La tour Martello no 4 est située sur la rue Lavigueur dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.
La tour Martello no 4 est située sur la rue Lavigueur dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Québec insolite: la tour Martello n°4 et ses nombreux usages

Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de la ville de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire qui mérite d’être racontée. Aujourd’hui: la petite histoire de la tour Martello no 4.

La tour Martello n°4 se dresse à la frontière entre la Haute-Ville et la Basse-Ville de Québec, sur la rue Lavigueur. Prise en étau entre les rangées d’appartements et la falaise abrupte, son positionnement stratégique saute aux yeux. La tour n°4 guette l’ennemi à l’horizon. Mais les murs de l’immense tour en pierre ont aussi entendu résonner des rires d’enfants.

Les quatre tours Martello sont bien connues à Québec. Érigées entre 1808 et 1812 par les Britanniques, les tours 1, 2, 3 et 4 ont été construites en ligne droite, du Cap-Blanc, près du fleuve, jusqu’au quartier Saint-Jean-­Baptiste. On était à l’aube de la guerre anglo-américaine (1812-1814) et les tensions étaient encore bien réelles entre les États-Unis et l’Angleterre à l’époque. 

D’entrepôt à observatoire astronomique, les tours changeront plusieurs fois de vocation au cours de l’histoire, explique Luc Nicole-Labrie, historien pour la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN). C’est la tour Martello n° 4 qui a été habitée le plus longtemps. En effet, à la fin du 19e siècle, puisque le quartier Saint-Jean-Baptiste n’est alors qu’un vaste terrain vide, l’armée canadienne, propriétaire du terrain, demande au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) de poster un agent dans la tour Martello n°4 afin que ce dernier entretienne la tour et dissuade les malfaiteurs de venir sur le terrain.

Le policier William Marcoux déménage donc avec sa femme et ses enfants dans la tour de la rue Lavigueur (rue Sainte-Cécile à l’époque). Malgré les nombreuses recherches du Soleil, il reste peu de traces de cet homme et de sa famille dans les archives municipales de la Ville de Québec. M. Nicole-Labrie souligne toutefois que, grâce aux annuaires municipaux, nous sommes en mesure d’établir que M. Marcoux serait décédé au tout début des années 1900. Sa femme et ses enfants auraient habité dans la tour jusqu’en 1905. L’annuaire de 1905 est donc la dernière trace officielle que nous ayons de la famille Marcoux. Dans son édition du 19 juin 1988, Le Soleil publiait une photo d’archive de la tour Martello n°4. Dans les escaliers, on y aperçoit plusieurs personnes, dont une femme et un homme. Selon M. Nicole-Labrie, ces personnes «pourraient» très bien être la famille Marcoux.

Après avoir été habitée, la tour n°4 devient lieu public. Elle a notamment été utilisée par un club médiéval avant que le Carrefour international de théâtre en fasse une scène. Aujourd’hui, la tour de la rue Lavigueur est l’hôte de jeux d’évasion organisés par la CCBN. À l’instar des tours n°1 et 2, elle accueille régulièrement des groupes touristiques à des fins d’interprétation historique et est visitée par petits et grands à l’Halloween.

Ne cherchez pas la tour Martello n°3 : elle a été déconstruite au début du 20e siècle afin d’agrandir l’hôpital Jeffrey Hale qui se trouvait, à l’époque, dans le secteur du Grand Théâtre de Québec.

La tour Martello au début du 19e siècle. 

L’origine des tours

Dans les années 1790, l’armée anglaise affronte la France dans ce que les historiens appellent aujourd’hui «les guerres napoléoniennes», explique Luc Nicole-Labrie. Lors d’une de leurs batailles, afin de conquérir un petit village de Corse, les Anglais sont freinés par une tour érigée sur le cap Mortella. Incapable de faire tomber cette tour de garde et très amochée par la bataille, l’armée britannique se retire. Ce n’est que l’année suivante que les Anglais réussiront enfin à conquérir la fameuse tour. 

Subjugués par son design et son efficacité, les Britanniques décident de répliquer le modèle de cette tour de garde un peu partout sur l’empire. «Du cap Mortella sont donc nées les tours Martello», raconte l’historien. 

Les tours sont toutes construites sur le même modèle composé de trois étages. Le premier étage servait principalement d’entrepôt pour les artilleurs. C’est à ce niveau qu’ils gardaient poudre à canon et autres munitions. 

Le deuxième étage comprend l’accès vers l’extérieur. «Aujourd’hui quand on visite les tours Martello, il y a un escalier. Alors que, quand on les a construites, le but était qu’elles soient des tours de défense, donc il n’y a pas de structure permanente à l’extérieur qui permet d’avoir accès la tour», précise M. Nicole-Labrie. L’entrée de la tour se trouve donc à une hauteur de «deux hommes et demi». Les soldats vivaient au deuxième niveau, appelé la caserne. Ces hommes habitaient 24 heures sur 24 dans les tours en groupe de 12 à 20 soldats. 

Le troisième et dernier étage abritait les canons.