Alors que Patrick Roy a fait ses premières armes comme entraîneur-chef des Remparts au Colisée Pepsi, son deuxième passage à la barre du club junior se déroulera derrière le banc du Centre Vidéotron.

Le retour vers le futur de Patrick Roy

Mai 2013. Onde de choc dans le monde du hockey. Patrick Roy quitte les Remparts de Québec et fait le saut dans la LNH comme entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado. Une décision réfléchie, mais aucunement planifiée. Tout au long de la saison précédente, le Diable rouge en chef pensait plus à bâtir une équipe en prévision de la Coupe Memorial qu’à remporter la Coupe Stanley. À l’occasion de son retour derrière le banc, Le Soleil revient sur ses derniers mois à la barre des Remparts, le club qu’il n’a quasiment jamais quitté.

Ironiquement, c’est la construction de l’amphithéâtre où Patrick Roy dirigera son premier match, samedi après-midi, qui l’influencera, en partie, à mettre les voiles vers Denver à un moment charnière de l’histoire du club junior.

«Ce n’était pas dans mes intentions de quitter les Remparts. Ce que je voulais, c’était d’être derrière le banc lors de la Coupe Memorial de 2015, parce qu’on avait déjà commencé à réfléchir à l’idée de l’accueillir pour la dernière année au Colisée Pepsi», rappelle celui qui rentre à la maison après une absence de cinq ans.

Symbole de son retour vers le futur, l’entrevue se déroule sur la Place Jean-Béliveau avec vue sur les deux arénas l’identifiant aux Remparts. Celui d’hier, celui d’aujourd’hui.

Quelques années avant de partir pour le Colorado, Roy avait refusé une offre pour diriger les Capitals de Washington. D’autres clubs ont aussi tâté le terrain, sans le sortir de sa ville.

«Quand j’ai rencontré Joe [Sakic] et Josh Kroenke, j’avoue avoir eu le goût de voir ce que je pouvais faire à un autre niveau. Je savais aussi que les gens voudraient que les Remparts évoluent au Centre Vidéotron, qu’on ne pourrait pas garder l’équipe. Sans dire que j’avais moins de sentiment d’appartenance, ça m’ouvrait un peu plus la porte pour aller vivre une autre expérience. Le meilleur scénario pour assurer la survie des Remparts était ensuite passer le flambeau et de vendre le club à Québecor», rappelle-t-il à propos de la transaction ayant été conclue pendant l’année de cette fameuse Coupe Memorial.

Roy tournait ainsi la page sur huit ans de coaching et de 10 comme directeur général des Remparts. Il est toujours animé par la même flamme, mais s’amène sans vouloir revivre certains épisodes, appelons-les folkloriques.

Plus sage

«J’ai lu quelque chose sur Bill Belichick [entraîneur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre dans la NFL], qui se considérait meilleur après son passage à Cleveland. Je pense aussi être rendu à une autre place. J’ai plus d’expérience, mes trois saisons dans la LNH m’ont été très profitables, comme mes deux hivers à ne rien faire. Je déteste perdre, et ça ne changera jamais. Je vais toujours être intense et allumé. Sauf que mon approche sera différente. Je pense être plus sage, aujourd’hui, je recherche moins ça. J’ai pris le temps de faire une introspection, un examen de conscience. Il y a peut-être des limites que je ne franchirai plus», admet celui qui fêtera bientôt son 53e anniversaire.


« Je déteste perdre, et ça ne changera jamais. Je vais toujours être intense et allumé. Sauf que mon approche sera différente. Je pense être plus sage, aujourd’hui, je recherche moins ça. J’ai pris le temps de faire une introspection, un examen de conscience. Il y a peut-être des limites que je ne franchirai plus. »
Patrick Roy

Un beau défi s’offre à lui. Les Remparts n’ont pas dépassé la première ronde éliminatoire lors des trois dernières saisons et ils attiraient un peu moins de monde qu’à leurs bonnes années.

«Je ne m’en cache pas, je pensais que ma carrière de coach était terminée après mon départ de l’Avalanche. J’avais jeté toutes mes affaires à la poubelle, je n’étais pas du tout content de la manière dont ç’a avait fini au Colorado. J’ai réalisé depuis deux ans que j’avais besoin de bouger. Je suis heureux ici, j’y ai mon cercle d’amis, je peux jouer au golf et dans une ligue de garage, aller souper, avoir une vie sociale qui me donne de l’équilibre au lieu d’être tout seul dans un condo. Si j’étais resté là-bas, j’aurais été malheureux dans tous les aspects.»

Alors bon retour chez vous, Patrick Roy!

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2012-2013 : PATRICK SUR LES TRACES DE ROY...

Il ne savait pas, à ce moment, que la saison 2012-2013 serait sa dernière avec les Remparts. Patrick Roy replonge dans ses souvenirs et explique certaines décisions prises pendant sa huitième et dernière campagne à la barre de l’équipe.

- 6 juin : le 20 ans Gabriel Desjardins échangé à Rouyn-Noranda lors du repêchage à Québec.

«Je voulais avant tout renflouer ma banque de choix, car l’année précédente, ils avaient r’volé pas mal pour faire les acquisitions d’Adam Erne et Grigo [Mikhail Grigorenko]. J’adorais Gabriel, et les amateurs aussi, parce que lors de l’annonce de la transaction, les gens ont crié “chou” dans le Colisée.»

- 22 juin : Mikhail Grigorenko repêché en 1re ronde (12e) par les Sabres de Buffalo.

«Je trouvais ça correct, je me disais qu’il reviendrait à 18 ans tout en sachant qu’il ne serait pas là pour l’année de la Coupe Memorial. On peut dire qu’on a été gâté avec les Russes au fil du temps avec Grigo, Radulov, Kucherov, Kugryshev, les frères Bashkirov et même Stefanovich. Ce n’était pas trop mal.»

- 2 octobre : le capitaine Martin Lefebvre devient le défenseur le plus productif de la renaissance des Remparts.

«Dès le moment où on l’a repêché, il a été une révélation. J’avais reçu un paquet d’appels pour Fever, mais on ne voulait pas vendre et on n’était pas des acheteurs agressifs non plus. Aujourd’hui, je réalise que les choix sont très importants dans le développement d’une équipe.»

Le Soleil a demandé à Patrick Roy de replonger dans les souvenirs de sa dernière saison à la barre des Remparts, en 2012-2013.

- 20 novembre : Nikita Kucherov passe aux Huskies de Rouyn-Noranda.

«J’aurais aimé le garder, je l’ai échangé avec regret. Mais je ne pouvais pas le laisser dans les gradins. On le regarde jouer aujourd’hui, admettons qu’il ne méritait pas ça. Je devais aussi respecter ma parole et ça n’aurait pas été honnête de garder les trois [Kucherov, Grigorenko et Nick Sorensen], il aurait fallu que je brûle un contrat jusqu’au 10 janvier. Je n’ai pas obtenu sa valeur maximale en retour parce que personne ne l’avait vu jouer. J’ai même eu de la misère à l’échanger, j’avais dit à André [Tourigny] : “Arrête de niaiser, je t’envoie tout un joueur”. Je pense qu’il serait retourné chez lui si je ne l’avais pas échangé.»

- 19 janvier: après une défaite de 11-2 contre Halifax, Adam Erne et Anthony Duclair sont expulsés de l’équipe.

«Ils l’ont été juste un après-midi. Je voulais qu’ils adhèrent au concept d’équipe, c’était important qu’on ne ferait pas leurs quatre volontés, même si on avait tout fait pour les amener à Québec. J’ai toujours cru qu’on formait un meilleur club avec 20 gars qui se tiennent et non pas avec 10 d’un bord et 10 de l’autre. Les deux savaient que je les adorais, que je faisais cela pour leur bien, mais parfois, ça prend un électrochoc.»

- 17 mars : Les Diables rouges terminent cinquièmes au classement avec 89 points.

«Il me semble que chaque saison, on n’était pas loin du top 5, notre combiné victoires/défaites a sûrement été l’un des meilleurs de la LHJMQ pendant ces années-là.»

- 12 avril : après avoir battu Chicoutimi en six matchs, en première ronde, les Remparts s’inclinent en cinq contre les Huskies, notamment à la suite de trois défaites successives à Rouyn-Noranda. L’entraîneur-chef — il avait fait voyager Sorensen en cachette en Abitibi malgré une blessure à l’épaule — l’ignorait, mais il venait de diriger son dernier match.

«Rouyn avait une très bonne équipe avec Kucherov et Desjardins, disons qu’on les avait aidés un peu! Nick a été une lourde perte pour nous, mais malgré cela, Rouyn était plus fort, plus à maturité que nous. Pour le jeu de cachette avec Sorensen, je ne m’en rappelais pas, mais je me souviens qu’on avait du fun, aussi.»

23 mai : l’Avalanche annonce la nomination de Patrick Roy comme entraîneur-chef et vice-président opérations hockey.

«Idéalement, j’aurais aimé que ça se fasse après la Coupe Memorial, mais le train ne passe pas toujours lorsqu’on le veut. Il était clair pour moi que je ne quitterais pas les Remparts sans avoir des responsabilités au deuxième étage au Colorado, ce qui est aussi la raison pour laquelle je suis parti parce que ça n’a pas été respecté et ça ne me tentait pas de confronter Joe là--dessus.»