Le nouvel album de Pierre Lapointe, La science du coeur, sera dans les bacs le 6 octobre prochain.

Les nouveaux classiques de Pierre Lapointe

Près de cinq ans après Punkt, épopée musicale éclatée trempée dans la culture pop, Pierre Lapointe revient à l'avant-scène le 6 octobre avec le fruit de ses nouvelles explorations. Orchestral et truffé de références artistiques - de Steve Reich à George Orwell, de David Hockney à David Bowie, etc. - l'album La science du coeur a été créé en collaboration avec le compositeur français David François Moreau et veut, selon Lapointe, bâtir un pont entre la chanson française et la musique contemporaine. L'auteur-compositeur-interprète, qui divise ces temps-ci son horaire entre le Québec et la France, où son album sera lancé simultanément, a ouvert pour Le Soleil quelques fenêtres sur ses nouvelles créations.
Q Quelle réflexion a guidé l'écriture de La science du coeur?
R En gros, j'essaie toujours de faire évoluer la chanson. J'essaie toujours de voir ce qui s'est fait, ce qui s'en vient. Et j'essaie de voir comment, à partir de mes réflexes premiers, je peux faire pour la faire évoluer. Du haut de mes 33-34 ans (c'est l'âge que j'avais quand j'ai commencé à écrire ce projet-là), j'ai décidé que j'allais essayer de faire le pont entre la musique contemporaine et une grande tradition de chanson française pour finir par créer un objet fondamentalement actuel et contemporain, voire un peu en avance. 
Q Tu décris dans le livret de l'album ta collaboration avec le David François Moreau comme «foudroyante, riche en idées et en libertés de toutes sortes». Qu'est-ce qu'il a principalement apporté au projet?
R Je pense qu'il était la deuxième partie du cerveau que ça me prenait pour créer ce monstre qui allait devenir ce disque-là. Il a des connaissances techniques que je n'ai pas, il a une connaissance de la musique contemporaine et de la musique classique. C'est un arrangeur et un réalisateur. Il fait tout ce que je ne sais pas faire. Ce disque, pour moi, c'est surtout d'essayer de créer de nouveaux classiques. De créer des chansons qui ont l'air d'exister depuis toujours quand on les écoute pour la première fois, mais qui sont vraiment de nouvelles chansons. Je ne pense pas qu'un texte comme La science du coeur aurait pu être écrit dans les années 60. Même dans les arrangements... Quand on regarde les grandes chansons d'Aznavour, de Brel ou de Ferré, elles faisaient référence à de grandes orchestrations plutôt classiques. Mais on n'avait pas l'influence de Steve Reich et de Philip Glass parce qu'ils arrivent dans les années 60, ces compositeurs-là. C'est quand même récent dans l'histoire de la musique. Donc pour moi, [intégrer ces références] était une façon de faire évoluer la chanson. 
Q Dans cette démarche d'abord intellectuelle, réussis-tu aussi à exprimer tes émotions?
R Oui, c'est sûr. Il y a beaucoup d'autobiographie dans ce que j'écris, mais il y a aussi beaucoup de fantasmé. Ce qui fait que l'album réussit à être touchant, c'est aussi qu'on sent qu'il y a un gars qui nous parle. Pour moi, c'est l'exercice d'une vie. Je suis quelqu'un d'extrêmement intellectuel. Mais je suis aussi très instinctif et sensible. J'ai développé ce côté intellectuel justement pour stabiliser la grande sensibilité que j'avais. Je pense que rendu à 36 ans, ça fait que dans mon travail, je peux être dans quelque chose de très, très réfléchi et être très fluide et spontané. 
Q Dans les remerciements du livret, tu lances une consigne à tes auditeurs, disant que l'album doit être écouté sans interruption et qu'ils en sortiront «transformés»...
R C'est l'humour qu'on me connaît, mais c'est aussi parce qu'on a construit quelque chose. Un album, c'est un tout. J'essaie de créer une mise en scène où chacune des chansons propulse celle d'après et que les chansons se répondent bien. [...] Et le but, c'était un peu de faire une blague et de questionner notre espèce de manque d'attention communautaire à l'échelle planétaire. On a tous un déficit d'attention absolument extraordinaire. 
Q La dernière pièce, Une lettre, est cosignée par Daniel Bélanger. C'est la première fois que vous écrivez ensemble?
R On avait collaboré sur une pièce musicale qui n'a jamais vu le jour. Je ne sais même pas elle est rendue où. Mais on se connaît bien, Daniel et moi. Je l'appelle mon doyen. Son album Les insomniaques s'amusent, c'est le premier que j'ai appris par coeur avec L'amour est sans pitié de Jean Leloup. Avec Daniel, on est devenus amis. [...] Il est un mentor, c'est une référence pour moi en chanson. Dans ma façon d'écrire, il y a toujours un peu de Leloup, un peu de Plamondon et de Bélanger. Ce sont des gens qui m'ont profondément marqué. Pour le petit enfant [en moi] qui tripe sur la musique, c'est très excitant et très impressionnant de savoir que j'ai une chanson avec lui.
Q Comment comptes-tu transposer cet univers sur scène?
R Comme c'est impossible de faire un show symphonique comme l'album, j'ai décidé d'aller complètement à l'encontre et de faire comme Léo Ferré, qui arrivait seul sur scène avec son pianiste. Je serai accompagné de deux musiciens et c'est tout. Ça va se trouver entre le récital de chanson et le concert de musique classique contemporaine. Donc très classique dans les sonorités, mais avec des éclairages dignes d'un show électro...
***
Vous voulez y aller?
Qui : Pierre Lapointe
Quand : 7 et 8 décembre
Où : Grand Théâtre
Billets : 57,50 $