Le chalet La petite sœur, à Saint-Donat, est un agrandissement au revêtement de bois blanc conçu par ACDF Architecture. Il préserve le bâtiment d’origine et fait écho aux granges ancestrales, peintes à la chaux. Source: v2com

Le retour de la maison blanche

Les maisons blanches font un retour en force dans le paysage québécois. Pures et fières, ces nouvelles constructions rappellent les bâtisses et les granges d’autrefois. Mais les concepteurs et les entrepreneurs prennent soin de leur insuffler une touche bien contemporaine.

«Même s’il revient, le blanc était là il y a 150 ans. C’est certainement la couleur dominante dans le bâtiment ancestral», souligne l’architecte Pierre Thibault. 

En plus de sa résidence blanche des années 1950 à Québec, il possède une maison familiale datant du début du XIXe siècle, blanche elle aussi, dans Bellechasse. À l’époque, même les bâtiments de ferme étaient blanchis à la chaux avec de grosses brosses. «La peinture n’existait pas. C’était la seule façon de protéger le bois.»

Son père a retrouvé une photo de famille d’il y a 100 ans, les enfants bien mis, devant un mur extérieur immaculé. Pierre Thibault croit qu’un peu de blancheur faisait du bien à une époque où les conditions d’entretien et d’hygiène n’étaient pas celles d’aujourd’hui.

Le projet Les Jumelles, conçu par L’atelier Pierre Thibault, en Estrie, revisite les maisons du passé.

Encore en 2019, il suffit de survoler la campagne québécoise pour constater la multitude de petits points blancs. «Quand on fait un projet à l’Île d’Orléans, il faut travailler avec le ministère de la Culture qui préconise la maison de bois blanc», indique de son côté Marie-Pier Marin, bachelière en architecture pour André Rousseau Construction.

Sur cette vue aérienne de Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans, on sent bien les bâtiments blancs.
La maison Rouleau vers 1920, à Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans

Diverses influences

Mais au-delà de ce désir de conserver le patrimoine, les clients sont de plus en plus nombreux à choisir un revêtement clair par simple goût. «Depuis un an, on a une demande incroyable», remarque Mme Marin, qui a aussi conçu des maisons blanches à Saint-Ferréol-les-Neiges et à Neuville. Une influence qui provient du Maine et de son look bord de mer, selon elle.

Maison blanche située sur les berges du Saint-Laurent à Neuville, conçue par Marie-Pier Marin, d’André Rousseau Construction.

Frédérick Lachance, copropriétaire de Manero Construction, attribue cette tendance à l’engouement pour les maisons de style farmhouse revisitées, où le blanc côtoie le bois et le noir.

Le projet Villa Silva et Alta de Villa Habitations, entrepreneur général Manero Construction, à Saint-Ferréol-les-Neiges

«Depuis quelque temps, on voit poindre une forte influence scandinave en architecture et en design. Des lignes simples et dépouillées d’ornementation, des matériaux naturels et du blanc, bien entendu», explique pour sa part Steve Girard, designer d’intérieur, entrepreneur général et promoteur immobilier.

La résidence Gilbert Poulin, signée Steve Girard designer, est vêtue de blanc et de noir. Des touches de bois blond donnent un effet naturel à l’ensemble.

Les gens veulent harmoniser l’intérieur et l’extérieur de leur maison, sent la designer Marie-Claude Drouin. Puisque le blanc est présent en décoration depuis un bon moment, il transpire à l’extérieur. «Il y a un retour très fort du bois rustique et le blanc le met en valeur.» Les grandes bâtisses semblent plus lourdes avec un revêtement foncé, il y a un désir d’alléger, poursuit-elle.  

Située à Beaumont, cette résidence signée Boivin Construction a été conçue en collaboration avec Luc Tremblay, architecte, et Marie-Claude Drouin, designer. Elle était finaliste aux prix Nobilis 2018.

Les magazines spécialisés en habitation montrent de plus en plus ces demeures lumineuses, qui se fondent dans le paysage enneigé. «C’est très beau l’hiver. Le bâti fait encore plus corps avec son environnement», mentionne l’architecte Pierre Thibault, en attribuant au blanc des vertus d’unité et de douceur. 

Traitement contemporain et contraste

Tous s’entendent pour dire que la maison blanche a évolué. Pour la moderniser, plusieurs misent sur un contraste créé par des fenêtres et certaines sections de parement noires, un mur de pierre ou une porte de garage en bois.

Maison récente construite à l’île d’Orléans, conception Francine Lacroix d'André Rousseau Construction

La version contemporaine, «on l’habille de bois blanc au fini lisse et on épure les détails : on fait disparaître les débords de toit et on raffine le traitement des coins et des ouvertures afin d’obtenir un effet plus monolithique», suggère le designer Steve Girard. 

Au contraire, la conceptrice Marie-Pier Marin planifie toujours un débord de toit suffisant lorsqu’elle travaille avec un revêtement de bois. Pour éviter que le matériau ne s’use prématurément, sans protection.

En ce qui concerne l’entretien, elle précise que le bois utilisé aujourd’hui est la plupart du temps traité en usine et peint avec une teinture opaque. Malgré tout, elle prévient qu’il y a une possibilité d’usure non uniforme des surfaces, en fonction de leur exposition au soleil.

Le fibrociment à imitation de bois est aussi utilisé pour la maison blanche. «Les gens ne sont pas au courant, mais tous les matériaux extérieurs nécessitent un entretien. Même le fibrociment. Chaque fabricant a sa charte», indique Frédérick Lachance, de Manero Construction. 

Par ailleurs, le blanc est sans doute la couleur la plus stable exposée au soleil, fait valoir Pierre Thibault. En comparaison, le rouge déteint rapidement sous les rayons UV, indique l’architecte. 

Un autre avantage des revêtements blancs, même sur la toiture, est qu’ils évitent la formation d’îlots de chaleur. Ce n’est pas un hasard si les bâtisses des îles grecques sont immaculées. «Ces connaissances pour se protéger du soleil étaient utilisées bien avant notre ère».

Selon lui, on ne peut pas se tromper en choisissant le blanc, indémodable, pour habiller sa maison. «C’est un classique!»

La Maison Haute au Lac Clair, un projet conçu par L’atelier Pierre Thibault