellement, mais bien des choix de société.

Une de ses peintures les plus connues représente le parlement de Québec en feu. Une toile qu’il voulait donner au parlement, un don que l’institution a accepté – et expose. «C’est complètement baveux, souligne Martin Bureau. Face aux enjeux de collusion et de corruption, ma manière de répondre la plus efficace c’est avec l’art.»

Sports

Les maîtres du pickleball

Il a déjà été l’un des piliers du racquetball, à Québec. Quelques années se sont ajoutées au compteur de la vie depuis, mais Jean-Serge Lafleur reste aussi passionné par le sport. À la fin du mois d’août, il s’envolera pour l’Europe afin de participer à la première présentation des Internationaux de France de pickleball.

Ou encore, comme le disent si bien les cousins, pour prendre part au «French Open». Il s’est inscrit à l’épreuve de double chez les 60-65 ans avec son bon ami Joël Gilles, ancien professionnel de racquetball, au Québec, qui est retourné vivre dans son pays d’origine il y a plus de 15 ans. Le sport permet aussi ce genre de retrouvailles amicales!

«On n’avait pas fait notre tournoi de racquetball en double à 35 ans, alors on se reprend. Ça ne m’intéressait pas de jouer en simple, mais quand j’ai vu qu’il y avait la catégorie en double, j’ai pensé à Joël. Je vais me rendre là-bas deux semaines avant le tournoi, on va pratiquer ensemble, on a même réquisitionné un pro de tennis pour nous donner des conseils», raconte le sportif de Beaupré.

La compétition disputée à Fayence, dans le Var (un département français dans la région de Provence-Alpes-Côte d’Azur) était un prétexte pour parler de pickleball, sport qui prend de l’essor. Le jeune Club de pickleball Côte-de-Beaupré compte déjà 65 membres, qui profitent d’installations à l’extérieur comme à l’intérieur.

Le journaliste et le photographe du Soleil ont d’ailleurs eu droit à une leçon, dans les deux sens du terme, avec Jean-Serge Lafleur et ses complices du jour, Roch Racine, Pierre St-Jacques, Bruno Fortin et Rolland Gadbois, l’administrateur du club en question.

«On fait ça pour s’amuser. Je ne connaissais pas ça, mais je l’ai essayé et je l’ai adopté. Moi, avant, je faisais du vélo, c’est moins dangereux et ça me garde tout aussi en forme. Du sport où tu ne fais pas d’effort, ça n’existe pas», explique M. Racine, notre partenaire de jeu pour l’essai.

Le pickleball est un sport qui ne requiert pas de puissance ou de vitesse. Il est un dérivé des sports traditionnels de raquette, comme le tennis, le racquetball et le badminton, terrain sur lequel il est généralement pratiqué. Sa balle en plastique est trouée et ne rebondit pas jusqu’à vous, il faut aller à sa rencontre.

«Il s’agit du sport le plus en effervescence aux États-Unis. Il se pratique à tous les âges, il est très populaire chez les personnes plus âgées. C’est facile de frapper la balle, de l’attraper. Il faut la laisser tomber au sol sur les deux premiers coups, c’est pour ça que le jeu est plus lent et pas trop dur sur les articulations. Ça prend une bonne technique, par contre», explique Jean-Serge Lafleur, qui a «importé» ce sport sur la Côte-de-Beaupré après l’avoir découvert en Floride, il y a une dizaine d’années.

Nouveaux terrains

La récente époque où les joueurs de pickleball de son coin pouvaient n’utiliser qu’un seul terrain à raison d’une heure et demie par semaine, à Saint-Ferréol-les-Neiges, est révolue. Ses compagnons et lui ont réussi à convaincre le conseil municipal de Beaupré d’offrir des terrains pour le pratiquer. Le parc des Goélands de Beaupré sera bientôt doté de quatre nouveaux terrains de pickleball.

«Il y a eu un boum dans le racquetball à la fin des années 80, il y avait plein de monde qui jouait. Je vois la même chose avec le pickleball, sauf qu’un terrain ne coûte pas 100 000 $ comme c’était le cas pour un court», mentionne celui qui a déjà affronté trois champions du monde de racquetball, à l’époque.

On avait l’impression de se mesurer à un champion, ce vendredi après-midi, au Centre multifonctionnel de Beaupré, qui a ouvert ses portes en 2016.

«On oublie souvent de parler des bienfaits de l’activité physique. Nous avons un membre de tous près de 70 ans qui a perdu 35 livres en jouant au pickleball. C’est un sport qui fait bouger les gens, qui peut être pratiqué pour le plaisir. Et les plus compétitifs peuvent aussi y trouver leur compte», dit celui qui préfère les matchs de double à ceux de simple. Encore plus lorsque le niveau de jeu l’amène à se dépasser.

«Pendant 18 ans, j’ai joué au racquetball tous les jours. J’ai retrouvé le même plaisir avec le pickleball. Quand tu marches, tu penses, quand tu remontes la gondole en ski, tu penses. Au pickleball, tu ne penses à rien d’autre que de frapper la balle», ajoute Jean-Serge Lafleur en riant.

Chronique

En direct des îles: l'histoire qu'on raconte trop peu

CHRONIQUE / 1822, Isaac Coffin, premier seigneur des Îles-de-la-Madeleine, envoie une lettre à l’Angleterre. Il veut vendre l’archipel aux Américains.

Une trentaine d’années après en avoir obtenu la concession, l’amiral calcule que son investissement ne lui rapporte rien, ses tentatives de mettre un terme au carnage du morse ont totalement échoué, tout comme la monnaie qu’il y a introduite en 1815, le Magdalen Island Token, frappé d’un phoque d’un côté, d’une morue de l’autre.

C’est aujourd’hui une des pièces les plus prisées au monde.

Raynald Cyr ouvre devant moi un cartable où il conserve précieusement celles qu’il possède, il les a achetées un peu partout, jusqu’en Chine. «J’en ai vu circuler sur les sites. En bon état, ça peut valoir jusqu’à 11 000 $.» Lui les achète pour les ramener d’où elles viennent.

Comme la lettre de Coffin, qu’il retire avec précaution d’une enveloppe. «Je suis allé l’acheter dans un encan aux États-Unis.»

Coffin a dû attendre deux ans avant de recevoir la réponse de l’Angleterre, qui refusait d’accéder à sa demande. Il revint à la charge quatre ans plus tard en tentant de les annexer à la Nouvelle-Écosse.

En vain. Les Îles allaient demeurer québécoises.

D’aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours été fasciné par l’histoire de ses Îles, il collectionne tous les bouquins qu’il trouve. Il me montre à l’intérieur de l’un d’eux la photo de Pierre Elliott Trudeau, prise l’été suivant la Crise d’octobre, en train de prendre un bain de soleil sur la plage de La Bluff.

Il en sort un autre, Chez les Madelinots, écrit en 1920 par Marie Victorin.

Ils sont une poignée de passionnés comme lui à rapailler dans leurs temps libres des fragments d’histoire de l’archipel, des objets surtout, qui permettent de remonter le temps, de mieux comprendre le passé.

Raynald s’intéresse particulièrement aux morses, qu’on appelle aussi vaches de mer à partir du terme anglais seacow. «Ma première défense, je l’ai eue en cadeau en 1996 par un pêcheur de pétoncles qui l’avait ramassée avec sa drag.» Depuis, il amasse tout ce qui a trait aux morses, il possède une impressionnante collection qu’il expose, faute de mieux, dans son bureau où il vend des assurances. 

Il rêve d’un musée.

Il n’est pas le seul, Jean-Simon Richard aimerait aussi que tout le monde puisse voir ce qu’il conserve chez lui, des objets qu’il a trouvés en se promenant le long des plages ou en effectuant des plongées sous-marines autour des Îles. Au début du mois, il a trouvé sa plus grosse défense jusqu’ici.

Jean-Simon, 27 ans, a commencé à farfouiller avec son père. «J’étais tout petit, il me prenait sur ses épaules pour aller marcher sur les plages. Parfois, on trouvait des défenses de morses, ça me fascinait. Mon intérêt part de là.» Ils ont aussi d’autres objets liés à la chasse aux morses, entre autres des vestiges de l’huilerie où les bêtes étaient abattues et où on faisait fondre leur lucrative graisse. 

En 2014, il a rédigé un rapport qu’il a fait parvenir au ministère de la Culture, dans lequel il détaille ses trouvailles. Le site qu’il décrit a été exploité par Richard Gridley, officier militaire qui aurait combattu aux côtés de Wolfe sur les Plaines en 1759, avant de venir s’établir aux Îles pour y exploiter les ressources.

La colonie est toute jeune, à peine une quinzaine d’années.

Quelques années après la Grande déportation, il embauche 22 Acadiens, qui doivent d’ailleurs signer une Déclaration d’allégeance à la Reine d’Angleterre. «Les documents sont signés avec des “X”, les gens ne savaient pas écrire.» Ils savaient chasser le morse par contre, c’est pourquoi ils ont été embauchés.

Jean-Simon a retrouvé plusieurs balles de mousquet, certaines intactes, d’autres aplaties. «Celles-là ont tué.» Il a retrouvé aussi différents objets qu’il a patiemment identifiés, parfois avec l’aide d’archéologues ou en consultant différents documents sur Internet. «Pour la paumelle de voilier, il m’a fallu un an.»

Il a aussi trouvé des traces d’activité humaine depuis aussi loin que 6000 à 8000 ans, des pointes de flèches typiques de l’époque paléoindienne, ce qui confirme que les autochtones venaient y chasser depuis longtemps. Il a trouvé des pierres qu’on ne retrouve pas aux Îles, également des pièces de monnaie européenne, la plus ancienne est un demi-sol Louis XV datant de 1722.

Quand il plonge, il lui arrive aussi de tomber sur les vestiges d’une épave, les Îles sont le deuxième plus grand cimetière marin en Amérique du Nord, entre 700 et 1000 bateaux s’y seraient échoués au fil des siècles.

Avec, dans leurs cales, des fragments d’histoire.

Il y a quelques années, il a déniché le squelette complet d’un jeune morse, qu’il a remonté lui-même, un gigantesque casse-tête grandeur nature. Nul doute que ses études en médecine vétérinaire à Ste-Hyacinthe ont aidé, il vient d’obtenir son diplôme. Il a aussi fait dater une défense au Carbone 14 à l’Université Laval.

Elle a 3345 ans.

Il conserve ses artéfacts précieusement chez sa mère, il a converti le salon en salle d’exposition.

Le morse «remonté» est au sous-sol.

«Quand je vois un objet en me promenant sur la plage ou en faisant une plongée, je le ramasse pour ne pas que la mer le prenne, ou encore des touristes, qui l’emmèneraient à l’extérieur des Îles. Je fais ça pour que ça reste aux Îles et pour qu’éventuellement ça soit mis en valeur. Le but, c’est d’exposer ça quelque part le plus tôt possible.»

Et pas juste pour la visite.

Il cherche une solution avec les autres collectionneurs. «On se rencontre une fois de temps en temps. On se questionne tout le monde ensemble sur l’avenir de nos collections personnelles. Il n’y a pas encore de projet concret, mais on réfléchit à une solution pour que ce soit mis en valeur.»

À bon entendeur.

C’est de transmission de mémoire dont il est question ici. «Quand mon père est décédé subitement il y a deux ans d’un cancer, ça m’a fait réfléchir. Tout ce que je sais, tout ce qu’on sait, il ne faudrait pas que ce soit perdu…»

Balados

Anne-Marie Olivier : tête chercheuse de sens [BALADO]

L’auteure et comédienne Anne-Marie Olivier aime s’inspirer de la vie des gens. «Travailler avec des histoires vraies, c’est d’aller à la rencontre de cette extraordinaire complexité qu’est celle de l’être humain.»

Une manière de combler sa «soif de vérité», mais aussi d’être près des gens. «J’ai des collègues qui disent qu’il faut se foutre du public pour être complètement libre. Je suis complètement en désaccord avec eux. On doit faire du théâtre pour le monde. Ce n’est pas élitiste, on doit parler à tout le monde.» Selon Anne-Marie Olivier, l’art sert à digérer le monde, même le plus difficile à digérer.

«J’aime voir le côté utilitaire [du théâtre], ajoute-t-elle. Qu’est-ce que j’amène à la société en étant artiste? C’est un endroit de rencontres et d’échanges intellectuels et émotionnels. J’aime le théâtre qui nous transforme.» Le public semble partager cette vision, alors que le Trident affiche les meilleurs taux d’occupation de son histoire depuis qu’elle en a pris la direction artistique. 

Anne-Marie Olivier aimerait que tous les jeunes puissent toucher aux arts et à la philosophie, dès l’école primaire, afin de stimuler la créativité. «C’est vraiment l’idée de se servir du plein potentiel de son cerveau et de trouver des solutions à nos problèmes.» Selon elle, devant les changements et les défis qui attendent l’humanité, nous allons avoir besoin de notre créativité pour nous en sortir.

La Capitale

Coup d’œil sur l’édifice Gérard-D.-Lévesque avant le début du chantier [VIDÉO + PHOTOS]

Un énorme chantier patrimonial débutera en janvier 2020 afin de restaurer complètement l’ancien palais de justice de Québec et actuel ministère des Finances. Le Soleil a visité ces lieux méconnus du public, question de bien mesurer l’ampleur de la tâche.

Situé à deux pas du Château Frontenac, l’édifice Gérard-D.-Lévesque se fond dans le paysage historique du Vieux-Québec. Sa construction, en 1887, avait coûté 940 000 $. Aujourd’hui, le coût de sa restauration de fond en comble n’a pas encore été établi, mais il dépassera à coup sûr les 50 millions $.

Science

Génétique: les Inuits du Québec uniques au monde

Si les Inuits du Nunavik partagent leur culture avec les autres Inuits du monde, leurs gènes sont une autre paire de manches, selon une étude de l’Université McGill parue lundi. L’analyse du génome de 170 Inuits du Grand Nord québécois suggère qu’ils seraient génétiquement distincts des Inuits du Groenland, formant un groupe unique au monde à cet égard.

«Nos résultats montrent que les Inuits du Nunavik sont une population très homogène. […] Hormis quelques cas de mélange récents avec des Européens, les Inuits du Nunavik ne partagent presque pas d’ancêtres avec d’autres populations contemporaines et sont distincts des autres populations indigènes de l’Arctique, incluant les Inuits du Groenland», lit-on dans l’article qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Dirigée par les chercheurs de McGill Sirui Zhou et Guy Rouleau, la recherche a consisté à lire le génome de 170 Inuits du Nunavik et à le comparer à celui d’autres populations de l’Arctique. 

De manière générale, ceux que l’on nomme «Inuits» de nos jours sont les descendants des «Thuléens», des chasseurs de baleines originaires de l’Alaska qui ont commencé à essaimer dans tout le Grand Nord il y a environ 1000 ans, et qui se sont rendus jusqu’au Groenland. Ce faisant, ils ont complètement remplacé une population qui était déjà présente, les «Dorsétiens», qui chassaient les petits mammifères marins, mais pas les baleines, et qui sont aujourd’hui disparus. Les Thuléens ont migré en plusieurs vagues successives et leur arrivée dans le nord du Québec remonte à il y a 700 à 800 ans, d’après l’Institut culturel Avataq.

Cependant, M. Rouleau et son équipe ont trouvé que même si leur culture est la même, les Inuits du Nunavik sont beaucoup moins apparentés qu’on pourrait le penser, génétiquement parlant, aux autres Inuits du monde. Ce sont les Inuits du Groenland et des Yupiks de Sibérie qui sont leurs plus proches parents, mais le lien de parenté remonterait à plus de 10 000 ans.

En fait, ils sont plus proches des «Paléo-Eskimos» (les Dorsétiens et d’autres avant eux) que des Thuléens, selon le communiqué de presse de McGill. L’article des PNAS est muet sur ce qui a pu se passer, et il n’a pas été possible de s’entretenir avec M. Rouleau au moment d’écrire ces lignes, mais on peut imaginer que les Dorsétiens du Québec n’ont pas été remplacés par les Thuléens, mais qu’ils auraient plutôt été assimilés.

Quoi qu’il en soit, les chercheurs ont par ailleurs identifié des variantes génétiques chez les Inuits du Nunavik qui suggèrent une adaptation à une diète riche en graisses — les autres populations inuites du monde montrent elles aussi le même genre d’adaptation. Ceux du Québec montrent toutefois d’autres variantes génétiques qui les rendent plus vulnérables aux anévrismes intracrâniens, une déformation d’artères du cerveau qui peut avoir de très graves conséquences.

La Capitale

Qui a tué Blanche Garneau?

Le corps de Blanche Garneau, 21 ans, a été retrouvé au Parc Victoria le 28 juillet 1920, il y aura 100 ans l’an prochain. Les derniers acteurs et témoins qui auraient pu éclairer le mystère sont aujourd’hui disparus. À moins que surgisse une confession quelque part dans des archives familiales, on ne saura jamais la vérité sur ce qui fut une des plus retentissantes histoires des annales judiciaires de Québec.

Une explosive théorie du complot voulait que les auteurs du viol et du meurtre aient été des fils de députés que les autorités politiques et judiciaires ont voulu protéger.

Cette thèse fut répercutée par des journaux, publications et œuvres de fiction qui n’ont rien à envier aux «fake news» et réseaux sociaux d’aujourd’hui. Cette thèse courait encore dans les années 70.

Le journal montréalais ultramontain (religieux) Le Franc Parleur avait à l’époque distribué un pamphlet vitriolique dans la basse-ville de Québec intitulé «La non vengée».

On y évoquait un «Club des Vampires» fréquenté par de jeunes hommes de la haute qui y attiraient des jeunes femmes pour en abuser.

L’histoire était invraisemblable, mais a longtemps nourri la perception d’un cover up politique et d’une justice à deux vitesse. Une pour les élites de la haute-ville et une autre pour les classes ouvrières et miséreuses de la basse-ville résignées à leur sort, en bon catholiques.

Ces disparités sociales ne sont cependant pas la seule explication à la résonance de cette histoire.

Des avocats et politiciens ont utilisé l’affaire Garneau à des fins partisanes.

Pour un, l’avocat nationaliste Armand Lavergne, ennemi acharné du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, ne se privait pas de colporter les rumeurs de corruption sur son adversaire.

Me Lavergne représentait alors un bûcheron qui fut accusé du meurtre de Blanche Garneau et avait intérêt à détourner l’attention vers d’autres suspects.

Il a aussi représenté l’éditeur de The Axe, un torchon publié à Montréal qui avait mis en cause deux députés libéraux.

Excédé, Taschereau fit voter une loi pour alourdir la peine de prison de l’éditeur et déclencha une Commission royale d’enquête qui blanchira tout le monde. Cette réaction intempestive ajoutera aux rumeurs.

Déjà que le double statut de Taschereau comme premier ministre et procureur général de la province ouvrait la porte aux spéculations.

Une telle proximité du politique et du judiciaire nous paraîtrait impensable aujourd’hui. Sauf une fois au chalet, dans l’affaire SNC-Lavallin.

Lorsqu’il a quitté la vie publique dans les années 70, le vénérable député Maurice Bellemare, alors doyen de l’Assemblée Nationale, mettra en garde les jeunes qui veulent se lancer en politique : «Éloignez-vous des femmes! Qu’on se souvienne de l’Affaire Blanche Garneau».

L’auteur Réal Bertrand rapporte la déclaration dans son ouvrage documentaire Qui a tué Blanche Garneau?

Balados

Richard Therrien: le «vrai» enfant de la télé [BALADO]

Quand il était jeune, regarder la télévision était une obsession pour Richard Therrien, plus important que jouer dehors ou même avec des amis. «J’étais un enfant un peu particulier», dit-il. Pas surprenant que son rêve était de travailler pour TV Hebdo.

Même s’il vit maintenant son rêve en chroniquant la télé au Soleil, dans l'ensemble des journaux de Groupe Capitales Médias, ainsi qu'au 98,5 FM, ça reste un travail, nuance-t-il. «C’est pas vrai que les gens écoutent la télé avec un carnet de notes [comme moi]. La chronique, il faut l’écrire. Je fais des entrevues, je vais sur des tournages», explique le journaliste.

Il y a un paradoxe autour du petit écran, souligne Richard Therrien. «C’est l’art le plus rassembleur, mais aussi le plus sous-estimé. Il y a des gens qui se vantent de ne pas regarder la télé. C’est sûr qu’il y a de la mauvaise télé, mais il se fait aussi du mauvais cinéma, de mauvais livres, du mauvais théâtre.» Se vante-t-on de ne pas lire pour autant?

Cet amour pour la télévision comporte son lot de défis, comme les divulgâcheurs, un «cauchemar» pour le chroniqueur. Comment analyser une œuvre sans parler d’importantes décisions scénaristiques? «C’est complexe», s’exclame le chroniqueur. S’il comprend le principe, les gens doivent aussi, selon lui, se responsabiliser. Pourquoi, après tout, lire un texte sur une série si on a peur d’en apprendre trop? C’est jouer avec le feu!

Actualités

Dans la peau d'une mascotte [VIDÉO+PHOTOS]

Champion, Badaboum, Bubusse : qui se cache réellement derrière ces peluches colossales? Des étudiants, des professionnels, des gens de tout acabit, visiblement mordus de ce métier teinté de transpiration.

Je suis attendue à 12h30 dans la loge des mascottes, le garage d’une maison de la route des Rivières à Lévis, à proximité de l’Exposition Internationale d’Autos de Lévis.

Il fait chaud, déjà. Le soleil tape fort.

Je rejoins Cathy Lanouette, directrice de Créations Animation Mascottes, et sa brigade de sept animateurs dont les noms seront tus. L’anonymat est une des premières règles déontologiques du métier. Aussitôt le costume enfilé, l’humain disparait. Il ne reste que Chevi des Chevaliers de Lévis, Nitro du Festidrag ou Alpha de l’Hôtel le Concorde Québec.

C’est ce qui plaît d’ailleurs à celui derrière Puce du Marché Jean-Talon, qui travaille depuis près de deux ans comme animateur. «Je suis timide, mais quand tu enfiles le costume, l’imagination embarque instantanément. Je tripe ben raide. On peut avoir du fun avec les gens sans leur jaser.»

Le personnage que j’incarnerai au plaisir des amateurs de voitures est Pato. Un sympathique canard qui ne possède pas la faculté du langage, comme toutes les mascottes d’ailleurs.

Plusieurs étapes sont nécessaires pour devenir Pato. On ajuste les gros souliers, les cerceaux de corps pour les rondeurs, puis la mentonnière pour s’assurer que la tête reste en place. On m’attife ensuite de la combinaison blanche, le tout, sur une grande feuille de papier disposée sur le sol, pour s’assurer que la peluche demeure intacte. Le prix de confection d’un pareil costume chez Créations Animation Mascottes : entre 5000 et 6000 $. Pas question de faire des taches inutiles sur Pato.

On ajoute finalement la tête du canard. Étonnement, son intérieur sent bon le détergent à lessive. Cathy Lanouette m’informe qu’elle a été trempée pendant plusieurs heures dans l’eau savonneuse, puis séchée par plusieurs ventilateurs dans une pièce déshumidifiée. Tous les costumes sont soumis au même traitement. L’hygiène est primordiale chez Créations Animation Mascottes.

Mon cœur pompe, je vois des étoiles, j’ai chaud, et je n’ai pas encore mis le pied dehors.

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Vérification faite

Vérification faite: moins d’insectes qu’avant?

L’AFFIRMATION: «Depuis quelques années, je retrouve beaucoup moins d’insectes dans ma piscine qu’il y a 10 ans. Et c’est encore plus marqué cette année : par exemple, je n’ai vu aucun bourdon [ou peut-être un] jusqu’à maintenant. Est-ce circonstanciel? On dit que non dans les médias, que le déclin est réel et dramatique, mais est-ce une fake news?» demande Philippe Boulanger, de Lévis.

LES FAITS

C’est surtout depuis 2017 que les médias parlent (beaucoup) d’un déclin massif et généralisé des insectes, dans la foulée d’une étude allemande qui avait conclu que la biomasse des insectes (soit le poids total de tous les insectes réunis) avait chuté de pas moins de 76 % dans les aires protégées d’Allemagne en moins de 30 ans. D’autres travaux du même genre ont par la suite été publiés. L’automne dernier, par exemple, une étude parue dans les PNAS indiquait que des pièges à insectes installés dans la forêt tropicale de Porto Rico avaient capturé en 2012 entre 4 à 8 fois moins d’insectes (en poids), voire 10 à 60 fois moins selon le type de piège, que les mêmes trappes posées aux mêmes endroits en 1976. Et une revue de littérature publiée ce printemps a également conclu qu’à l’échelle planétaire, la biomasse des insectes diminuait d’environ 2,5 % par année en moyenne.

Bref, il existe bel et bien des données légitimes et très inquiétantes au sujet du sort de la faune à six pattes. Mais il y a quelques petits (et gros) points à faire ressortir, ici.

D’abord, la couverture médiatique de ces études a adopté un ton totalement apocalyptique. Certains ont même évoqué la «disparition des insectes d’ici un siècle», ce que des entomologistes ont décrit comme une grossière exagération.

Ensuite, et par-dessus tout, les données dont on dispose sur les populations d’insectes ont beau être très sombres, elles n’en demeurent pas moins aussi très, très fragmentaires. «Je pense qu’il y a trop peu de données scientifiques fiables, largement réparties géographiquement, et poursuivies à terme assez long pour conclure au déclin généralisé des insectes», estime le chercheur en entomologie de l’Université Laval Conrad Cloutier. Le coordonnateur de la collection d’insectes de l’Université de Montréal, Étienne Normandin, est du même avis, et nombre d’autres entomologistes dans le monde ont lancé le même message au cours des derniers mois : les chiffres qu’on a sont alarmants, mais très insuffisants.

D’abord, il y a trop de régions du globe où l’abondance des insectes n’a pas été étudiée, ou si peu — la revue de litté publiée au printemps, par exemple, n’a recensé qu’une seule étude pour toute l’Australie et une seule pour la Chine. Ensuite, il y a beaucoup trop d’espèces d’insectes pour lesquelles on n’a pas de données : on ne connaît qu’environ 20 % du nombre estimé des espèces d’insectes sur Terre.

«L’argent de la recherche en entomologie est concentré dans des secteurs névralgiques où les insectes peuvent avoir un gros impact, comme la foresterie et l’agriculture. C’est normal, parce que les ravageurs peuvent causer des pertes économiques qui se chiffrent en milliards de dollars», dit M. Normandin, mais cela laisse aussi de grands «trous» dans le portrait d’ensemble des populations d’insectes.

En outre, poursuit-il, si le déclin est absolument indéniable dans le cas de nombreuses espèces, cela ne signifie pas que celles-ci laissent un espace vide derrière elles. «Ce qui arrive, c’est qu’on observe une homogénéisation des espèces d’insectes. Par exemple, j’ai fait une étude sur les espèces d’abeilles présentes en ville, et il y en a une poignée qui sont très bien adaptées. Même quand on regarde les milieux qui sont juste légèrement urbanisés, ces espèces-là réussissent très bien. Mais les espèces qui sont plus spécialisées ou moins adaptables, elles, on les perd», dit-il. Du point de vue de la biomasse, donc, la disparition d’une espèce n’implique pas que la somme des insectes «pèse» moins qu’avant. (Même si ça reste quand même une perte de diversité, évidemment.)

Un mot, pour finir, au sujet des bourdons, puisque M. Boulanger s’en sert comme d’un «indicateur», pour ainsi dire. «C’est au moins la cinquième personne qui me mentionne ça [l’absence des bourdons] cette année, alors il s’est peut-être produit quelque chose», dit M. Normandin. Il est possible, avance-t-il, que le printemps froid que nous avons connu soit en cause.

Mais voilà, M. Cloutier, qui vit lui aussi sur la Rive-Sud de Québec, mais en campagne, n’a pas l’impression d’avoir vu moins de bourdons qu’à l’accoutumée cette année. Si M. Boulanger voit de moins en moins de bourdons (et d’autres insectes) dans sa piscine depuis 10 ans, c’est peut-être plutôt parce que Lévis se développe à vitesse grand V, propose le chercheur. On peut imaginer, dit-il, qu’il y a 10 ans le quartier de M. Boulanger était proche de zones agricoles ou assez «sauvages» propices aux insectes, qui atterrissaient alors nombreux dans les piscines. Mais à mesure que la ville s’est développée, ces secteurs ont été urbanisés, si bien que les zones plus favorables aux insectes sont désormais plus loin du terrain de M. Boulanger.

Plus généralement, la situation des bourdons s’apparente à celle des autres insectes : nous avons des données qui prouvent le déclin de quelques espèces, et même qui suggèrent un déclin généralisé, mais on est encore loin d’en avoir la preuve, dit M. Cloutier.

LE VERDICT

Pas clair. Une bonne partie des données dont on dispose suggèrent qu’il y a effectivement un déclin des insectes, mais elles ne sont pas assez abondantes et solides pour le prouver de manière convaincante. Peut-être que cela viendra un jour, mais on n’est pas rendu là.

Chronique

Le vent qui a emporté Imagine Dragons

CHRONIQUE / Le groupe Kongos avait commencé à faire rouler son rock sur les Plaines lorsque le Festival a reçu vers 19h30 l’appel de WeatherOps, une entreprise de pointe dans la gestion des données météo. La firme basée sur le campus de l’Université de l’Oklahoma à Norman informe le Festival qu’un fort vent du sud-ouest pousse vers Québec une violente cellule orageuse. Les premiers courriels à cet effet étaient entrés à l’heure du souper, mais la menace se précisait.

Une mise en garde similaire avait été faite lors du spectacle de Mariah Carey, mais le vent venait ce soir-là du nord et l’orage avait dévié devant Québec.

En ce soir de Dragons, on attend l’orage vers 22h30 ou 23h, suivi de 75 minutes de pluies fortes. 

Pour un spectacle prévu à 21h30, c’est encore jouable, même s’il y a désormais un risque que le rappel soit compromis.

Le directeur de la production, Patrick Martin prévient la directrice Anne Hudon et Samantha McKinley des communications.  

À eux trois, ils forment ce soir-là la cellule de crise. Ils ont pleine autorité pour interrompre un spectacle, l’annuler ou évacuer un site.

Les assureurs du Festival ne donnent pas de «paramètres» en cette matière. Ils laissent à l’organisation la gestion du risque.

Le Festival vient d’entrer en «veille». 

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Au centre de contrôle dans un autobus derrière la scène, Patrick Martin suit les «tableaux de bord» avec les infos météo en direct et les images des caméras. 

Un capteur installé au sommet de la grande scène transmet toutes les 30 secondes les relevés sur la force du vent, «le pire ennemi» du Festival. 

Les organisateurs de grands événements ont tous en mémoire la catastrophe du Indiana State Fair, le 13 août 2011.

Des rafales à l’approche d’un violent orage avaient provoqué l’effondrement de la scène, faisant 7 morts et 58 blessés. «Ce fut une prise de conscience», confie M. Martin.

Le vent pourrait aussi emporter des pièces d’équipement et blesser des artistes ou des spectateurs.  

Les scènes sont des installations temporaires ancrées avec des ballasts et des haubans. Elles n’ont pas la solidité d’un vrai immeuble. 

Les toiles et écrans protecteurs agissent comme les voiles d’un voilier. Plus il y a de voilures, plus il y a de prise pour le vent et de risque.

La scène des Plaines est plus grande depuis une dizaine d’années, ce qui augmente le risque.

Kongos a quitté la scène, remplacé par Bishop Briggs. Dans les coulisses, on a déjà prévenu Imagine Dragons : Québec n’y échappera pas.

Vers 21h05, on avise les spectateurs qu’une veille d’orage violent est en vigueur et que le Festival suit la chose de près. On ne parle pas encore d’annulation, mais il suffit de voir la couleur du ciel pour comprendre ce qui s’en vient.

Imagine Dragons insiste pour commencer à jouer et montera sur scène 15 minutes avant l’heure prévue. Le groupe sait que son spectacle va être interrompu, mais fonce. 

À VOIR: La courte prestation d'Imagine Dragons en vidéo

Il aura le temps de deux chansons, explosives, avant que la station transmette une lecture de vent à 70 km/h.   

Le plan d’urgence est clair : à 70 km/h, on arrête le spectacle, on abaisse les écrans géants et on relève les éclairages de scène pour éviter un balancement et une fréquence pouvant mettre en danger la structure. 

Le spectacle est mis en pause, mais le pire est à venir. 

La rafale fatale sera enregistrée à 21h35 : 90 km/h. Plus forte que les premières prévisions de WeatherOps.  

Dans la cellule de crise, Patrick Martin fait sa recommandation. La nouvelle dg, peu familière encore avec les opérations, ne discute pas. L’ordre d’évacuation est donné.  

Que l’artiste soit la tête d’affiche n’influence pas la décision. 

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Outre le vent, on craint aussi la foudre. Elle est tombée sur le Manège pendant l’opération de montage. «Ça peut arriver», sait M. Martin. 

Le plan prévoit que si la foudre tombe dans un rayon de 10 kilomètres, le spectacle doit être interrompu. À 5 km, on pourrait décider d’évacuer et à 3 km, ça devient impératif.

Le Festival se garde ici une petite marge de manœuvre. Avec des ados ou de jeunes adultes capables de bouger vite, on sera un peu plus patients. On le sera moins s’il y a beaucoup de jeunes enfants. La décision appartient alors à la cellule de crise. 

Le Festival veut désormais éviter l’erreur des Foo Fighters. «On avait évacué trop tard», affirme M. Martin.    

«Quand on avait évacué, la foudre était déjà au-dessus de nos têtes. On avait étiré la sauce. On avait été un peu téméraires. C’est l’erreur qu’on n’a pas faite cette fois-ci».

Le plan d’évacuation des Plaines n’avait jamais été testé avant samedi, rapporte M. Martin. Ce plan vise à vider le site en 20 minutes. 

L’objectif n’a pas été atteint samedi soir. Il a fallu 45 minutes, selon des témoins. Des secteurs ont été vidés en 10 minutes, mais pour d’autres, ce fut plus long.

Il y a eu des ratés de communication avec le personnel sur le site, confie M. Martin. Il faudra améliorer ça.  

Le message n’était pas clair non plus pour tous les spectateurs. En donnant l’ordre d’évacuer, il aurait fallu préciser que le spectacle était annulé, ce qui aurait évité que certains restent au cas où.  

Une fois l’ordre d’évacuation donné, il n’y a plus de retour en arrière possible. 

Réadmettre tous les spectateurs impliquerait des contrôles et des fouilles qui auraient pris 1h30 à 2h, évalue M. Martin. Sans compter le délai causé par l’orage. 

Cela aurait mené à une fin de spectacle en milieu de nuit, avec l’impact du bruit et du temps supplémentaire des policiers, chauffeurs du RTC, employés de la Ville, etc. La Ville de Québec est tolérante, mais il y a des limites. 

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Les délais d’évacuation ont exposé les spectateurs de Imagine Dragons et des Foo Fighters à un risque, convient Patrick Martin. Il y avait encore des milliers de spectateurs sur le site pendant que soufflait la bourrasque et que la foudre menaçait. 

Le risque zéro n’existe pas, rappelle M. Martin. Il a raison. Il faut chaque fois évaluer quel niveau de risque est acceptable par le public.  

Si on convient que le vent et la foudre pouvaient être dangereux, on ne peut pas reprocher au Festival d’avoir pris la décision d’annuler. 

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Aurait-il été possible d’ouvrir davantage de clôtures pour évacuer plus vite? On a envie de penser que oui. Il y a cependant des contraintes physiques : falaise au sud; citadelle à l’est; immeubles au nord.

Voyant l’orage venir, aurait-il été possible d’inverser les spectacles de Imagine Dragons et de Bishop Briggs? Inverser aurait été difficile et dangereux, analyse M. Martin. Il aurait fallu démonter les équipements de Briggs et les remonter en catastrophe. 

Annuler le spectacle de Briggs pour faire commencer plus tôt celui des Dragons aurait cependant été faisable. Cela fera partie des réflexions du Festival lors du grand débriefing de l’automne. 

Sans doute y aurait-il eu des retardataires déçus d’être arrivés trop tard. Mais cela aurait mieux valu que de décevoir les 82 000 spectateurs déjà présents. 

Science

Les «aimants» à moustiques

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il y a longtemps que je me pose cette question : pourquoi certaines personnes se font piquer sans cesse par des maringouins et d'autres pas du tout, ou presque ? Il suffit que je sorte quelques minutes dans mon jardin et, déjà, j’ai quelques piqûres, alors que mon conjoint, lui, les maringouins lui tournent autour mais ne le piquent jamais. Nous avons fait une petite recherche sur le sujet mais n’avons pas trouvé grand-chose de concret», demande Sophie Lemarier, de Gatineau.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les moustiques ne se nourrissent pas de sang, en général. Leur appareil buccal est plutôt fait pour aspirer la sève des plantes et le nectar des fleurs. Oui oui, comme les jolis papillons, les sympathiques abeilles, les pucerons mignons et tant d’autres espèces dont les noms ne sont jamais maudits avec autant de régularité et de hargne.

La différence, c’est que chez le maringouin, la femelle a besoin d’une diète riche en protéines pour fabriquer ses œufs, et c’est dans ce but qu’elle suce le sang des autres animaux. Ce ne sont pas tous les moustiques qui «s’intéressent» aux humains, remarquez bien, mais sur les 52 espèces présentes au Québec, une trentaine nous piquent, selon le site de la Société d’entomologie du Québec [http://bit.ly/2JINXUy]. Alors on peut dire qu’on fait «notre grosse part», mettons…

C’est par une série d’indices que les moustiques femelles trouvent leur chemin jusqu’à nous, d’après la SEQ et un (excellent) résumé paru récemment sur le site de l’Office for Science and Society (OSS) de l’Université McGill [http://bit.ly/2xKZPA0]. Les mouvements et la forme du corps en feraient partie, de même que la traînée de gaz carbonique (CO2) que nous laissons derrière nous en respirant. La peau et la sueur contiennent également des composés, notamment des acides lactiques, qui attirent les moustiques — lesquels sont aussi sensibles à la chaleur de notre corps. C’est par les antennes que la femelle perçoit ces odeurs.

(Précisons ici que les antennes des moustiques mâles ne sont pas équipées pour détecter nos odeurs, mais plutôt pour entendre les battements d’ailes des femelles et capter leurs phéromones, en vue de l’accouplement.)

Mais cela ne répond pas vraiment à la question de Mme Lemarier : tout le monde exhale du CO2, tout le monde sue (encore que pas tous également, mais bon), tout le monde émet de la chaleur. Alors pourquoi certaines personnes seraient plus «tentantes» pour les maringouins ?

Ça n’est pas encore compris de manière précise et complète. Il faut dire que la «recette» de l’odeur humaine est faite de plus de 300 composés différents, ce qui ne simplifie rien. Mais la génétique semble être impliquée. Dans une étude récente [http://bit.ly/2XHwJfi], des chercheurs ont conçu une cage à moustiques menant à un tunnel en «Y». Au bout de chacune des deux branches du «Y» se trouvait un endroit où un humain pouvait glisser la main (protégée par un moustiquaire), et une quarantaine de paires de jumeaux ont accepté de se prêter au jeu. Pendant qu’un jumeau se plaçait la main dans une branche du «Y», l’autre faisait pareil dans l’autre branche, afin de voir si les moustiques allaient préférer l’un ou l’autre.

Résultats : les jumeaux identiques (qui ont exactement les mêmes gènes) attiraient les piqueurs de manière assez égale alors que pour les jumeaux fraternels (qui ne sont pas plus «pareils» que des frères et sœurs), les moustiques montraient souvent une préférence claire et constante pour un des deux. L’étude a conclu qu’environ 67 % de la différence était génétique.

L’article ne dit pas quels gènes sont impliqués, cependant, ni par quels mécanismes ils peuvent attirer les moustiques, à part en influençant notre odeur corporelle. Mais dans un commentaire à son sujet [http://bit.ly/2xJvEcr], le chercheur britannique Tim Spector, qui n’avait pas participé à cette étude, propose deux mécanismes possibles. D’abord, il confirme que des recherches (dont les siennes) ont montré que la génétique a un effet sur nos odeurs — en tout cas, celle de nos aisselles. Il est donc bien possible que certaines personnes possèdent des variantes de gènes qui rendent leurs senteurs plus ou moins attirantes pour les maringouins.

Et ensuite, d’autres gènes ont une influence sur la flore bactérienne qui vit sur notre peau et qui «sont aussi responsables d’une bonne partie de nos odeurs. Même en se lavant les mains, nous ne sommes pas capables de nous en débarrasser», écrit M. Spector. Ce qui fait donc une deuxième manière dont les gènes peuvent nous transformer en aimants à moustiques (ou en repoussoirs, pour les chanceux).

Mentionnons une dernière chose, pour finir : non seulement y a-t-il plusieurs facteurs humains qui sont impliqués, mais ce que nous appelons «moustiques» recouvre en fait des dizaines d’espèces différentes (juste au Québec, parce qu’il y en a 3000 dans le monde) qui ne sont pas toutes attirées exactement par les mêmes choses, même si certaines se recoupent. Certaines ignorent complètement les humains, et parmi la trentaine qui nous piquent, toutes n’ont pas les mêmes comportements et préférences. Comme l’écrit Ada McVean, de l’OSS, certaines espèces de moustiques sont plus actives le soir, d’autres pendant le jour, d’autres en début de saison, d’autres quelques semaines plus tard, etc. Et, ajoute M. Spector, il y en a qui sont plus attirées par l’odeur de nos mains et de nos pieds, et il y en a qui préfèrent d’autres parties de notre corps.

Bref, cela ajoute une couche de complexité supplémentaire à l’histoire : selon le moment de la journée ou de l’été, et selon les espèces de moustiques présentes, les «aimants» ne seront pas forcément toujours les mêmes.