Quand Victor, un jeune autiste de 10 ans, a eu son chien Mira, les gains ont été presque instantanés.

Le meilleur ami de l’autisme

CHRONIQUE / Victor a 10 ans. Il y a encore quelques semaines, il lui fallait presque quatre heures avant de s’endormir le soir. Il angoissait. Ça n’arrêtait pas de tourner dans sa tête. Il ne bougeait pas beaucoup. Aller prendre une marche, c’était presque impensable. L’inconnu et l’imprévu, il n’aime pas ça. Il vivait beaucoup de stress. Tout est matière à angoisse, explique sa mère, Véronique.

Mais depuis juillet, Victor a un énorme chien. Sur le harnais d’Addock, quatre lettres bien connues. Mira. Et ce petit message, ajouté par Véronique : «Ne pas déranger. Chien au travail.»

La première nuit, avec Addock à ses côtés, Victor s’est endormi après 15 minutes. Sa mère Véronique n’en croyait pas ses yeux. Et puis le petit miracle s’est répété tous les jours.

Victor l’emmène se promener. Il n’a plus peur de sortir. Et ça le fait bouger plus. C’est peut-être aussi un peu pour ça qu’il dort mieux la nuit. Il dépense plus d’énergie.

C’est lui qui lui sert sa nourriture. Il mesure les quatre tasses. Il remplit son bol d’eau. Il prend soin d’Addock, mais au fond, Addock prend soin de lui aussi.

On dit que le chien est le meilleur ami de l’homme. C’est peut-être encore plus vrai pour ceux qui ont un trouble du spectre de l’autisme.

Il y a trois ans et demi, au Salon de l’autisme, Véronique avait vu le kiosque de Mira. Elle avait posé des questions, mais elle n’était pas encore convaincue. Ça lui apparaissait beaucoup de travail d’avoir un chien, surtout quand on doit déjà s’occuper d’un enfant qui a des besoins différents. «Je trouvais ça gros. C’était beaucoup de responsabilités.»

Comme il y avait une attente de quelques années, elle a décidé de s’inscrire. Il serait toujours temps de refuser si ça ne convenait pas.

Quelques mois plus tard, ils sont allés chez Mira. L’évaluation s’est bien passée. Victor était attiré par le chien. Il était admissible au programme. Suffisait maintenant d’attendre.

Puis, trois ans après l’inscription, Mira a rappelé. Étaient-ils toujours intéressés? Véronique a dit oui.

Ils sont retournés chez Mira en mai dernier. Ils ont fait une autre évaluation. Victor n’était pas à l’aise. Il ne répondait que par des hochements de tête aux questions qu’on lui posait. Puis, il a vu le chien. Immédiatement, son attitude a changé.

«Dès que le chien est entré dans la pièce, il est devenu sociable, enjoué, rieur. Il acceptait même que sa sœur le touche et ils riaient tous les deux!» raconte Véronique.

L’entraîneur est même venu voir. Il n’était pas trop certain que ce chien ferait un bon animal d’assistance. Il était un peu maladroit en entraînement. Mais avec Victor et sa petite sœur, il a été parfait.

Le processus a suivi son cours. Puis, en juillet, Véronique est allée passer une semaine là-bas, pour tout apprendre sur le chien et pour se voir attribuer un animal. Victor est venu la rejoindre les deux derniers jours. Véronique s’est sentie épaulée par Mira de A à Z depuis le début de l’aventure.

Ils sont revenus avec Addock, le petit (!) chien maladroit avec qui ça avait cliqué. «C’est une histoire d’amour qui a commencé depuis ce temps-là.»

Véronique voulait croire tous ces parents qui disaient que l’arrivée d’un chien Mira avait changé leur vie et celle de leur enfant. En même temps, elle ne voulait pas se faire de faux espoirs. Mais les gains ont été presque instantanés.

S’occuper d’un chien responsabilise beaucoup Victor. Et puis, lorsqu’il le nourrit, il s’exerce à des mouvements qu’il ne faisait pas avant. Sa dextérité s’améliore.

Victor se projette même dans le temps avec son chien. «Tu y penses-tu, un jour on va aller en appartement ensemble», lui a-t-il dit l’autre fois, rigole sa mère. Au secondaire, il pourra l’amener à l’école. Pour l’instant, c’est Véronique qui le trimbale au bureau.

La semaine que Véronique a passée chez Mira a eu l’effet d’une thérapie de groupe, dit-elle. Le soir, les parents ne «travaillaient» pas. Ils discutaient entre eux. Elle en est ressortie complètement ressourcée.

Elle a décidé de faire la paix avec des aspects de sa vie qui l’empêchaient d’être pleinement heureuse depuis quelques années. Les relations entre le père de Victor et elle se sont aussi améliorées. Ils font une meilleure «équipe parentale» avec cette nouvelle garde partagée du chien!

Véronique est déjà convaincue après seulement quelques semaines. Addock a fait des miracles. Mais pas juste pour Victor. Pour toute la famille.