La commission scolaire des Navigateurs utilise un article de la convention collective rarement utilisé.

La suppléance obligatoire dans les écoles de la Rive-Sud

La commission scolaire des Navigateurs exige que des enseignants qui travaillent déjà à temps plein fassent de la suppléance obligatoire dans d’autres classes.

Le Soleil a obtenu copie d’une directive envoyée dans toutes les écoles de la Rive-Sud de Québec à la fin mars pour expliquer la façon dont il faut s’y prendre pour exiger qu’un enseignant fasse du dépannage. 

La commission scolaire se base sur un article de la convention collective des enseignants, qui n’était utilisé que très rarement auparavant. Cet article précise que la direction doit «assurer chacun des enseignants de l’école qu’il sera traité équitablement par la répartition des suppléances à l’intérieur du système de dépannage». 

«On est vraiment mal pris, parce qu’on n’appliquait pas ça dans le passé. Dans plusieurs écoles, la liste de remplaçants est épuisée», constate Martin Hogue, président par intérim du Syndicat de l’enseignement des Deux Rives (SEDR). 

M. Hogue croit que la pénurie de main-d’œuvre peut être montrée du doigt, mais aussi l’attractivité plus ou moins grande des commissions scolaires. Le problème est moins criant par exemple à la commission scolaire des Découvreurs, à Sainte-Foy, indique-t-il. 

«Ce qu’on craint, c’est d’épuiser les permanents. La suppléance forcée, ça vient s’ajouter à la tâche qui est déjà lourde», dénonce M. Hogue. Le dépannage obligatoire survient lorsqu’une école primaire ou secondaire n’a pas pu trouver de remplaçant d’un jour dans une classe. Les autres profs présents dans l’école vont donc assurer la suppléance à tour de rôle, alors qu’ils devraient normalement profiter de périodes de temps pour rencontrer les professionnels de l’école, faire de la correction ou de la préparation de cours. 

Dans sa directive, la commission scolaire des Navigateurs souligne que ce temps de travail personnel doit être repris par l’enseignant au cours des jours suivants. «Ça ne marche pas. Les profs acceptent de faire de la suppléance, mais il ne faudrait pas en plus leur exiger de reprendre ce temps-là le soir et les fins de semaine», exprime M. Hogue. 

La commission scolaire des Navigateurs explique que «la suppléance se fait à l’intérieur du 32 heures de travail de l’enseignant et non en surplus». Ce dépannage peut donc amener les enseignants à réaménager leur tâche la semaine suivante. 

Louise Boisvert, porte-parole de la commission scolaire de Navigateurs, explique que la directive a été partagée entre directions d’écoles «dans un but d’harmonisation des pratiques et en guise de rappel, tout simplement».

Mme Boisvert admet que le recrutement de personnel est «un défi quotidien» pour la commission scolaire. «On me dit que de façon générale, on a la chance de pouvoir compter sur une très belle ouverture et sur une très bonne collaboration des enseignants pour ce qui est de la suppléance et qu’on souhaite s’assurer cette dernière soit de qualité.»

Ailleurs au Québec

Plusieurs autres commissions scolaires au Québec vivent la même problématique. La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) raconte que ce «phénomène a commencé l’an dernier» et a pris de l’ampleur depuis. «On reçoit de plus en plus d’appels d’enseignants qui sont au bout du rouleau et qui veulent s’informer sur leurs droits face à ces demandes-là», raconte Josée Scalabrini, présidente de la FSE. 

Mme Scalabrini croit que les directions d’école ne savent pas trop comment gérer la situation du manque criant de suppléants, et les enseignants vont souvent accepter d’en prendre davantage sur leurs épaules. «Les enseignants ont peur de faire souffrir les élèves, alors ils vont jusqu’au bout. Ils disent oui, jusqu’à tomber à leur tour», décrit Mme Scalabrini, en faisant référence au nombre important de profs en congé de maladie. 

Préoccupé par cette pénurie d’enseignants, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a lancé il y a quelques semaines un appel à ceux qui ont quitté la profession «par dépit», leur demandant de revenir prêter main-forte. 

Pour Mme Scalabrini, ces paroles du ministre sont bien insuffisantes pour adresser le problème. «Il va falloir qu’on comprenne qu’il faut donner des conditions attirantes. Il va falloir que le gouvernement prenne ses responsabilités», croit-elle. Mme Scalabrini a d’ailleurs été déçue de ne pas trouver de «mesures concrètes» dans le dernier budget pour offrir des conditions de travail attirantes aux enseignants.