Davor Kurilić, un croate maintenant établi à Québec, se souvient de tous les détails du match de demi-finale du 8 juillet 1998.

La revanche des Croates

Le 8 juillet 1998, Davor Kurilic et ses coéquipiers s’entassent devant un petit écran de télé dans un restaurant près de Zagreb.

La Croatie joue contre la France en demi-finale de la Coupe du monde, à Paris. Trois ans seulement après la fin d’une guerre d’indépendance sanglante, l’équipe nationale porte la fierté du jeune pays de 4 millions d’habitants sur ses épaules.  

Davor Kurilic a 16 ans. Ses entraîneurs ont accordé à son équipe nationale de basketball une pause d’entraînement pour regarder le match. «Je n’ai rien oublié. Je me souviens de tous les détails», dit le colosse de 36 ans, maintenant établi à Québec.

En Croatie comme en France, «le soccer est une religion», dit M. Kurilic. Lui-même y a joué toute son enfance et son adolescence. «On mettait deux briques par terre et on jouait», dit-il. 

À Paris, le croate Davor Suker est le premier à faire vibrer les cordages en première demie. «C’était fou! Ç’a été l’explosion de joie», se remémore M. Kurilic. Puis, les Français égalisent le score en deuxième demie. Et le même joueur, Lilian Thuram, marque le but de la victoire.

Au départ si bruyant, le resto où est l’équipe nationale de basketball devient silencieux. On entend seulement renifler. «Tout le monde était triste», se souvient Davor.  

Vingt ans plus tard, l’heure de la revanche a sonné. Dimanche, la Croatie affrontera la France en finale de la Coupe du monde, à Moscou. 

Dans les bars de Québec ou au Cœur du FEQ, où le match sera diffusé sur un grand écran, les Croates risquent d’être beaucoup moins nombreux que les Français.

Près de 12 000 Français résident dans la région de Québec, ce qui en fait la plus grande communauté d’immigrants.

Les Croates sont environ 300, selon le recensement de 2016. Bref, il y a environ 40 Français pour un Croate dans la région de la capitale. 

Davor Kurilic va regarder la finale du Mondial de chez lui. Il célébrera ou pleurera en direct avec son frère, établi en Allemagne, et d’autres membres de sa famille en Croatie. 

À Zagreb, la demi-finale entre la Croatie et l’Angleterre a été retransmise devant des milliers de personnes sur la place centrale. Après la victoire, la capitale croate a rugi de bonheur. Les gens chantaient, dansaient, s’enlaçaient, défilaient dans les rues. 

L’ambiance tout aussi survoltée, mercredi, en France après la victoire des Bleus contre la Belgique. «Tout le monde était dans les rues, à klaxonner, chanter, danser, rire», décrit Jean-Luc Dagher, un Français établi à Québec qui a passé les dernières semaines dans son pays natal. 

Dans l’Hexagone, les fans de «foot» espèrent que la France répétera sa conquête de 1998. Ce «serait beau d’avoir un sacre, surtout 20 ans après notre première victoire en Coupe du monde», dit M. Dagher. 

Le Français atterrira dimanche à l’aéroport Jean-Lesage, à peine une heure avant le début match, et foncera vers chez lui pour regarder le match.

Il a déjà commencé à taquiner son ami — et rival — à Québec, Davor Kurilic. La France va gagner, lui assure-t-il, «car les Croates sont meilleurs au basket!»

*

Vous voulez y aller?

  • Quoi: finale France-Croatie
  • Où: Cœur du FEQ (place de l’Assemblée-Nationale) et différents bars de Québec
  • Quand: 15 juillet dès 11h
  • Info: facebook.com/consulat.france.quebec

Quel est le secret des sportifs croates?

Lajla VESELICA, Agence France-Presse

ZAGREB — Comment un aussi petit pays que la Croatie, économiquement fragile, peut produire autant de champions dans des disciplines si variées? Talent, passion, abnégation, patriotisme et terrains de sport dans les cours d’école, énumèrent les intéressés.

En cas de défaite de la France en finale du Mondial 2018 dimanche, elle deviendra la plus petite nation à emporter la compétition majeure du sport planétaire, depuis l’Uruguay en 1950. Mais à l’heure du sport-business, l’exploit des Balkaniques serait sans doute encore plus grand que celui des Sud-Américains.

Les footballeurs ne sont que le signe le plus visible de l’incroyable disproportion entre la puissance sportive de ce pays depuis la fin de sa guerre d’indépendance (1995) et sa population de 4,2 millions d’habitants, même s’il peut aussi compter sur une diaspora forte de quasiment autant de personnes.

Les handballeurs ont été deux fois champions olympiques, une fois champion du monde; les waterpolistes sont médaillés d’or olympique en 2012, d’argent en 2016; si le basket brille moins actuellement, la Croatie a produit deux légendes du sport, Toni Kukoc, 49 ans, et le défunt Drazen Petrovic...

Sacrifice familial

Les disciplines collectives sont reines, notamment le football, parce que moins chères à pratiquer selon les analystes.

Mais les sports individuels ne sont pas en reste: la sauteuse en hauteur Blanka Vlasic, 34 ans, est quadruple championne du monde, les tennismen Goran Ivanisevic, 46 ans, et Marin Cilic, 29 ans, ont remporté chacun un tournoi du Grand Chelem.

Ce succès s’explique souvent par la combinaison d’un talent et le sacrifice d’une famille qui se met au service de la carrière sportive de ses rejetons, comme ce fut le cas pour les Kostelic, Janica et Ivica, 36 et 38 ans, champions de ski alpin d’un pays sans haute montagne.

«Il n’y a pas de secret spécial au succès croate, il n’y a qu’un amour sincère et une passion pour ce que vous faites», dit à l’AFP Janica Kostelic, quadruple championne olympique et quintuple championne du monde. L’ingrédient principal, selon elle? «La persévérance».

Il a sans doute fallu beaucoup de persévérance au gymnaste Tin Srbic, 21 ans, champion du monde de barre fixe l’an passé, qui s’entraîne dans une salle bâtie il y a plus d’un siècle. 

«C’est le fruit d’une concentration incroyable de talents sur le territoire croate. Pas celui d’un système», dit à l’AFP Ivica Tucak, 48 ans, sélectionneur des waterpolistes, qui avance l’explication du patriotisme d’un pays neuf, né dans la guerre : «Il n’y a pas d’argent, pas de commanditaires majeurs, rien de tel. Juste l’amour du blason, l’amour de la patrie. C’est un vrai phénomène».

«C’est une lutte pour la survie. Voilà comment je l’expliquerais», renchérit l’ancien handballeur Slavko Goluza, 46 ans, qui a remporté le deuxième de ses titres olympiques un an après la fin de la guerre entre Croates et forces serbes.

L’appel de l’étranger

«Nous travaillons dans des conditions très difficiles, sans véritable infrastructure sportive, que ce soit en football ou en handball», et pourtant, «nous faisons partie des meilleurs au monde». «Nous avons un immense amour du sport qui associé à de fortes émotions, accouche de choses incroyablement belles», dit-il.