Patrick Huard reviendra sur les planches le 9 août à l’invitation du festival ComediHa!, qui lui a confié l’animation d’un gala.

Patrick Huard: carburer aux questions

Avec sa dernière tournée lancée en 2012, ça fait un bail qu’on n’a pas eu l’occasion de voir Patrick Huard en spectacle. L’humoriste (et acteur et réalisateur et producteur et scénariste...) s’apprête à remédier à la situation. Il reviendra sur les planches le 9 août à l’invitation du festival ComediHa!, qui lui a confié l’animation d’un gala.

En plus de convoquer son incontournable personnage de Rogatien Dubois, Huard compte causer inclusion et amour-propre, nous dit-il. «Et j’ai un numéro sur le fait qu’il faudrait arrêter de demander aux humoristes de se prononcer sur de grands enjeux de société, parce qu’on n’est peut-être pas les plus qualifiés pour régler ces problèmes-là», rigole celui qui partagera la scène avec Phil Roy, Mathieu Cyr, Alexandre Barrette, Boucar Diouf, Didier Lambert, Mehdi Bousaidan, les Grandes Crues, Simon Gouache et Léa Stréliski. Entretien autour d’un retour qui pourrait ouvrir la porte à davantage... Ou pas!

Q    Comment s’est orchestré ce retour sur scène?

R    Ils m’ont appelé en septembre. Je me suis dit : «ça me tente tellement!» Pour vrai, un contexte de gala, c’est moins stressant. On n’a pas toute la pression. Le contact direct avec le public me manque. J’avais envie de revivre ça.

Q    Comment ç’a été de reprendre la plume en tant qu’humoriste? Comment avez-vous choisi vos thèmes?

R    C’est des affaires que j’avais en tête. J’écris encore beaucoup pour le fun. Je prends des notes, je fais semblant que je suis chroniqueur. Pour moi, c’est de réfléchir à ce qui se passe dans la société en général. Je suis pas mal l’actualité. Et c’est toujours par l’angle de l’humour que je l’analyse. C’est resté un réflexe. Il y a des sujets qui méritent une plus longue réflexion que juste des réactions. Je trouve que l’écriture permet de réfléchir. Tu te relis après, tu peux voir si c’est clair, si c’est vraiment ce que tu veux dire. Ça permet à la pensée d’évoluer sur différents sujets. 

Q    Pensez-vous que ce gala pourrait semer la graine pour un prochain spectacle?

R    Je ne sais pas, je réfléchis à tout ça. Je me demande si je suis encore pertinent. Moi, je ne suis pas dans le milieu de l’humour sans arrêt. Et les jeunes, eux autres, ils ne lâchent pas! Ils sont bons, ils clanchent, ils sont pros. Ils font le métier avec sérieux. Ils arrivent avec des affaires qui sont rodées au quart de tour. Est-ce que moi, j’apporte encore une couleur qui est pertinente, qui a une place, qui veut dire de quoi, qui est utile? Je n’aurais pas envie non plus de faire un show où il y aurait juste du monde de mon âge dans la salle. Je voudrais qu’il y ait des jeunes qui viennent voir mon show. Est-ce que je suis encore la puck ou je suis comme le vieux joueur de hockey qui veut revenir, mais que ça n’a pas d’allure? Je ne sais pas. 


« Est-ce que moi, j’apporte encore une couleur qui est pertinente, qui a une place, qui veut dire de quoi, qui est utile? »
Patrick Huard

Q    Vous vous interrogez sur votre statut d’humoriste, en somme... 

   J’ai toujours été un gars un peu comme ça. Je me questionne beaucoup, je ne tiens rien pour acquis. Avec le temps, il y a des choix qui se font pour des raisons artistiques, familiales, personnelles… En pensant au public, aussi. On a une grosse responsabilité envers le public, au Québec. Une grande partie de ce qu’on fait est financé par des fonds publics. Les shows d’humour, c’est différent, il y a des crédits d’impôt, c’est plus privé. Mais quand même. On a une responsabilité envers les gens d’utiliser ces fonds-là à bon escient, de faire des choses que les gens ont envie de voir, ont besoin de voir, qui vont faire avancer quelque chose. C’est le fun de penser à ça. Ç’a l’air dark, mais ça ne l’est pas!

Q    Voyez-vous ce passage au ComediHa! comme un test?

R    Ce n’est pas un test. C’est un événement en soi que je prends très au sérieux. Je ne m’en sers pas comme d’une piscine pour me saucer et voir si l’eau est frette. Ça me tient à cœur, je veux que le show soit bon. J’ouvre le festival, ça ne me tente pas que ça parte croche. Je veux que tous ceux qui ont accepté d’être sur mon gala soient fiers d’avoir été sur ce show. Après, pour la suite, on verra. Il n’y a rien de définitif. J’ai des cheveux gris, mais je ne suis pas sur mon lit de mort non plus!

Q    Et qu’en est-il du numéro que vous partagerez avec [votre conjointe] Anik Jean lors du gala animé par Véronique Cloutier?

   C’est un numéro musical, parce que c’est un show de variétés. On a décidé de revisiter des duos de chansons d’amour à notre façon. On s’amuse beaucoup à préparer ça.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi : Gala ComediHa! animé par Patrick Huard
  • Quand : 9 août à 19h45
  • Où : Palais Montcalm
  • Billets : 87,39 $ à 156 $
  • Info : comedihafest.com

***

BIENTÔT À L'ÉCRAN

Dix ans après la fin de Taxi 0-22, émission articulée autour de son personnage de Rogatien Dubois, Patrick Huard renouera avec le petit écran début 2019 avec Les honorables, qui sera mise en ligne par le Club Illico. 

Actuellement en tournage (d’où la petite barbe, pointe l’acteur), la série amène Huard à se glisser dans la peau d’un juge dont la fille est assassinée et qui verra son meurtrier présumé libéré. Alors que s’effrite la confiance qu’il accordait au système de justice, «la chaîne va débarquer», résume l’interprète. 

«Ça parle de quelqu’un qui contemple la possibilité de se faire justice lui-même, reprend Huard. Est-ce que c’est ça la réponse? Et qu’est-ce qu’un événement comme ça peut faire à une famille? C’est très humain et en même temps, c’est un thriller. Les rebondissements qu’il y a là-dedans! Je pense que c’est là que la série se démarque. Souvent, dans le thriller, c’est intellectualisé, Là, on est dans les répercussions humaines. C’est plus réaliste.»

Avec sa compagnie de production, Jessie Films, Patrick Huard avance avoir plusieurs projets en chantier. Il y a d’abord ce film, Top Coiffeuse, écrit par sa conjointe, Anik Jean. «C’est un faux documentaire sur un concours de coiffure qui se déroule en Floride. C’est vraiment très drôle. Je trouve que c’est un genre qu’il fallait revisiter. Anik est une grande fan des films de Christopher Guest», évoque le réalisateur, qui mijote aussi un projet de film avec Micheline Lanctôt et qui dit avoir quatre séries télé en développement.