Élections Québec a fait l'essai du vote chez les enfants lors des élections partielles de Gouin à Montréal et de Louis-Hébert à Québec, en 2017. Quelque 1400 jeunes ont participé.

Le 1er octobre, les enfants pourront aussi voter

Pour la première fois lors d’une élection générale, tous les enfants du Québec seront invités à se rendre dans les bureaux de vote le 1er octobre pour déposer, eux aussi, leur bulletin dans l’urne. L’objectif : ancrer ce geste le plus tôt possible dans la vie des futurs électeurs.

Non, le gouvernement n’a pas changé l’âge légal pour voter. Élections Québec — le nouveau nom du Directeur général des élections — cherche plutôt à donner un coup de barre afin de tirer vers le haut le taux de participation chez les jeunes, qui baisse de façon constante. «C’est un investissement à long terme oui, mais on croit que c’est un important investissement social», souligne Julie St-Arnaud Drolet, porte-parole pour Élections Québec.

Les chercheurs s’entendent pour dire que le sens de la démocratie et de la participation politique, ça s’apprend. Cet apprentissage, qui commence tôt dans la vie d’un enfant, est influencé par la famille, l’école et les amis. 

Élections Québec a voulu faire sa part et susciter des questionnements chez les enfants. Le Petit bureau de vote est un bureau spécial installé à proximité de celui des adultes. Derrière l’isoloir, on ne demande pas aux enfants de choisir un candidat ou de comprendre la vision politique d’un parti. On leur demande plutôt de répondre à une question comme : «Qu’est-ce qui est le plus important pour toi?» Et l’enfant coche l’un des choix suivants : A- Exprimer tes idées, B- Être différent, C- Te faire respecter, ou D- Aider les autres. 

C’est la question à laquelle 1400 enfants ont répondu lors des élections partielles de Gouin à Montréal et de Louis-Hébert à Québec, en 2017. La majorité a choisi la réponse D-Aider les autres. Comme quoi les petits peuvent avoir un côté altruiste. 

Aux dernières élections municipales, la Ville de Montréal a aussi installé les Petits bureaux de vote d’Élections Québec. Environ 3000 enfants s’y sont rendus et devaient choisir ce qui était le plus important pour eux dans une ville. La majorité a opté pour les arénas, les piscines et les parcs, au détriment des bibliothèques et du métro. 

Un tatouage

Les petits qui ne savent pas encore lire peuvent demander de l’aide à un adulte ou aller barbouiller tout seuls leur bulletin de vote. À la fin, ils ont droit à un tatouage temporaire sur lequel il est inscrit : «J’ai voté». 

«C’était des projets-pilotes, mais on a vraiment eu de bons commentaires. C’est pourquoi on a décidé de l’étendre à toute la province. On se lance en grand cette fois-ci», indique Mme St-Arnaud Drolet. La porte-parole raconte que des parents qui étaient venus voter seuls sont retournés chercher leurs enfants pour qu’ils puissent le faire eux aussi plus tard en journée. Une enseignante de maternelle dit avoir eu une discussion sur la démocratie avec ses élèves, car plusieurs avaient voté la veille et arboraient avec fierté leur tatouage temporaire. 

Pour l’élection générale de 2018, la question qui sera posée aux enfants n’a pas encore été choisie. Le déploiement à l’échelle de la province coûtera 28 000 $ de matériel et ne nécessitera pas l’embauche de personnel supplémentaire. «C’est un petit budget, mais selon nous, ça va avoir une grande portée», indique Mme St-Arnaud Drolet. 

Élections Québec ne s’est pas inspirée d’un autre programme dans le monde. Le Petit bureau de vote est plutôt né d’une séance de remue-méninges à l’interne. En Caroline du Nord, il existe une journée de vote pour les élèves, où des bureaux sont installés dans les bibliothèques et locaux communautaires. Mais elle n’a pas lieu en même temps que l’élection générale. 

Cette initiative fait partie d’une série de gestes qu’Élections Québec souhaite poser en 2018 pour stimuler la participation électorale, surtout celle des jeunes. Il sera difficile de mesurer dans 10 ou 15 ans l’effet qu’auront eu ces Petits bureaux de vote sur le comportement des jeunes adultes, mais Élections Québec espère au moins que les enfants apprécient et s’amusent. «On souhaite que ça perdure, que ce soit le début d’une longue tradition», souligne Mme St-Arnaud Drolet. 

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POUR LES PLUS GRANDS

Le programme Électeurs en herbe d’Élections Québec comporte aussi un volet scolaire. Pour septembre prochain, les enseignants sont invités à faire de la démocratie leur thème de la rentrée, étant donné celle-ci coïncide avec la campagne électorale. 

Les élèves de la 5e année du primaire à la 5e année du secondaire seront invités à lire les plates-formes électorales des partis et des articles de journaux qui traitent de leurs candidats locaux pour se faire une idée des choix qui s’offrent à eux. L’activité peut aussi être réalisée dans des Maisons des jeunes ou d’autres organismes communautaires. 

Lors de la dernière semaine de septembre, les jeunes seront appelés à voter sur le même type de bulletin de vote que les adultes. Les boîtes de scrutin devront toutefois rester scellées jusqu’au lendemain du 1er octobre, afin que le choix des adolescents n’influence pas celui des adultes! 

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UN DÉCLIN ALARMANT

Les jeunes adultes votent de moins en moins. Ce déclin de la participation est beaucoup plus prononcé que celui du reste de la population. 

En 1985, la participation des jeunes dans les différentes régions du Québec variait entre 55 % et 77 %, selon une étude de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval. En 2014, la participation des jeunes oscillait plutôt entre 42 % et 66 %, alors que le taux de participation global était de 71 %. 

Ce printemps, le directeur général des élections Pierre Reid a effectué une tournée des régions où les taux de participation sont les plus bas chez les jeunes, comme la Côte-Nord, la Gaspésie et l’Abitibi-Témiscamingue. 

M. Reid est préoccupé, car aux élections d’octobre, les jeunes de 18 à 39 ans auront un poids démographique plus important que par les années passées. Ils vont représenter environ le tiers de l’électorat, soit l’équivalent des baby-boomers. Ils pourraient avoir une influence sur l’issue du vote, mais encore faut-il qu’ils s’emparent de leur pouvoir politique.