L’impact du 9 à 5 sur le cerveau des couche-tard

On dit souvent que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Qu’en est-il des 10 à 20 % de la population qui ont un «chronotype du soir» ? Ces personnes sont biologiquement contraintes à être plus actives en fin de journée, se couchent après 2h du matin, et ont besoin de plus d’un réveil pour se tirer du lit.

Passer au travers d’une journée de travail selon un horaire standard est un défi quotidien pour ces couche-tard. Non seulement leurs facultés cognitives sont affectées, mais leur état de santé à long terme est menacé.

Pour arriver à cette conclusion, des chercheurs de l’université de Birmingham, au Royaume-Uni, ont comparé les fonctions cérébrales, au repos, de 22 jeunes adultes de type «soir» à celles de 16 autres de type «matin» à trois heures différentes de la journée : 8h, 14h et 20h. Le réseau du mode par défaut, qui s’active lorsque nous sommes éveillés, mais inactifs, est important pour plusieurs fonctions du cerveau.

Fonctions affectées

Pendant deux semaines, ils ont mesuré le taux de cortisol et de mélatonine – hormones impliquées dans le sommeil – des participants et les ont ensuite soumis à des IRM et des scanneurs. Parallèlement, les participants ont aussi réalisé des exercices d’attention et un report quotidien de leur niveau de fatigue. Résultat : les parties du cerveau liées à l’attention des individus de types soirs ont une moins bonne connectivité, et pas seulement à 8h le matin ! Ceci pourrait expliquer leur temps de réaction plus lent et leur niveau de fatigue permanent.

«On savait déjà que les types matins et soirs fonctionnaient différemment selon les heures de la journée, surtout quand on leur impose un horaire. Mais c’est la première fois que l’on voit un lien entre les fonctions cérébrales et les comportements en matière de cognition et de vigilance ; c’est très intéressant !», déclare Marie Dumont, neurophysiologiste et professeure à l’Université de Montréal, qui n’a pas été impliquée dans ces travaux.

Cerveaux exceptionnels

Faut-il pour autant remettre en question les horaires de travail ? Pas vraiment, selon la chercheuse au Centre d’études avancées en médecine du sommeil.

«On ne sait pas si les différences du fonctionnement du cerveau des types « soir» sont dues à un manque de sommeil ou sont une caractéristique personnelle ». Pour cela, une autre comparaison aurait été nécessaire : celle de la connectivité du cerveau des couche-tard lorsqu’ils sont obligés de se lever tôt par rapport à lorsque leurs horaires sont spontanés.

Reste également à voir lequel des deux chronotypes comparé est le plus étonnant. «Quand on étudie les différences entre deux groupes aussi extrêmes, on peut jouer sur les deux plans. Des jeunes de 22 ans qui se couchent à 20h, il n’y en a pas beaucoup. C’est peut-être eux qui ont un cerveau particulièrement actif et pas l’inverse ?», questionne la chercheuse.

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Ce texte est d'abord paru dans Québec Science. Pour lire d'autres articles de ce magazine, rendez-vous à www.quebecscience.qc.ca.