Contenu commandité
La Capitale
Que reste-t-il du 400e de Québec?
Partager

La Capitale

Dans les coulisses du 400e avec Daniel Gélinas

Appelé en renfort pour «sauver» les Fêtes du 400e, Daniel Gélinas nous raconte comment il a vécu cette année pleine de défis. Dix ans après les célébrations de 2008, il en parle encore avec une passion et des émotions toujours vives.

Q. Racontez-nous comment vous êtes venu en relève à la direction de la Société du 400e?

R. Il y a eu quelques étapes. Régis Labeaume m’a appelé avant les élections à l’automne 2007. Le cas du 400e, ça tournait en rond et ce n’était pas positif. Il m’a demandé «qu’est ce que ça prendrait?» Je lui ai répondu que ça prendrait un changement d’image. La conversation s’est arrêtée là. Il m’a rappelé le 20 décembre. Je m’apprêtais à partir en vacances. «J’aimerais ça que tu prennes la place de directeur général à la Société du 400e.» J’ai pris un grand respire : «Oui, ouais. Est-ce que je peux y penser?» M. Labeaume a répondu: «Tu peux, mais t’as pas ben, ben le choix». Entre Noël et le jour de l’An, je pensais qu’il m’avait oublié. Ce n’était pas une mauvaise chose parce que je trouvais ça un peu lourd. Le 26 ou le 27, il a rappelé et m’a demandé de venir chez lui. J’ai accepté en me disant que je ne peux pas faire pire. Je peux juste faire mieux.»

Avant la présentation du show du 31 décembre, on savait que ça n’allait pas bien. Il y avait beaucoup d’embûches, des problèmes d’organisation, de planif. On savait que c’était pour être quelque chose de difficile. Après coup, on s’est rendu compte qu’il y avait eu beaucoup d’erreurs, notamment qu’on a dépensé énormément d’argent en publicité pour convier les gens de partout au Québec de venir. Mais on était dans un lieu [place d’Youville] qui ne pouvait pas contenir plus que 4000 à 5000 personnes. C’était un show qui n’était pas pensé convenablement.

Chronique

Que reste-t-il du 400e?

CHRONIQUE / L’élan de 2008 a fini par s’essouffler.

La fierté y est encore, l’économie tourne à plein, on s’est débarrassé des stigmates de quelques échecs et le Festival d’été entretient l’idée d’une grande ville festive.

La confiance béate qui nous avait fait croire un moment que tout redevenait possible a cependant été rattrapée par la réalité. 

Les projets d’Olympiques et de retour des Nordiques, relancés par l’amphithéâtre, sont retournés sur des voies de garage. 

Le sentiment d’avoir été un moment le centre du monde s’est dissipé. 

La complicité des deux rives pour un grand projet de mobilité durable, née au lendemain du 400e, a tourné au vinaigre. La zizanie s’est installée entre deux maires de village campés chacun sur leur ego. 

M. Labeaume, dont l’énergie de 2008 était contagieuse, paraît aujourd’hui fatigué. On le voit souvent maussade. Il perd ses repères et montre peu d’enthousiasme à «vendre» le tramway structurant, principal projet de son nouveau mandat.

Depuis 2008, la Ville de Québec a aseptisé ses Saint-Jean, il y a eu la mosquée, un G7 en demi-teintes, une impuissance chronique à mâter la circulation. 

L’esprit de fête a fini par se fondre dans une sorte de torpeur et de lassitude. 

Rien de la morosité de la fin des années 1990 et début 2000, mais la magie de cette année lumineuse n’est plus là. 

Même les hivers n’ont pas eu depuis l’exubérance de celui de 2008.

N’y voyez ni négativisme ni nostalgie. Seulement un constat. 

Il serait inutile d’essayer de reproduire le moment de grâce de 2008. Ça ne sera jamais pareil. Il reste à essayer d’en provoquer d’autres. 

Que reste-t-il du 400e? 

Beaucoup quand même. 

De la fierté, une expertise, un sentiment d’appartenance accru des banlieues envers la grande ville qui tardait à venir après les fusions.

Il reste cette leçon qu’il vaut la peine de changer le cap ou le capitaine quand on découvre qu’on va dans une mauvaise direction. Québec l’a fait en amenant Daniel Gélinas à la direction du 400e. La leçon pourrait servir à d’autres. 

Que reste-t-il du 400e? De magnifiques souvenirs que rien ni personne ne pourra nous enlever. Et de belles traces dans le paysage, parcs, sculptures, mémoriaux reçus en legs ou en cadeau de particuliers, d’autres villes ou gouvernements d’ici et d’ailleurs.

On pense à la promenade Samuel-­De Champlain, mais il y en a tant d’autres.

L’émouvante fontaine de Tourny, arrivée un an avant l’heure à l’été 2007, don de l’homme d’affaires Peter Simons et de sa famille pour le 400e de sa ville.

La spectaculaire horloge mécanique du Jura, arrivée des années après l’heure, en 2014. 

Les chaises poétiques de la place de la Gare données par Montréal. Les lampadaires jaunes du pied de la côte de Sillery, donnés par les Pays-Bas.

Les aurores boréales d’Ex Machina, restées allumées aux silos de la Bungee après que le Moulin à images se soit tu.

Les huit chevaux d’acier de Calgary galopant devant le fleuve près de l’escalier du Cap-Blanc. Combien d’autres qui témoignent ainsi de nos amitiés.

Il restera toujours étonnant que la Ville de Québec n’aie jamais réussi à s’entendre avec elle-même pour s’offrir un legs pour son 400e.

+

DES OMBRES SUR LE FLEUVE

Le 400e de Québec fut une grande célébration du fleuve et de l’eau. 

Ce fut l’année de la promenade Samuel-De Champlain, du bassin Brown, de la Pointe-à-Carcy, de la baie de Beauport et du bassin Louise. 

Les gouvernements du Québec et du Canada y ont consacré plus 140 M$ pour améliorer les accès publics et les paysages du fleuve.

Peut-être n’est-ce qu’une mauvaise coïncidence, mais 10 ans plus tard, il me semble voir aujourd’hui des nuages sur chacun de ces legs de 2008.

1. Le bassin Brown avec son pavillon et son quai avaient ouvert un nouvel accès public au fleuve. Le fédéral y a mis 7 M$.

L’animation a depuis laissé parfois à désirer, mais plutôt que de corriger, le Port de Québec a choisi de brader le site en catimini à un promoteur privé. 

Celui-ci achève d’y construire un spa qui obstrue la vue sur le fleuve et restreint l’espace public à proximité du quai. Le contraire de la tendance des dernières décennies. 

2. Autres legs du fédéral, la Pointe-à-Carcy et l’agora ont été remises à niveau pour 16,4 M$. 

En raison de son format, l’agora est restée depuis une scène difficile à exploiter, a déjà expliqué Daniel Gélinas.

La Pointe-à-Carcy a cependant gardé tout son sens. C’est un des horizons les plus larges et spectaculaires de Québec avec le fleuve qui enveloppe l’île d’Orléans devant les montagnes de la côte de Beaupré.

Voici que le Port et l’administration Labeaume veulent lui infliger une passerelle aérienne pour vélos, un projet improvisé dont un des effets sera de bloquer la vue sur le fleuve. 

L’autre effet sera de brûler pour un seul projet le budget de trois années de pistes cyclables.

L’administration Labeaume a rejeté (avec raison) l’idée d’un monorail aérien dans les rues de Québec, estimant que «personne ne voudrait ça en avant de chez lui». 

Le même argument devrait valoir pour la piste aérienne de vélo. 

3. Troisième legs du fédéral, les 20 M$ à la baie de Beauport pour un pavillon de service et des aires de jeu et de détente. 

Ça valait le coût pour mettre en valeur une plage de sable blond si près du centre-ville. La qualité de l’eau y permet la baignade depuis deux étés.

Ici encore le paysage du fleuve est unique. Une perspective de 270 degrés qui donne l’impression que la plage est une île et l’horizon, infini.

Le Port de Québec, avec la bénédiction de la Ville, projette de boucher une partie de cet horizon en allongeant un quai pour accueillir d’hypothétiques conteneurs et des grues. 

On ne s’inquiète pas assez, je trouve, du dommage irréparable au paysage que va causer ce projet pour un bénéfice collectif très aléatoire. 

4. Le pavillon de l’Espace 400e au bassin Louise fut au cœur de l’activité de 2008, mais se cherche depuis une vocation.  Rénové à grands frais par le fédéral, il n’est plus utilisé.

En fait, c’est tout le bassin Louise qui stagne. L’ambitieux plan de développement lancé par le Port de Québec en 2015 n’a jamais levé. 

Le grand marché du Vieux-Port va disparaître et le projet d’une plage publique à la tête du bassin que pilote la Société des gens de baignade, continue de se buter à l’indifférence du Port et de la ville.

Le 400e avait fait entrevoir de belles choses pour le bassin Louise. On se retrouve aujourd’hui devant rien.

5. Reste, heureusement la promenade Samuel-De Champlain. L’élan du 400e s’y est maintenu. On l’a prolongée jusqu’à la plage Jacques-Cartier et on s’apprête à faire de même jusqu’à la côte Gilmour. Le projet de nouveaux silos et d’un terminal de transbordement de grains à l’anse au Foulon vient cependant jeter une ombre à l’extrémité est de la promenade.

Il est vrai que le secteur est ingrat et est déjà occupé par des activités industrialo-portuaires. 

Si on accepte l’idée qu’un port puisse cohabiter avec la ville, il y a des compromis à faire. Celui-là est peut-être nécessaire.  

N’empêche qu’on s’apprête à dresser de nouveaux obstacles visuels entre le fleuve et la piste cyclable qui jouxte le boulevard Champlain. 

C’est contraire au grand mouvement vers le fleuve magnifié par le 400e.