Un seul district ne rassemble que des candidats originaires de l’endroit, c’est celui de Saint-Louis–Sillery.

La moitié des candidats n’habitent pas leur district

La moitié des candidats aux 21 postes de conseiller municipal dans la Ville de Québec n’habitent pas le district qu’ils souhaitent représenter.

Le Soleil a épluché l’avis public de scrutin publié par le Bureau du président d’élection. Il liste les noms et les adresses des 105 candidats à la prochaine élection municipale. Dans nos calculs, nous avons inclus les trois candidats à la mairie qui se présentent également dans un district avec un colistier, mais nous avons exclu les trois autres.

L’exercice révèle qu’Équipe Labeaume et l’Alliance citoyenne de Québec comptent autant de résidents que de non-résidents dans les districts qu’ils convoitent. Démocratie Québec et Québec 21 en recensent davantage qui habitent à l’extérieur de leur district. La balance penche légèrement en faveur des résidents pour Option Capitale-Nationale. Les indépendants ont un score parfait de 5/5. 

Un seul district ne rassemble que des candidats originaires de l’endroit et c’est celui de Saint-Louis—Sillery, qui doit trouver un successeur à l’indépendant Paul Shoiry. Neufchâtel—Lebourgneuf en compte trois sur quatre. 

À l’autre bout du spectre, six territoires électoraux n’ont qu’un seul habitant participant à l’élection, soit Pointe-de-Sainte-Foy, Val-Bélair, Loretteville—Les-Châtels, Maizerets—Lairet, du Plateau et des Saules. 

Les statistiques révèlent également les déserts de certains partis politiques. Québec 21, souvent vu comme un parti de banlieue, n’a pas réussi à présenter de candidat local dans l’arrondissement La Cité—Limoilou ni d’ailleurs dans celui de la Haute-Saint-Charles. 

Dans ce dernier cas, un des candidats habite toutefois à la frontière de son district et l’autre y possède un commerce, rapporte le directeur des communications David Chabot. Trois des quatre autres candidats délégués par Québec 21 dans ces deux arrondissements sont originaires de Beauport, le fief du chef Jean-François Gosselin. 

À l’inverse, Démocratie Québec, parti associé au centre-ville, a frappé un mur dans l’arrondissement de Beauport, où les trois districts ont été confiés à des résidents des quartiers centraux. 

Les chiffres révèlent également que les districts Saint-Louis—Sillery, Cap-aux-Diamants sont des pépinières de politiciens municipaux à Québec. Ils ont fourni respectivement 13, 10 et 8 candidats à l’élection. 

Et les chefs?

Même les chefs n’échappent pas à la tendance. Si Anne Guérette, de Démocratie Québec, possède une maison dans le district de Cap-aux-Diamants dans lequel elle atterrira en cas de défaite à la mairie, le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, vise le district à côté de chez lui : il habite Chute-Montmorency—Seigneurial, mais veut ravir Sainte-Thérèse-de-Lisieux avec l’aide de sa colistière Nancy Piuze. Idem pour Nicolas Lavigne-Lefebvre, qui lorgne Montcalm—Saint-Sacrement même s’il habite Saint-Louis—Sillery. 

Par la bouche de son directeur des communications, M. Gosselin dit s’être ajusté à sa colistière : «Nancy [Piuze] s’est proposée elle-même. C’était dans le bon arrondissement. Tout le monde était content.» David Chabot assure qu’il n’y a pas de lien avec la domination de Julie Lemieux, vice-présidente du comité exécutif, qui n’avait pas encore annoncé son départ dans Chute-Montmorency—Seigneurial. En 2013, c’est elle qui avait obtenu la plus forte majorité d’Équipe Labeaume avec 77 % des votes ou 6562 voix d’avance. 

De façon générale, Québec 21 a considéré comme «un avantage» le fait d’habiter le district au moment de déterminer qui se présentait où. «Mais c’est plus la connaissance qui compte», dit son porte-parole. 

Du côté d’Équipe Labeaume, «le critère, c’est l’arrondissement», stipule son chef Régis Labeaume. Les candidats doivent habiter l’arrondissement dans lequel se trouve le district qu’ils représentent. Selon le maire sortant, la taille de la ville permet de se tenir au courant de ce qui se passe partout sur le territoire. «La ville de Québec, c’est pas grand. C’est pas New York. C’est même pas Montréal», insiste-t-il. 

Pas une nécessité

Marie-Josée Savard, candidate pour Équipe Labeaume dans Cap-Rouge—Laurentien, mais résidente et ex-conseillère municipale du Plateau, se sent très à l’aise de passer à l’ouest. Plusieurs dossiers lui sont déjà passés sous le nez du temps où elle siégeait au conseil d’arrondissement et au comité exécutif. Et puis «même les citoyens ne sont pas au courant des limites du district», fait-elle remarquer. 

Chez Démocratie Québec, la chef concède que «dans un monde idéal, on aurait eu des candidats qui habitent dans leur district partout». «Mais ce n’est pas une nécessité», dit celle qui a été la dernière à boucler son équipe. 

La priorité de Mme Guérette est autre : que tous les candidats soient disponibles pour travailler à temps plein pour les citoyens. «Nous sommes la seule équipe à garantir que tous nos candidats élus vont servir les citoyens à temps plein», martèle-t-elle. 

Comme le maire Labeaume, celle-ci fait aussi ressortir qu’il faut être accommodant au niveau des districts pour présenter un maximum de femmes. 

Lise Santerre, bien connue dans Montcalm où elle s’est impliquée dans le conseil de quartier, est candidate pour Démocratie Québec dans Louis-XIV. Sans dire que c’est un avantage, celle-ci considère que ce n’est pas un inconvénient si les dossiers locaux sont bien compris et que des collaborateurs sont présents sur le terrain. 

Mme Santerre est la première surprise de constater que «les enjeux sont assez comparables avec ce qu’on trouve au centre-ville». Son premier exemple est la vitalité des artères commerciales traditionnelles, menacée par les grands complexes commerciaux. Les citoyens, eux, lui parlent de «qualité de vie». La dame s’intéresse aussi à la protection des terres agricoles, qu’elle assimile à la «vague santé» qui balaie tout le territoire. 

La candidate a aussi un avantage sur d’autres candidats hors-district : sa maison est en vente présentement. Quand les électeurs lui demandent si elle habite à proximité, elle se permet donc de répondre : «Pas encore!»

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CE QU'ILS ONT DIT

«Nous sommes la seule équipe à garantir que tous nos candidats élus vont servir les citoyens à temps plein»

- Anne Guérette, chef de Démocratie Québec

«La ville de Québec, c’est pas grand. C’est pas New York. C’est même pas Montréal»

- Régis Labeaume, maire sortant et chef d’Équipe Labeaume

«C’est plus la connaissance [du district] qui compte»

- Jean-François Gosselin, chef de Québec 21